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Un mot sur la littérature destinée aux jeunes...
mercredi 25 janvier 2006, par
Matin Brun fait partie de cette nbuleuse de littrature destines la jeunesse, public combien convoit par peu prs tous ceux qui ont quelque chose vendre.
Foultitude d’essais et de synthses pour adultes sont parus, essayant d’une part de dterminer l’utilit pdagogique de tels ouvrages (Tout pour faire aimer les livres, collection Autrement) et d’autre part d’en dlimiter les frontires (faisons l’impasse sur les listings sans fin de toute la production classe par date de parution, maison d’dition, collections dj mortes ou affinits...).
Cette dernire dmarche est tout fait reprsentative de cette dtestable manie consistant ne donner sens aux livres que ds lors qu’ils sont convenablement et harmonieusement rangs dans des catgories bien dtermines. Et l, les universitaires, runis en colloque, nous dclarent que la littrature jeunesse a d’incertaines frontires !!!
On imaginait pourtant des tas de locomotives bienveillantes sauvant in extremis des lapins malades, sortis inconsidremment de leurs terriers pour dpister les manoeuvres d’un personnage nigmatique et rcuprer le trsor vol. Quelle dception !
Mais rassurez-vous, le tri est fait, la plupart des ouvrages pour jeunes sont jugs par la savante critique d’une qualit littraire mdiocre ou insuffisante, une prsentation matrielle trop populiste, un engagement idologique trop marqu et des tabous de toutes sortes...
Une rassurante problmatique finalement, qui consiste savoir s’il y a de la bonne littrature jeunesse, si on ne serait pas entrain d’intoxiquer les cerveaux de nos chers bambins par des interventions littraires qui leurs laisseraient (c’est notoire) des squelles incurables l’intellect...
Et puis, figurez vous que dans les livres qui s’adressent aux jeunes on parle aussi littrature, politique, criture, psychologie, identit sexuelle ou adolescence (celle la mme qui continue, adulte, de nous hanter). On y parle de sensations et d’pouvante, d’injustices, de combats et de plaisirs absolus. On y parle d’art et de cration... Et pour cela nul besoin de passer la porte d’un magasin de jouets : Ne peut on trouver chez Sskind de quoi faire frissonner n’importe quel ado, chez Wilde ou Baudelaire les passions les plus dcadentes, la plus noire violence chez Lautramont ? Ne peut-on tre touch quand on 15 ans par l’amour profond et ultime des routes ensables de Gide, l’motion triste et sincre d’Alice Walker, l’insurrection d’Artaud ou les questionnements de Kundera ?
Et tellement, tellement d’autres aventures enivrantes qui ne sont prconises dans aucunes des collections de produits de consommations culturels destins la jeunesse.
Ils font, au mieux (!), partis d’un programme scolaire dans lequel il faudra prcisemment et avec pertinence les asscher grand renfort d’explications de textes et de fiches de lecture qui prouveront qu’on a bien COMPRIS Alors qu’est-ce qui lui est arriv la princesse hein ? J’attends ! . Il ne faudrait pas oublier de rester rentables et d’apporter les preuves qu’on a pas perdu son temps...
Les jeunes se tournent peut-tre vers certains bouquins en sachant qu’on ne leur en demandera pas le contenu dtaill.
Daniel Pennac, auteur de trs bons bouquins qui peuvent aussi tre lus par les jeunes, dans un superbe essai ce propos (Comme un roman) fait apparatre les droits imprescriptibles du lecteur, souvent affichs dans les bibliothques, rarement dans les coles, jamais dans les librairies.
1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n’importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n’importe o.
8. Le droit de grapiller.
9. Le droit de lire haute voix.
10. Le droit de nous taire.
Et oui ! Pourquoi pas les bluettes d’amour, pourquoi pas Harry Potter (excellent au demeurant !),pourquoi pas Guerre et Paix en sautant quelques pages, pourquoi pas n’importe quoi !
Evitons tout prix le dogme snobinard, rhabilitons la lecture-cadeau, gratuite, rien que pour l’ivresse d’une merveilleuse aventure vcue d’abord pour soi, et pour le reste... a viendra si a doit venir...
Caroline NOVARA










