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Araponga 40ème

la voix de Tetê Espindola

jeudi 02 février 2006 - 20h00


mercredi 1er février 2006, par Marta Marinho

Une émission digne de ce nom ! Araponga ne pouvais pas manquer ce rendez-vous heureux avec la chanteuse brésilienne Tetê Espindola, qui s’inspire des oiseaux du Pantanal et des oiseaux d’Amazonie. Une voix rare et osée qui percute comme l’aigu de l’Ara et qui frappe comme le son de notre cher oiseaux araponga. Une voix qui est partie intégrante de notre émission.

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La trajectoire de la chanteuse :

Musicienne (elle joue la craviola - guitare de 12 cordes) et compositrice, Tet Espndola est multiple. Elle est originaire de la rgion centre du Brsil, tat de Mato Grosso do Sul, une rgion o se situe la zone humide du Pantanal (un des cosystmes les plus riches au monde avec des espces d’oiseaux uniques) et la chapada dos guimares, un immense site rocheux qui abrite des magnifiques cascades et des grottes.

Ces paysages ont toujours t prsents dans la musique de Tet Espindola. On raconte justement qu’elle a appris a chanter des sons trs aigus avec les aras de la chapada. Ne dans une famille d’artistes, avec une voix rare et une tessiture particulire, elle commence avec une musique de racine rgionale, un rpertoire bas sur des rythmes d’influence paraguayenne et des thmes lis la nature et au Pantanal. Elle va ensuite intgrer le mouvement musical d’avant-garde de So Paulo (exprience avec le compositeur Arrigo Barnab). Le pote brsilien Augusto de Campos l’coute, et la surnomme “la fille qui a des oiseaux dans la gorge”. Ceci devient le titre d’un de ses premiers albums. Intresse alors par l’ornithologie vocale elle va dvelopper un projet sur l’instrumentalit de la voix humaine et la musicalit des oiseaux du Pantanal et de l’Amazonie. Cette exprience comprend une expdition en Amazonie o ont t raliss des enregistrements de plusieurs oiseaux et qui a aboutit sur un trs beau disque et document sonore, Ouvir/Birds, o chaque chant d’oiseaux inspire un thme. Ce disque contient un duo unique de Tet Espindola avec le lgendaire oiseaux brsilien uirapuru.

A cot de a, Tet Espindola s’intresse et interprte des classiques du rpertoire brsilien, elle continue chanter la musique rgionale (parfois en compagnie de sa famille) et ralise un travail plus cool mlangeant bossa, jazz et samba. Dernirement, inspire par son exprimentalisme avec les oiseaux elle se lance en compagnie du compositeur et arrangeur franais Philippe Kadosch, dans un travail intressant de fusion entre sa voix et l’lectroacoustique avec le disque Vozvoixvoice.

Ci-dessous l’interview avec Tet Espindola et Philippe Kadosch (ralise par Internet - Skype le 14 janvier 2005).

MM : Comment expliquer aux franais qui ne te connaissent pas quel type de musique tu fais et la particularit de ta voix ?

TT : Je n’ai pas un style particulier. Il est difficile de dfinir mon style car je suis trs multiple. Je chante une musique brsilienne ouverte vers le monde. Elle va de la racine brsilienne jusqu’ l’autre cot, surtout maintenant avec cette exprience sonore avec Philippe Kadosch ici en France. Je suis parti de la musique traditionnelle (de racine rgionale), je suis pass par la musique d’avant-garde (de So Paulo), j’ai chant des classiques - j’aime beaucoup mettre en valeur les classiques brsiliens. Je compose aussi, des compositions inspires par les chants des oiseaux. J’ai dj fait une recherche trs intense sur la mlodie et le chant des oiseaux. Dernirement j’ai utilis ma voix pour interprter des morceaux plus doux, la bossa, le jazz, la samba et maintenant avec Philippe Kadosch, je me suis lance dans cette exprience merveilleuse avec ma voix.

MM : Vous lancez maintenant en France un disque qui s’appelle... VozVoixVoice ?

TT : Oui, VozVoixVoice. Dans ce disque j’utilise toute l’tendue de ma voix qui va du contralto au sopranissimo. En plus de ce cot technique je fais des voix diffrentes, des personnages qui apparaissent au fur et mesure, en accord avec les diffrentes partitions qui ont t cres en fonction de cette particularit que j’ai de chanter les oiseaux et la nature. C’est un travail trs sophistiqu car Philippe Kadosch sait enregistrer ma voix comme personne d’autre. C’est un excellent directeur de studio et ensemble nous formons un bon duo.

MM : Ce disque est un lancement franais. C’est un nouveau disque ou il a dj t lanc ailleurs ?

TT : Il a t lanc il y a quelques temps au Brsil et maintenant il est lanc en Europe par le label l’Empreinte digitale et distribu par Nocturne. On peut le trouver la Fnac et dans quelques autres magasins.

MM : Pour ce disque vous avez enregistr ensemble 128 voix diffrentes ou plutt sons diffrents, n’est ce pas ?

TT : Toutes les voix sont crites. Le travail de Kadosch - il peut mieux expliquer que moi - c’est l’ensemble et pas seulement le chant. Il est arrangeur. Ce disque tait au dpart une ide moi. Il y a environ 8 ans, je faisais des concerts en Europe, je suis passe le voir Paris. On se connat depuis 15 ans et c’est Arrigo Barnab qui nous a prsent. Je lui ai donc fait part de mon ide de faire ensemble un travail bas sur la voix et il a crit alors les partitions. On peut penser que c’est un disque exprimental, mais ce n’est pas vrai. Il a un peu de a mais il y a tout un travail derrire. Toutes les voix ont une partition et je donne vie ces partitions, comme des personnages qui vont former la musique. Il y a toute sorte de sons. Avec la langue, avec les dents, sons d’oiseaux, de l’Araponga, sons de papillons, de dauphins, sons de l’eau, de pierres, de grottes. Sons imaginaires et imagins. Philippe enregistre ces sons, les particules des sons. C’est un merveilleux travail de studio. Nous venons de faire 5 concerts et le public apprcie beaucoup le travail sur scne car il voyage dans cette ambiance avec le sampler, ma voix superpose, plus le violoncelle et la basse qui forment les voix graves qui manquaient pour donner l’amplitude totale aux sons. Il y a aussi des percussions. C’est trs intressant.

MM : La rpercussion de ton travail ici est donc positive ?

TT : Les cinq concerts ont t un succs. J’ai l’intention de revenir au mois d’aot. J’attends des invitations. Nous avons avec Philippe Kadosch un deuxime projet en cours (depuis 2 ans) qui doit sortir bientt et qui s’appelle Babeleyes.

MM : Tu viens du Mato Grosso do Sul (tat du Brsil) et d’une famille de chanteuses et chanteurs. Je connais un peu le travail que tu as fait avec ta soeur Alzira Espindola dans le disque Anahi. C’est vrai que dans ta famille vous tes tous des artistes ?

TT : Actuellement Alzira sort un nouveau disque avec la potesse Alice Ruiz. Alzira est une grande compositrice en plus de travailler avec moi sur la musique de racine rgionale. J’ai aussi cinq frres qui font de la musique. L’album o il y a Araponga (Passarinhada), par exemple, c’est un album avec toute la famille. Le disque s’appelle Espindola canta. Nous sommes 7 frres et surs chanter, plus la nouvelle gnration, mon fils Dani Black et la fille d’Alzira, Yara Renno. On chante tous.

MM : Et ton travail au Brsil ? Tu continues dans une carrire plus internationale ? Tu fais des concerts au Brsil ?

TT : Ma carrire est rellement au Brsil. J’ai 30 ans de carrire au Brsil et 13 albums. Je me produis beaucoup et j’ai plusieurs projets. Un des projets c’est justement la conqute du public europen avec Philippe Kadosch. Ouvrir l’espace la voix de la rgion du centre du Brsil. La France ne connat pas ce son qui vient du centre du Brsil, proche de la frontire avec le Paraguay, la musique du Pantanal, la musique chamam, la musique qui parle de la nature, des paysages, qui est proche de la musique sertaneja.

MM : Justement, en France on pense parfois que tu n’es pas brsilienne, on pense que tu viens du Paraguay ou de l’Argentine...

TT : Ah bon ! Effectivement j’ai ce cot fort de la proximit avec la frontire du Paraguay. C’est peut tre aussi par mon image. Je suis un peu indienne, un peu cabocla, mais je suis une vraie brsilienne.

MM : Bien sr. Mais c’est qu’en France on connat plus la musique brsilienne urbaine...

TT : Urbaine et du Nord-est ; c’est ce que les gens connaissent le plus ici...

MM : Du Nord-est aujourd’hui. C’est vrai que le forr marche bien maintenant...

TT : ...Et la Bossa. C’est toujours la Bossa qui s’exporte le mieux. On a besoin d’ouvrir l’espace d’autres styles et d’autres talents brsiliens qui sont dj sur la scne ou qui arrivent...

MM : Le pote Augusto de Campos a dit un jour que tu avais des oiseaux dans ta gorge. Tu peut nous parler un peu de ton exprience avec les oiseaux ?

TT : Oui cela fait quelque temps. C’tait l’poque de mon premier disque solo. J’ai tellement aim quand il a dit que j’avais des oiseaux dans ma gorge que j’ai crit une musique avec Carlos Renn qui s’appelle oiseaux dans la gorge. Je suis rentre profondment dans cette ide. J’ai fait des recherches sur le chant des oiseaux pendant dix ans et puis j’ai lanc le cd Ouvir/Birds qui est le rsultat de cette recherche sur les oiseaux et que j’ai fait avec Arnaldo Black, partenaire constant dans ma vie. Je considre mon travail avec les oiseaux comme une trilogie qui commence avec Pssaros na garganta, qui se dfinit avec Ouvir/Birds et se concrtise avec Vozvoixvoice. Une trilogie importante dans ma vie, consacre aux sons et la sonorit des voix.

MM : Au Brsil, il y a de l’espace pour une musique plus de recherche comme la tienne ou c’est difficile ?

TT : C’est difficile. On a besoin de chercher cet espace en permanence. Il existe au Brsil un style de musique dont je fais partie, o il faut monter un projet, chercher les partenaires et sponsors et ensuite faire son boulot. Sinon, on ne fait rien. Les medias s’intressent plus d’autres types de sons. Mais comme le Brsil est trs grand, avec plusieurs styles de son et de musique, on continue faire la musique laquelle on croit.

MM : Tu as commenc d’abord avec une musique plus rgionale, ensuite tu as intgr la musique d’avant-garde avec Arrigo Barnab et puis tu es passe une musique plus lie la nature... Mais tu ne te considres pas une exprimentaliste ?

TT : Si, je me considre comme exprimentaliste. J’utilise ma voix pour interprter diffrents types de sons et de musiques. Je n’ai pas d’tiquette. Je n’aime pas les tiquettes et si on devait me mettre une tiquette ce serai plutt multiple. MM : C’est pour quand un concert dans le sud de la France ?

TT : Prochainement peut tre, si on m’invite. Je reviendrai bientt en France. Pour les invitations on peut me contacter sur mon site www.teteespindola.com.br (avec deux e).

MM : Dans l’mission on va couter les albums Vozvoixvoice, Cano do amor, Anahi...

TT : Le plus rcent sorti au Brsil s’appelle Zencinema. C’est bien faire couter aussi.

MM : Tet, bon retour au Brsil et un grand merci pour cette petite interview de dernire minute.

TT : J’ai ador. C’est toujours bien de faire des interviews...

MM : Bonjour Philippe, j’aimerais que tu m’expliques un peu plus cette exprience des voix en Vozvoixvoice ; 128 sons diffrents c’est a ?

PK : Quand Tet m’a contact il y a maintenant un bout de temps, elle m’a dit que ce serait bien qu’on enregistre une ou deux musiques ensemble.. D’abord j’tait trs content et j’ai prpar des musiques pour orchestre. Elle est venu et elle a chant deux musiques a huit voix. En rentrant au Brsil elle les a coutes et elle m’a tlphon en disant "Philippe tu ne veux pas me faire un disque que pour la voix ?". D’abord, j’tais extrmement flatte. Je me suis mis au travail et un an plus tard j’avais crit le disque Vozvoixvoice sur partitions pour un orchestre. Elle a pris l’avion, sans couter une seule musique et elle est venue enregistrer. J’tais stupfait. Ensuite, en lui prsentant chaque partition musicale crite pour orchestre (pour basson, basse, clarinette, aubois, flte, violon), Tet, au lieu d’imiter ces instruments, a cr des personnages pour ces partitions. A partir des partitions elle chantait des sons d’oiseaux trs particuliers comme araponga, ja, pssaro-boi, uirapuru, tinguau, etc. Elle faisait aussi des sons de dauphins, des bruits de vents, etc. Tous ces sons ont t enregistrs dlicatement et mis en forme petit petit. Comme si on construisait quelque chose et qu’on la dcouvrait en mme temps. C’est assez surprenant comme exprience !

MM : Et tu peux m’expliquer ce que c’est que “le rcital 360”.

PK : Lors du premier lancement de Vozvoixvoice, au Brsil mais aussi au Portugal et en Allemagne, nous avons fait une tourne o on jouait en duo et avec un sampler en quadriphonie, c’est—dire que dans les salles o on jouait il y avait 2 enceintes strophoniques derrire le public et deux devant. Je jouais sur le clavier chantillonneur. Le son tait dispatch sur toute la salle et le public se sentait au milieu de la voix de Tet Espindola, qui elle avait deux micros et se baladait dans la salle. Suivant qu’elle chantait devant ou derrire le public elle passait d’un micro l’autre. Avec cette technique l, le public baignait vraiment dans sa voix.

MM : Et le “kalidoscope sonore” ?

PK : Ah ! Il y a plusieurs kalidoscopes. Il y a une musique dans vozvoixvoice qui s’appelle “five o’scope”. C’est un kalidoscope 5 faces, 5 voix, en 5 temps et avec un cycle de 5 mesures. Tout marche en 5. C’est une fois crit que je m’en suis rendu compte et que j’ai appel five o’scope. L’autre kalidoscope dont tu parles, c’est le disque entier dans la mesure o il a t conu comme un film. Les percussions, par exemple, quand Tet fait des gouttes d’eau, elles sont en arrire plan et un moment donn on zoome sur le son. Comme des “flash backs” sur une musique qui vient de passer. Il y a aussi des sons de pluie comme a... Avec les techniques lectroacoustiques que je travaille, le son de la voix de Tet Espindola est transform mais toujours partir de particules vocales de sa propre voix.

MM : Merci Philippe.

PK : Il y a quelque chose que je voulais rajouter. C’est le travail qu’on fait en ce moment. On finalise deux CD o Tet Espindola chante accompagne d’un orchestre symphonieta, avec contrebasse, violoncelle, alto, deux violons, basson, clarinette, aubois, flte, piccolo, l’accordoniste du groupe Bratsch (Europe centrale), le percussionniste d’Hermeto Pascoal et Sandro Moreno galement. Elle chante en duo avec le chanteur Belge David Linx et avec son fils Dany Black. Le disque s’appelle Babeleyes. Elle chante dans des langages imaginaires, dans des langues en voie de disparition, des langages perdus. Elle chante en Sumrien, dans la langue des clics (une des premires langues de l’humanit qu’on utilisait dans les forts), elle chante en Inuktitut (syllabaire des Inuits d’Alaska), en langue grecque et en brsilien avec des paroles d’Arnaldo Black.

MM : Et ce disque sort quand ?

PK : Courant 2006. On finalise le dernier morceau en ce moment.

MM : Bonne continuation. Je te remercie et merci encore vous deux.

PK : Merci toi.

PLAYLIST

Titre/Compositeur Album Anne Label Dure
Umbigo (Chico Csar/Arnaldo Black) Cano do amor 1995 JHO music 4’18
Pausa (Arnaldo Black/Philippe Kadosch) VozVoixVoice 2005 l’Empreinte digitale 3’21
Meridiano (Chico Csar/Arnaldo Black) Zencinema 2005 Luzazul 3’35
Escrito nas estrelas (Arnaldo Black/Carlos Renn) Cano do amor 1995 JHO music 3’15
Quyquyho (Geraldo Espindola) Cano do amor 1995 JHO music 2’53
Viso (Arnaldo Black) Zencinema 2005 Luzazul 3’47
Vulgar (Hilton Raw/Arnaldo Black) Zencinema 2005 Luzazul 3’48
Na chapada (Tet Espindola/Carlos Renn) Cano do amor 1995 JHO music 2’48
Magoas de caboclo (Leonel Azevedo) Anahi - Tet & Alzira Espindola 1998 Dabliu 4’15
Zencinema (Hilton Raw/Arnaldo Black) Zencinema 2005 Luzazul 4’07
Indiu (Shyamal Maitra) VozVoixVoice 2005 l’Empreinte digitale 3’18
Palato (Arnaldo Black/Chico Csar) Zencinema (avec Dany Black) 2005 Luzazul 3’47
Paranoia(Arnaldo Black) Zencinema 2005 Luzazul 3’13

Voir en ligne : Tetê Espindola


 
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