Quand c’est non, c’est non (Jeanne Cherhal, 2014)

Sous les chansons l histoire / musique / 10/11/2017

Chaque jour, l’actualité charrie son lot de révélations, inlassablement, comme autant de vagues qui s’effacent l’une après l’autre. Trop souvent, les médias assimilent ces révélations qui se veulent choquantes à des événements. Or, un événement, c’est tout autre chose car il implique une notion de rupture, c’est un élément disruptif qui modifie l’ordre des choses. Il y a un avant et un après. Il y a un avant et un après la chute du mur de Berlin ou les attentats du World Trade Center. Le monde n’est plus le même, il va évoluer autrement. Qu’en est-il de la majeure partie des informations révélées dans les médias ? Celle qui ont la prétention à l’événement sans l’être ?

Certes, tout ne doit pas être événement. Cependant, certaines révélations mériteraient de le créer. L’affaire Weinstein pourrait en faire partie. Weinstein, c’est ce producteur de film américain qui vient d’être mis en cause dans plusieurs affaires de harcèlement sexuel et de viol. A ce jour, une soixantaine de femmes, parmi lesquelles Gwyneth Paltrow, Rosanna Arquette ou encore Emma de Caunes ont révélé les agressions subies par ce personnage. Mais de quoi Weinstein est-il le nom ?

Cette affaire qui choque tant les esprits montre au grand jour que même les stars hollywoodiennes ne sont pas protégées contre ces crimes. On pourra m’expliquer que c’est cette image de Hollywood, de sa féerie, cette vitrine en fait, qui se brise peu à peu et que c’est cela qui ébranle tant l’opinion publique. Bon, d’accord... Cela ne m’empêche pas de trouver quelque peu hypocrite tout cet émoi, notamment à Hollywood, dont la plupart des films transmettent une image sexiste et viriliste de la sexualité, dans laquelle la femme est, au minimum symboliquement, soumise. Le cinéma est en lui-même producteur de clichés sexistes dont les récepteurs sont les millions de téléspectateurs de tous les âges à travers le monde susceptibles, eux aussi, de les reproduire.

Surtout, pourquoi attendre un scandale hollywoodien pour s’émouvoir de ce que subit un trop grand nombre de femmes au quotidien. Non pas celles que vous verrez derrière un écran, non… Celles que vous croisez tous les jours, dans les transports, votre voisine, peut-être, ou quelqu’un de votre famille. D’après les statistiques officielles du gouvernement, on estime que, chaque année, au minimum 84 000 femmes, âgées entre 18 et 75 ans, sont victimes de viol ou de tentatives de viol. En 2014, 134 femmes ont été tuées par leur partenaire. Au travail, les spécialistes sont unanimes, une femme sur cinq y aura été victime de harcèlement dans sa carrière. Sur plus de 1000 plaintes par an, une centaine seulement de condamnation. Et s’il y a si peu de plaintes, c’est que selon l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail, l’AVFT, 95 % des femmes qui dénoncent les faits perdent leur emploi. Enfin, en ce qui concerne, le harcèlement de rue quotidien, les chiffres nous montrent que, par exemple, 100 % des utilisatrices de transports en commun auraient été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle. C’est ça, qui me choque et qui me choque tous les jours ! Et c’est ce que dénonce Jeanne Cherhal, en 2014, dans sa chanson « Quand c’est non, c’est non ».



Diffusion vendredi 10 novembre 2017 - 10h40 / 17h40

Animation et réalisation C.Perreira