L’Estaca (Luis Llach, 1968)

Sous les chansons l histoire / musique / 20/10/2017

La chronique d’aujourd’hui va s’adapter à l’actualité. En effet, le referendum sur l’indépendance de la Catalogne a occupé la sphère médiatique ces dernières semaines. Or, c’est un sujet à propos duquel j’avoue mon ignorance, n’ayant pas baigné, moi-même, dans cette culture. Et ce sont les aléas de la vie qui font que, me retrouvant à vivre à Perpignan un moment, je m’y retrouve immergé.

En ce mois de septembre, il y avait les manifestations contre les ordonnances Macron. Or, à Perpignan, impossible de manifester sans entendre « L’Estaca » régulièrement. Jamais je n’avais entendu une chanson autant de fois d’affilée ! Plus qu’une chanson, un emblème de la Catalogne résistante contre Franco, composée en 1968 par Luis Llach. Ce dernier m’était complètement inconnu. Pourtant, ici, en terres catalanes, impossible de passer à coté !

Luis Llach est né à Gérone, en 1948, ce qui fait qu’il vécut sous la dictature espagnole pendant les 25 premières années de sa vie. C’est un des chefs de file de la Nova Canço, mouvement artistique et musical catalan qui s’est développé dans les années 50 en opposition à l’oppression franquiste. Luis Llach n’a d’ailleurs jamais chanté autrement qu’en catalan ! Son engagement libertaire le conduit en exil à Paris, entre 1971 et 1976, année du décès de Franco qui lui permet donc de rentrer chez lui. Alors qu’il s’est toujours déclaré réfractaire à l’engagement politique à travers les partis, Llach se lance en politique dans les années 80 dans un parti de gauche catalan. S’il arrête sa carrière artistique dans les années 2000, il est depuis 2005 député de la circonscription de Gérone au Parlement de Catalogne. Ainsi, au-delà de sa carrière artistique, Luis Llach est également une référence politique dans sa région !

L’Estaca, qui veut dire « Le Pieux » est donc composée en 1968… Ah 1968… Quelle année , n’est-ce pas ? La chanson évoque l’image d’une corde attachée à un pieu, symbole du combat des hommes pour la liberté. Je me permets de citer les paroles en français :

« Siset, ne voix-tu pas le pieu où nous sommes tous attachés ? Si jamais nous ne nous détachons pas, jamais nous ne pourrons nous libérer.. Si nous tirons tous, il tombera et il ne peut plus tenir très longtemps, sûr qu’il tombera, tombera, tombera, bien vermoulu comme il doit être déjà ».

C’est donc une chanson de lutte pour la liberté et contre la dictature. Or, Llach vit encore en Espagne à ce moment et la censure règne… Ainsi, alors qu’ils se produit à Madrid, L’Estaca est interdite… Le chanteur explique la situation au micro pendant que son pianiste joue la mélodie. La foule, plusieurs milliers de personnes, entonne alors le refrain face à un Llach bâillonné. C’est souvent du fait des dictatures que naissent tant d’hymnes à la liberté. C’est le cas de L’Estaca, symbole de la lutte catalane contre l’oppression, certes, mais qui connaît également un destin international ! Et maintenant, quand je l’écoute, je pense à tous les pieux qui sont tombés, à tous ceux qui doivent tomber encore, et que nous ferons tomber !


Diffusion vendredi 20 octobre 2017 - 17h40

Animation et réalisation C.Perreira