La Colombe (Jacques Brel, 1959)

Sous les chansons l histoire / musique / 06/10/2017

Il est des chansons, comme ça, qui marquent leur époque au moment de leur sortie car elles correspondent à un contexte particulier. Puis, plus tard, le contexte ayant évolué, on s’en souvient moins, on ne s’en souvient plus… Parfois parce qu’elles ont vieilli dans l’ombre de chansons plus iconiques… Notamment pour ceux qui n’ont pas connu cette époque… C’est, je crois, le cas de cette chanson de Jacques Brel intitulée « La Colombe ».

De Jacques Brel, tout le monde connaît « Ne me quitte pas », mais je ne crois pas que « La Colombe », chanson anti-militariste et composée contre la guerre d’Algérie soit, elle, connue du grand public. Tout comme le fait que le chanteur se soit, par ce morceau, engagé contre la guerre d’Algérie. Mais n’était-il pas, tout simplement, contre toutes les guerres, lui qui a vécu l’invasion allemande en mai 40, comme il le racontera plus tard dans une chanson ? N’était-il pas tout simplement porteur d’un message de paix universelle, comme il le chante, en 1956, dans ce beau texte intitulé « Quand on a que l’amour » ?

Comme tout bon historien, replaçons l’objet dans son contexte. Nous sommes en 1959, donc… La guerre d’Algérie a commencé le 1er novembre 1954. On parle alors des « événements ». Elle s’inscrit dans un mouvement plus global et international de décolonisation. Elle prend fin avec les accords d’Evian et la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie en 1962. Pendant 7 ans, ce fut près d’ 1 750 000 militaires qui furent envoyé en Algérie pour une guerre qui marque profondément la société française, tant à l’époque qu’a posteriori. Elle divise la population, entre les tenants de l’Algérie française et les partisans de l’indépendance. Derrière ces prises de positions il y a, bien évidemment, des enjeux idéologiques supérieurs, notamment dans le contexte de guerre froide. C’est aussi les courants anti-militaristes dénonçant les actes de tortures de l’armée française sur les Algériens et quiconque milite en faveur de l’indépendance. On pense alors à l’ouvrage, courageux, d’Henri Alleg, La Question, ou encore aux prises de position d’intellectuels engagés comme Jean-Paul Sartre. En 1966, Gillo Pontecorvo réalise le film La Bataille d’Alger, censuré en France pendant de nombreuses années. C’est aussi la condition des « Pieds-noirs », près d’un millions de Français d’Algérie qui reviennent en métropole. C’est, enfin et surtout, un combat pour la liberté qu marque la mémoire des Algériens émigrés en France pour les générations suivantes. C’est un sujet sensible dans l’opinion publique et dont l’enseignement doit encore être approfondi. Pour une analyse approfondie du sujet, on peut se référer aux travaux d’historiens de référence comme Benjamin Stora ou Raphaelle Branche…

Quant à Brel, il s’est produit en Algérie en 1954 et fut contacté par des membres du FLN. Son concert fut ensuite perturbé par des « ultras » scandant « Algérie française » et auxquels il répondit : « J’m’en fous, j’suis belge... ». Oui, c’est bien du Brel, ça… Mais ce n’est qu’indifférence feinte puisqu’il s’interroge sur l’absurdité de cette guerre, de la guerre en général, à travers cette chanson, La Colombe, cette colombe de la paix tant de fois assassinée.



Diffusion vendredi 6 octobre 2017 - 10h40 et 17h40


Animation C.Perreira
Réalisation B.Bertrand