Anne, ma sœur Anne (Louis Chedid, 1985)

Sous les chansons l histoire / musique / 29/09/2017

Onze millions. C’est le nombre de personnes qui se sont déplacées, en mai 2017, pour glisser un bulletin en faveur du candidat Front National dans l’urne. Un électeur sur cinq. C’est une personne sur six qui a voté pour un le parti raciste, sexiste, homophobe, fasciste. En découvrant ces chiffres, j’ai ressenti une profonde tristesse ainsi que beaucoup de peine. A croire que plus personne ne se souvient quelle sont les racines de ce parti d’extrême-droite. C’est incroyable comme ce mot, « extrême-droite » ne semble plus tant que ça faire peur. C’est affolant. Ce parti est né des royalistes, des personnes qui ont soutenu le régime de Vichy, des défenseurs de l’OAS, les défenseurs de la race blanche et catholique selon leur propres mots.

Je pense aussi à cette chanson de Louis Chedid dans laquelle le chanteur s’adresse à Anne Franck. J’écoute ces mots, ces paroles et j’ai envie de pleurer. Tout d’abord, parce que j’imagine cette jeune enfant dont la vie a été emportée par la haine. Je l’imagine cachée, uniquement parce qu’elle est juive. J’imagine cette adolescente souriante, au regard vif et curieux, qui aurait du avoir une adolescence comme les autres, à se soucier des amours de jeunesse, à danser au bal, à rigoler avec ses copines. Et pourtant, elle fut, comme des millions d’autres, victime de la barbarie nazie. Et quand je pense à elle, je n’arrive pas à comprendre comment l’humanité peut en arriver là.

Alors, oui, à ces pensées, je me sens submergé par la tristesse… Et pour une deuxième raison : quand je vois la date de composition de la chanson. 1985. Trente ans pus tard, que cette chanson soit toujours d’actualité, encore plus d’actualité, ça me fend le cœur. Déjà, Louis Chedid ne l’a pas écrite par hasard. En 1984, le FN participe aux élections européennes et réalise un score d’environ deux millions de voix. Ce score a tellement choqué l’artiste, frappé par le retour en force de l’idéologie d’extrême-droite qu’il en a fait une chanson. Que devrait-on dire, aujourd’hui, en 2017, avec onze millions de voix ? L’artiste l’a dit récemment : « J’aurais tant voulu que cette chanson devienne obsolète »… Oh, moi aussi, mon cher Louis, moi aussi… Cette chanson et moi, nous avons à peu près le même age. Je me rends compte en le disant que sur les trente années de mon existence, le FN n’a fait que monter, et avec lui les idées puantes qu’il charrie avec lui. Et j’me sens idiot face à cette haine que je ne comprends pas...

« 17 octobre 1943. Indifférente, j’erre d’une chambre à l’autre, montant et descendant les escaliers, et je me vois comme l’oiseau chanteur dont les ailes ont été brutalement arrachées et qui, dans l’obscurité totale, se blesse en se heurtant aux barreaux de sa cage étroite. Une voix intérieure me crie : Je veux sortir, de l’air, je veux rire ! Je n’y réponds même plus, je m’étends sur un divan et je m’endors pour raccourcir le temps, le silence et l’épouvantable angoisse, car je n’arrive pas à les tuer. A toi, Anne. »

Voilà, aujourd’hui, je voulais parler de toi, Anne. Et je voulais te faire une promesse, celle de ne jamais oublier ce qu’ils t’ont fait. Jamais oublier.


Animation C.Pereira.

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