Bombtrack (Rage Against the Machine, 1992)

Sous les chansons l histoire / musique / 05/05/2017

En 1992, le groupe américain Rage Against the Machins sort son premier album éponyme et annonce d’emblée la couleur : « Hé toi, c’est juste une chanson explosive de plus, ouais. Et les cons pensent qu’ils peuvent la minimiser ? Mais je vais l’élever à un plus haut niveau ! ». Car derrière la déferlante de métal hurlant des guitares de Tom Morello, le sombre déluge de basse et batterie et le flow saccadé de Zach de la Rocha s’exprime, comme l’indique le nom du groupe, un cri enragé contre le système.
La pochette du groupe est le reflet de cette protestation. En effet, il s’agit d’une photo du moine bouddhiste vietnamien Thich Quang Duc s’immolant par le feu pour protester contre la répression anti-bouddhiste à Saïgon en 1963. Le corps du moine bouddhiste, en position de méditation, étrangement calme, est dévoré par les flammes. L’image est d’une violence inouïe. La musique de Rage Against the Machine est de la même teneur. Dans Bombtrack, le groupe dénonce l’exploitation des ouvriers par les riches : « les patrons et les putes au pouvoir / vivent sur le dos de mon peuple / se disputent leurs costumes auxquels je mets le feu / et que je regarde brûler / avec les pensées d’un esprit militant / revendication, revendication après revendication ». Et ces injustices, Zach de la Rocha les critique avant tout dans son propre pays en attaquant un symbole sacré, le drapeau américain : « Insteand I warm my hands upon the flames of the flag // A la place, je me réchauffe les maisn aux flammes du drapeau ».
Faut dire qu’en 1992, le contexte social est tendu aux États-Unis. En effet, l’année précédente, Rodney King, un Afro-Américain, a été passé à tabac par des policiers de Los Angeles après à une course poursuite. La scène a été filmée par un vidéaste amateur et les images ont très vite été largement diffusées. Cette affaire fit de Rodney King un symbole de la lutte contre les violences policières et la discrimination. Les quatre policiers impliqués dans l’arrestation sont accusés d’usage excessif de la force et sont jugés devant le tribunal en mars 1992. Le 29 avril de cette même année, un jury, composé de dix blanc, un asiatique et un latino, a acquitté les policiers. Deux heures plus tard, les émeutes commencent. Elles sont d’une violence incroyable et durent près d’une semaine. On dénombre ainsi plus de 11 000 arrestations, plus de 2 300 blessés et entre 53 et 55 morts. La couverture médiatique fut intense et continue provoquant un fort impact sur le public. Cette révolte arrive alors que de fortes tensions raciales existaient au préalable à Los Angeles, avec des taux de chômage très élevé dans certains quartiers du sud et une police municipale marquée par une violence particulière. Les policiers seront rejugés l’année suivant par un tribunal fédéral, deux seront condamnés à 30 mois de prison. Ces événements sont marquants pour la société américaine à bien des égards, notamment dans son rapport aux forces de l’ordre mais aussi au rôle des médias dans de telles situations.
Rage Against the Machine sort sont album six mois après les émeutes, crachant à la face du monde sa vision, bien sombre, de la société américaine. Dans ce tableau, les flammes, on l’aura vu, sont omniprésentes : « burn, burn, yes ya gonna burn // brûler brûler, oui tu vas brûler ». En même temps, ils nous ont prévenu : « Bombtrack // C’est une chanson explosive ! »

Diffusion : Vendredi 5 mai - 18h15

Animateur : Christopher Peirera