L’Affiche Rouge (Léo Ferré, 1959)

Sous les chansons l histoire / musique / 28/04/2017

En 1959, Léo Ferré met en musique et interprète l’Affiche Rouge, adaptation du poème Strophes pour se souvenir de Louis Aragon. C’est un hommage aux résistants du groupe Manouchian. Suite à leur exécution, les murs de Paris et d’autres villes en France furent recouverts de grandes affiches rouges proclamant l’arrestation de l’Armée du Crime, visant ainsi par la propagande à ternir l’image des résistants et mettant en avant leurs actes dits « terroristes » tout en stigmatisant leur origine étrangère.

Dirigé par Missak Manouchian, le groupe faisait parti du réseau FTP-MOI, Francs-tireurs et partisans – main d’œuvre immigrés, intégrés à l’Armée Française de Libération. C’était des unités de la Résistance communiste qui menèrent des actions de guérilla contre l’occupant nazi et dont la plupart des membres étaient effectivement étrangers. « Étrangers et nos frères pourtant », comme le dit Aragon. Beaucoup avaient fuit le génocide arménien, d’autres avaient participé à la guerre civile espagnole. Arrêtés suite à une trahison, les 22 membres sont jugés sommairement puis exécutés le 21 février 1944 au Mont-Valérien.

L’action de ses résistants fut essentielle et leur mémoire l’est d’autant plus pour nous rappeler que la résistance ne fut pas le fait des uniques Français. L’apport de militants étrangers et des militants communistes fut important dans la lutte contre le nazisme et le fascisme ! Il est essentiel de le rappeler pour battre en brèche les arguments tenus par les obsédés de la préférence nationale que sont le Front National et les militants d’extrême-droite ! Le poème d’Aragon, qui s’inspire de la lettre envoyé par Manouchian à sa femme avant son exécution, est d’une profonde émotion… Léo Ferré, lorsqu’il le met en musique, participe d’autant plus à sa diffusion et ainsi à en garder vivante la mémoire.

Alors que la stèle en mémoire de Michak Manouchian a été une nouvelle fois profanée, le 17 février 2017, à Marseille, par des groupuscules néofascistes, il est important de se souvenir et de se rappeler que la lutte pour la liberté et le bonheur n’a pas de couleur ni de race. Aujourd’hui, en France, on a peur. Des étrangers, des réfugiés, des sans-papiers, des musulmans, des terroristes. Ceux qui devraient vraiment faire peur, ce sont ceux qui ont été capable d’aller dessiner une croix gammé sur le buste de Manouchian. Leur propension à la haine de l’autre est effrayante !

Les mots me manquent pour rappeler le souvenir de ces résistants. Ils avaient entre 18 et 44 ans. Ils étaient Espagnols, Roumains, Français, Italiens, Hongrois, Polonais, Arméniens. Il y avait une femme aussi, Olga Bancic, décapitée en Allemagne car il était interdit de fusiller les femmes… Et puisque les mots me manquent, je finirais pas ceux de Paul Eluard, dans son poème « Légion » en 1950 : « C’est que ces étrangers, comme on les nomme encore, croyaient à la justice, ici-bas, et concrète. Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables. […] Ces étrangers d’ici qui choisirent le feu, leurs portraits sur les murs sont vivants pour toujours. Un soleil de mémoire éclaire leur beauté. […] Leur vie tuait la mort au cœur d’un miroir fixe. Le seul vœu de justice a pour écho la vie et, lorsqu’on n’entendra que cette voix sur terre, lorsqu’on ne tuera plus, ils seront bien vengés ; Et ce sera justice ».


Diffusion vendredi 28 avril 18h15