La Butte Rouge (Renaud, 1980)

Sous les chansons l histoire / musique / 16/03/2017

La chronique aujourd’hui est ce qu’il convient d’appeler une chronique coup de cœur. Pas un coup de cœur récent d’une découverte impromptue. Plutôt un coup de coeur ancien, fondateur, de ceux qui font que vous n’êtes plus jamais le même et qui vous suit toute la vie. Car c’est en écoutant Renaud chanter La Butte Rouge dans son album « Le P’ti bal du samedi soir et autres chansons populaires », sorti en 1980 que je connus mon véritable premier émoi vis-à-vis de la chanson française, qui plus est engagée.
En 1980, donc, Renaud fait sa célèbre série de concerts à Bobino qui donneront lieu à un album en public mythique. Or, lors de ces mêmes concerts, il joue lui-même la première partie qui consiste en une série de reprises de chansons françaises classiques, d’où le titre de l’album. Je découvris ainsi les chansons de Fréhel, chansons populaires à l’accordéon entraînant. Et pour ce qui est du piano du pauvre, y a de quoi être entraîné : le chanteur est accompagné par le grand Joss Baselli, accordéoniste de Barbara, qui a notamment accompagné Caussimon, Montant, Ferré, Tachan, Reggiani et tant d’autres !
J’écoutais donc cet album délicieux qui produisait chez moi un effet paradoxal : écouter ces chansons d’un ancien temps allait désormais faire partie d’un de mes plaisirs à venir… Bercé par ces valses musettes, vers la fin de l’album, Renaud entonne La Butte Rouge… Frisson, émotion, coup de foudre ! Accordéon, belle poésie, tous les ingrédients étaient réunis ! Et en plus, ça parle de la Commune de Paris ! Que c’est beau !
Je ne découvris que plus tard que cette Butte rouge chantée ici par Renaud n’est pas du tout la Butte Montmartre. Le texte, écrit en 1923 par Montéhus, fait référence ici à la bataille sanglante de la butte Bapaume pendant la Première Guerre mondiale. C’est une chanson anti-militariste ! Mais qui est donc ce Montéhus ? Le personnage mérite qu’on revienne un peu dessus.
Montéhus est un chansonnier français, de Paris, né en 1872 (après le Commune, donc) et mort en 1952. D’origine juive, il portera l’étoile jaune pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa particularité ? C’est un chansonnier engagé, particulièrement, dans le mouvement antimilitariste puisqu’il rejoint l’Union sacrée en 1914, au début de la guerre. Pourtant, il change alors de ton et compose des chansons militaristes et « cocardières » durant la guerre. Une période troublée, aux vestes retournées… Néanmoins, par son œuvre, il se montre proche des idées communistes, critiquant l’exploitation capitaliste. Il devient d’ailleurs un proche de Lénine lors de l’exil de celui-ci à Paris. Il rejoind plus tard la SFIO et soutiend le Front Populaire. Quel personnage !
Sa chanson, La Butte rouge, est vraiment une chanson iconique. Elle a été reprise par un grand nombre de chanteurs et groupes : Montand, Ogeret, Renaud, Zebda, Escudero… Une chanson pour chanteur engagés, n’est-ce pas ? C’est qu’elle est tout simplement magnifique dans sa façon de traiter la cruauté de la guerre sur un rythme de valse lente toute en douceur… Il subsiste un enregistrement très ancien, chanté par Francis Marty vers la fin des années 20, facilement écoutable… Je l’avoue, la version de Renaud n’est pas ma préférée… Mais c’est toujours avec une émotion que je l’écoute chanter La Butte rouge où, aujourd’hui, il y a des vignes et il y pousse du raisin…


Diffusion : Vendredi 16 mars - 18h15

Animateur : Christopher Peirera