El paso del Ebro

Sous les chansons l histoire / musique / 10/03/2017

La guerre civile d’Espagne, entre 1936 et 1939, nous a laissé un fort héritage culturel, politique, mémoriel, musical, que nous aurons l’occasion, au cours de nos chroniques, d’exploiter avec souvenir et émotion. Les mécanismes de la mémoire sont complexes à analyser. Pour un événement important comme la lutte contre le fascisme en Espagne, ce sont les mémoires militantes, celles de ceux qui ont perdu des membres de leur familles, des amis dans les combats. La transmission de cette mémoire se fait certes par l’écrit, les ouvrages, les photos, les commémorations officielles, mais beaucoup se transmet par voix orale, lorsque l’intime se révèle et prend aux tripes. La chanson est un formidable vecteur de mémoire et d’émotion car, chantée par un groupe de personnes, tous ensemble, comme les cordes vocales, vibrent à l’unisson. C’est pour cela que j’ai choisi une version chorale et anonyme de la chanson El paso del Ebro, aussi connu comme Ay Carmela de part son refrain. Une version chorale, oui, car c’est une lutte de masse, de nombre, d’une multitude qui résiste, et anonyme, car c’est aussi la lutte de centaines de milliers d’anonymes qui ont pris leur courage à deux mains pour défendre un certain idéal.
El Paso del Ebro est un classique de la guerre civile d’Espagne. C’est un chant de résistance qui pourtant remonte à des événements antérieurs de près de 130 ans. En effet, cette chanson a été écrite en 1808 comme symbole de la résistance aux invasions napoléoniennes en Espagne. On l’évoque rarement, pourtant ces invasions furent particulièrement violentes et meurtrières pour les Espagnols. Pensons au diptyque de Francisco de Goya, El dos de Mayo et El tres de Mayo. Le premier représente la révolte des Espagnols contre les troupes napoléoniennes. Le deuxièmes nous montre les exécutions des révoltés par l’armée de Napoléon. La chanson El Paso del Ebro s’adapte, 130 ans plus tard, à un nouveau contexte de résistance, celle des républicains contre les nationalistes.
Or, si dans la chanson, l’armée de l’Ebre met une bonne raclée aux troupes des envahisseurs, la réalité ne fut point si optimiste. La bataille de l’Ebre fut cruciale dans le déroulement de la guerre. C’est la bataille la plus longue, la plus meurtrière : elle se déroula entre le 25 juillet et le 16 novembre 1938, faisant près d’une centaine de milliers de morts dans les deux camps et dévastant l’armée républicaine, précipitant ainsi son échec. Dès le début de la guerre, les républicains espagnols connaissent de grandes difficultés de ravitaillement et d’armement, alors que les insurgés nationalistes sont largement approvisionnés par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. La bataille de l’Ebre laisse l’armée exsangue et précipite la fin de la guerre civile, 4 mois plus tard, avec la victoire du camp fasciste. S’en suivront une répression féroce, plus de 200 000 disparu, et près de 40 ans de dictature franquiste. Heureusement qu’il reste des chansons pour ne pas oublier. Car le fascisme n’est jamais bien loin et il guette…

http://www.deezer.com/album/1200184


Diffusion : Vendredi 10 Mars - 18h15

Animateur : Christopher Peirera