Te recuerdo, Amanda (Victor Jara, 1969)

Sous les chansons l histoire / musique / 10/02/2017

Te recuerdo, Amanda (Victor Jara, 1969)

Nous célébrions dans une précédente chronique les chansonniers passeurs de mémoire, à travers les générations. Certains le font discrètement, dans leur petit coin, année après année, ils chantent l’humain et font des chansons pour ne pas oublier les injustices… Je pense ici à Michel Bühler, chanteur suisse aux chansons indignées et touchantes. Il y a quelques années, il chantait :

« On a trouvé Victor sur le bord du chemin, plus de vie dans le corps et massacrées les mains. Veilleur, passeur d’espoir, l’écrivait des chansons, touchait à la guitare, Jara était son nom. »

Et c’est ainsi que je découvrais Victor Jara.

Écouter la douce voix de Victor et ses chansons est d’une émotion révoltante.

Victor Jara était un chanteur chilien emblématique de la chanson engagée latine. Issu d’une famille modeste, tiraillé entre le théâtre et la musique, membre du parti communiste, il fait de la chanson un engagement politique et marque profondément la société chilienne comme l’ensemble de l’Amérique latine. Parcourant le pays, il soutient activement le mouvement Unidad Popular de Salvador Allende. Devenu ambassadeur culturel du gouvernement d’Allende, il parcourt le continent, se rend en URSS, à Cuba, rend hommage à Pablo Neruda, soutient les travailleurs en grève. Son engagement est entier.

Le 11 septembre 1973, c’est le coup d’État de Pinochet. Après un ultime communiqué radio au peuple chilien, Allende se suicide d’un tir dans le menton. Ses militants sont arrêtés. La dictature de Pinochet durera plus de 30 ans et comptera plus de 3000 morts ou disparus, plus de 40 000 torturés et des dizaines de milliers d’arrestations. Un coup d’État soutenu, on le sait désormais, directement par les États-Unis.

Ce 11 septembre, Victor Jara est arrêté par les militaires et emmené au Stade national avec des milliers d’autres militants. Il est torturé et on lui casse les doigts. Il est assassiné de plusieurs dizaines de balles quelques jours plus tard. Il allait avoir 41 ans. Fini la guitare, fini la liberté.

Le corps de Victor ne failli jamais être retrouvé. Il fut enterré clandestinement le 18 septembre 1973 grâce à un jeune fonctionnaire, Hector Herrera, plus tard exilé en France et témoin de centaines de disparitions. Avec des collègues, il est parvenu à tromper la vigilance des militaires et à rendre le corps à l’épouse de Victor pour l’enterrer. Cette histoire incroyable et émouvante est superbement racontée dans le documentaire Victor Jara n°2547.

Près de 40 ans plus tard, en 2009, le corps de Victor Jara est enterré publiquement à Santiago du Chili. Le procès de ses assassins est toujours en cours. Mais sa mémoire est bien vivante.

Dans sa chanson Te recuerdo Amanda, Victor nous conte Amanda qui allait rejoindre Manuel à l’usine, pour l’enlacer durant ses cinq minutes de pause… Il parle de ce court instant de bonheur, de plaisir, des fleurs plein la bouche… Il nous évoque, à demi-mots, Manuel qui est parti dans les montagnes pour combattre le fascisme et la dictature, et qui n’est jamais revenu. Lui non plus, n’est pas revenu… Mais son message est toujours aussi fort : « El pueblo, unido, jamas sera vencido » !


Diffusion : vendredi 10 février - 18h15

Animateur : Christopher Perreira