Porcherie Bérurier noir, 1985

Sous les chansons l histoire / musique / 27/01/2017

Une chanson, une date, une histoire...

Qui sème le vent récolte la tempête, dit le dicton. Pour ma part, j’ai toujours aimé son parallèle, « Qui sème la haine récolte la colère ». Ça me fait souvent penser au mouvement punk,ce sursaut de violence désespérée face à un système qui n’offre aucun horizon d’avenir.

Né dans les années 70 en Grande-Bretagne, le mouvement punk n’est pas en reste dans l’Hexagone dans la décennie suivante, développant un style qui lui est bien propre. Et lorsqu’on pense « punk français », on pense souvent aux Berurier Noir. Certes, le mouvement ne se résume pas à eux, et nous aurons l’occasion de parler de bien d’autres groupes, mais les Bérus sont vraiment emblématiques. Parce que c’est le cri d’une jeunesse au bout du rouleau, paumée, sans futur, et qui crie, elle gueule, elle se distord comme elle distord ses guitares… Comme beaucoup de jeunesses finalement… Je me souviens quand, encore lycéen, en 2002, lorsque Le Pen arrivait au deuxième tour, nous défilions en gueulant comme gueulaient les Bérus : « La jeunesse emmerde le Front National » !

Ce slogan crié à tue-tête en levant les doigts bien haut, on le retrouve dans la version live de la chanson « Porcherie », parue dans l’album « Viva Bertaga », sorti en 1990, à l’issue de leur célèbre concert « hara-kiri » de séparation donné à l’Olympia en 1989. La version studio de la chanson, publiée en 1985 sur l’album « Concerto pour détraqués » ne contient pas ce fameux slogan anti-FN. Mais alors, pourquoi ?

1985. La France a la gueule de bois. L’espoir suscité par la victoire de Mitterrand aux présidentielles de 81 s’évanouit : la fête est finie. La gauche recule aux élections cantonales. Les services secrets français s’illustrent dans l’explosion du Rainbow Warrior. Résultat : un mort, et démission du ministre de la Défense, Charles Hernu. Économiquement aussi, les beaux jours sont finis et l’on sait maintenant que c’est parti pour durer. Le chômage augmente. On ferme les usines. Et surtout, le gouvernement socialiste dirigé par Laurent Fabius vote les premières lois de libéralisation économique. Conséquence : l’État se désengage et on privatise ! Autre événement révélateur de toute une précarité de la société : c’est la même année que Coluche crée les Restos du Coeur…

Au milieu de tout cela, les Bérus gueulent : « Flics armés, porcherie, apartheid, porcherie, DST, porcherie, et l’enculé de gros Le Pen, porcherie »… Mais le slogan n’est pas encore là… Alors, qu’est-ce qui se passe ?

1985, toujours, en avril : Michel Rocard démissionne à propos de l’adoption du scrutin proportionnel pour les élections législatives… En quoi ça consiste ? C’est cette initiative, justement, qui va permettre l’entrée du Front national au parlement et diviser la droite alors que le PS est en perte de vitesse…

Mitterrand est élu en 86, mais le FN fait 10 % aux législatives, une véritable percée. Surtout, Le Pen arrive 4e aux élections présidentielles de 88. Et c’est dans ce contexte de montée du Front National aux différents scrutins français qui permet d’expliquer cet ajout qui vient du bide, un cri limpide et vénère : La jeunesse emmerde le Front National !



Vendredi 27 janvier / 18h15


Animation : C.Pereira