My Licorne and me, par Poom (2016)

Sous les chansons l histoire / musique / 20/01/2017

Au mois de mai 2016 est sorti l’album « 2016 » du groupe français POOM. Sur ce petit opus electro-pop, un peu lounge, se trouve un morceau, My Licorne and me, qui semble a priori ne pas avoir sa place dans cette chronique. Et pourtant, et pourtant… N’avez-vous pas remarqué, depuis peu, ce nouvel engouement pour les licornes ? On les voit à toutes les sauces : pseudos Facebook, Gif animés, smiley entourés d’arc-en-ciels multicolores… De quoi ce symptôme est-il le phénomène ?

Acteur de sa société, l’historien ne s’attache pas qu’à l’étude du passé. Il est interpellé par les mouvements de la société dans laquelle il évolue. La création de l’Institut d’Histoire du Temps Présent en 1978, par François Bedarida, illustre bien cette préoccupation du chercheur du passé pour son présent. Marc Bloch déjà, dès les premiers mois de la Seconde Guerre Mondiale, s’interrogeait sur cette « Étrange Défaite » française… Ainsi peut-on se demander ce que nous révèle ce mystérieux et récent attrait pour les licornes.

L’imaginaire des licornes, sans être spécialiste, nous renvoie directement au Moyen-Age et notamment aux tapisseries dites de « La Dame à la Licorne ». Mais nous pouvons remonter plus loin puisque le grec Ctésias mentionne déjà, dans l’Antiquité, ce quadrupède à corne, indomptable et rapide, que seul la ruse permet d’attraper et qui se laisse mourir en captivité. L’historien Michel Pastoureau, spécialiste de l’histoire de la symbolique occidentale, nous apprend que l’animal légendaire est mentionné pas moins de sept fois dans la bible ! D’ailleurs, la symbolique chrétienne autour de la licorne est complexe et polysémique : elle est attirée par l’odeur de la virginité et sa corne réalise des merveilles...

La croyance en la licorne fut longue et tenace. C’est à partir du XVIe siècle que l’on commence à douter de son existence. Rabelais, dans son Pantagruel, se moque des personnes qui y croient ! Or, critiquer son existence, c’est aller à l’encontre des écrits bibliques... On se fait discret… Mais dès la fin du XVIIème siècle, nous ne sommes plus dupes : les quelques reliques d’une corne de licorne se révèlent n’être que des dents de Narval !

Or, bien que confronté à la réalité, le mythe de la licorne connaît une vie fictive en tant que vedette imaginaire. On la retrouve dans les romans d’héroic fantasy, dans la BD et, plus récemment, dans Harry Potter où les licornes « disneyisées », pour reprendre l’expression de Michel Pastoureau, sont sacrées.

Finalement, la licorne nous renvoie à une sorte d’évasion fictive et infantile. La génération qui approche de la trentaine en ces années 2015 et 2016 est marquée par le chômage, l’absence d’un projet d’avenir et une importante vague de terrorisme, au Bataclan, à Nice… José Saramago, écrivain portugais prix Nobel de littérature en 1998, déclarait il y a quelques années, dans une interview : « C’est une sorte de maladie incurable que je porte, qui s’appelle lucidité. Parce que je ne vois aucune raison pour être optimiste dans le monde où nous sommes. Aucune. » Face à un présent violent et désespéré, quel autre échappatoire que le rêve ?


Animation : C.Pereira