Le testament européen ? Marie-Laure Basilien-Gainche

Agora des savoirs / culture / 30/11/2016

Quoi que puissent affirmer les politiques et les médias, l’Europe ne fait pas face à une crise des réfugiés. Ce sont en revanche une crise de la protection internationale d’une part et une crise de la construction européenne d’autre part qu’il convient de constater et d’analyser. L’asile est abîmé, l’union est dégradée. Un délitement des principes de solidarité et de responsabilité s’affirme et s’affiche de manière de plus en plus décomplexée, au nom de préoccupations sécuritaires nourries d’égoïsmes nationaux. Soucieux de ne pas froisser des opinions publiques qui se montrent frileuses voire hostiles à l’accueil des réfugiés, construites qu’elles ont été par des discours assimilant les étrangers à des problèmes et à des dangers, les gouvernements européens confortent les contrôles de leurs frontières et externalisent la gestion des flux migratoires, renient leurs principes et abjurent leurs valeurs. De naufrages en naufrages, la Méditerranée semble être devenue le cimetière des dépouilles des migrants, de même que la nécropole des fondements de l’Europe. Au fil des chroniques de leur inhospitalité, les États rédigent un testament qui est celui de leur avenir.

Professeure des universités en droit public à l’université Jean Moulin Lyon 3, Marie-Laure Basilien-Gainche est membre du Centre de Droit Constitutionnel (CDC) de cette université et chercheur associé au Centre de recherche et d’études sur les droits fondamentaux (CREDOF) de l’université de Nanterre. Membre de l’Institut Universitaire de France, elle mène ses recherches sur le respect des droits fondamentaux dans la conception et l’application des politiques européennes d’immigration et d’asile.


Rediffusion : Samedi 3 décembre - 14h