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Viens te faire dévalider / société / 11/05/2022

Aujourd’hui dans “Viens te faire dévalider” nous allons parler de sexualité, et plus précisément d’assistance sexuelle !


En 2020, la secrétaire d’Etat Sophie Cluzel a souhaité relancer le débat sur les assistants sexuels, arguant que certaines personnes handicapées vivaient dans une abstinence non choisie. Le sujet peut sembler anodin, mais d’après l’Organisation mondiale de la santé, « la santé sexuelle fait partie intégrante de la santé, du bien-être et de la qualité de vie dans son ensemble ».


Le rôle d’un assistant sexuel (homme ou femme) consiste donc à créer une intimité par des caresses, massages et des paroles pour raviver la sensualité et la sexualité des clients handicapés. En France, le métier ne dispose d’aucun cadre légal mais il est déjà pratiqué de manière officieuse. Il existe d’ailleurs une association, l’APPAS (pour Association pour la promotion de l’accompagnement sexuel) qui milite pour la reconnaissance du métier.


Il faut dire que le sujet passionne les médias car il touche au tabou suprême, cette fameuse “sexualité handi” qui fascine les foules. C’est aussi un sujet qui divise, entre les partisans de l’assistanat qui militent pour le droit au sexe pour tous, et ceux qui n’y voient qu’une autre forme de marchandisation des corps. Car derrière de jolis mots, il s’agit bien de cela, d’une prestation sexuelle tarifée, même si le sexe pénétratif n’est pas forcément au programme.


Même chez nous, au sein des Dévalideuses, ça reste un sujet compliqué. Bien que nous n’ayons rien contre le travail du sexe, nous ne sommes pas forcément d’accord sur le principe même de l’assistance sexuelle, et ce que cela représente pour les personnes handicapées concernées.


En effet, le sujet soulève plusieurs problématiques. D’abord, il signifie que les personnes “lourdement” handicapées seraient tellement repoussantes, leurs corps tellement indésirables, qu’il faudrait forcément payer pour accéder à l’intimité.


Ce qu’on oublie souvent de préciser, c’est qu’au delà de l’attirance, la possibilité même d’une rencontre est extrêmement compliquée pour certaines personnes handicapées. Soit la personne est en institution, coupée du reste du monde, et n’a donc aucune chance de pouvoir rencontrer des personnes en dehors de ses voisins et voisines de chambre, soit la personne a une mobilité réduite, et se trouve donc confrontée à l’inaccessibilité de l’espace public et des transports.


Ben oui, même si aujourd’hui la plupart des rencontres se font en ligne, sur Tinder ou autre, l’intimité elle, va souvent se créer au contact de l’autre. Or, comment être au contact de l’autre lorsqu’on ne peut même pas se déplacer facilement jusqu’au bar pour prendre un premier verre ?


Quant à la beauté des corps, même si tout est question de goût, nous ne pouvons nier que notre perception est forcément influencée par les standards de beauté imposés. En tant que femme d’apparence valide, je suis déjà soumise à des normes inatteignables. Mais quand on est visiblement handicapée, la norme imposée est tellement loin qu’elle n’est plus qu’un bruit de fond.


Dans notre société, les personnes handicapées sont infantilisées, asexualisées même. Au point de n’avoir parfois plus de genre. Quand dans les lieux publics, on nous propose des toilettes homme, femme et handicapé, ça veut dire quoi ? Que nous serions un 3ème genre inclassable, et forcément incompatible avec les deux premiers ?...


Sur les réseaux, dans les médias, il n’existe aucune représentation positive des corps handicapés. Nous sommes considérés avec compassion, indifférence ou dégoût, mais rarement perçus pour ce que nous sommes : des corps sexués, avec des envies probablement similaires aux vôtres.


Ensuite, le concept même d’assistance sexuelle relève d’un désir de catégoriser “une sexualité handi” uniforme, et de la penser comme une problématique à résoudre, comme l’explique si bien Zig Blanquer dans son livre “Nos existences handies”. C’est oublier qu’il existe autant de sexualités que de personnes. Que nos envies, besoins et capacités nous sont propres, et ne sont une problématique que pour les personnes qui souhaitent y voir un problème.


Enfin, cela donne à voir le sexe comme un besoin vital, et les personnes abstinentes comme forcément incomplètes. Or, le sexe comme une pulsion ou un besoin à combler est l’un des arguments de la culture du viol.


Bien sûr qu’il est difficile de vivre coupé de toute intimité, à la fois déconnecté des autres mais sans cesse touché par d’autres mains pour les soins quotidiens. Mais il existe de multiples manières d’envisager l’intimité et la sexualité. La sexualité est un spectre immense, ouvert à tous les possibles, auquel on peut choisir de souscrire ou non. Ce n’est pas un passage obligé.


Je crois que la sexualité des personnes handicapées se portera certainement mieux le jour où ce ne sera plus un sujet. C’est d’autonomie dont nous avons besoin pour vivre pleinement nos sexualités multiples, complexes et colorées, et non de charité.


Pour finir, si vous voulez un aperçu réel de la vie d’une personne handicapée, sans voyeurisme ni pathos, je vous conseille absolument de lire “Nos existences handies” de Zig Blanquer. C’est un recueil de textes rédigés au fil des années par cet auteur et militant autonomiste. Il est l’une des figures françaises du mouvement anti-validiste et aborde avec une cruelle sincérité le vécu d’une personne handicapée, le besoin d’autonomie ou encore la sexualité.


C’était Béatrice, à la semaine prochaine !






Diffusion mercredi 11 mai 2022 - 10h20 / 17h15


B.Pradillon