Trouble psy ne veut pas dire violence

Viens te faire dévalider / société / 04/05/2022

Parmi tous les handicaps, les troubles psychiatriques sont probablement ceux qui fascinent le plus. Ils ont d’ailleurs donné lieu à de nombreuses représentations qui nourrissent l’imaginaire collectif ; on pense notamment à des films comme Shutter Island, Vol au-dessus d’un nid de coucou, Shining, Fight Club, et plus récemment Joker.


Mais loin de glamouriser ou banaliser ces troubles, ces représentations ont contribué à véhiculer des visions complètement erronées de la dépression, de la bipolarité ou encore de la schizophrénie auprès du grand public. Et à enraciner l’idée que la violence serait intimement liée à ces pathologies psychiatriques.


Pour s’en convaincre, il suffit d’allumer la télé ou de lire la presse. Quand une personne commet des actes violents, il est courant d’entendre que cette personne est déséquilibrée, qu’elle avait des antécédents psychiatriques, et cela sert souvent à clore le sujet. Puisque cette personne n’avait pas toute sa tête au moment des faits, plus besoin de chercher à comprendre les raisons de son geste ! Dans les médias, la notion de trouble psy est ainsi systématiquement associée à une attitude violente et imprévisible, ou à un comportement destructeur.


De fait, nous avons pris l’habitude de croire que la violence va de pair avec les troubles psychiatriques ou mentaux, et que les personnes concernées sont comme des bombes à retardement, susceptibles d’éclater à n’importe quel moment. Pourtant, ces clichés sont bien éloignés de la réalité !


D’après le rapport de la Haute Autorité de Santé sur la dangerosité psychiatrique, il existe une « surestimation manifeste du risque de comportement violent chez les personnes souffrant de troubles mentaux. »


D’après ce rapport, les personnes souffrant de troubles mentaux ne sont que rarement impliquées dans une violence faite à des tiers : 3 à 5 % seulement des actes violents seraient dus à des personnes souffrant de troubles mentaux. Et, surprise, ces personnes sont plus souvent victimes qu’agresseurs. Quand elles ne sont pas victimes de violences et maltraitances de la part de leur entourage, elles ont tendance à se maltraiter elles-mêmes : mutilation, tentative de suicide…


Cela s’ajoute à un réel manque de prise en charge de ces violences, la parole de ces personnes étant souvent considérée comme moins légitime.


Sans surprise, les femmes sont les plus touchées : si 80 % des femmes handicapées subissent des violences au cours de leur vie, plus de la moitié présentent des troubles psychiques. Encore plus effrayant : d’après le site Handicap.fr, alors que 14,5 % des Françaises âgées de 20 à 69 ans affirment avoir déjà subi des violences sexuelles, ce chiffre passe à 90 % pour celles atteintes du trouble du spectre autistique.


Les maladies psychiatriques effraient car nous les relions à la perte de contrôle sur soi, ou à des comportements déviants. Dans la pop culture, elles sont un sujet de prédilection, et des personnages comme le Joker, Hannibal Lecter ou Patrick Bateman dans American Psycho sont même l’objet d’un véritable culte de la part des fans du genre.


Toutes ces œuvres associent généralement la « folie » à une criminalité théâtrale. Rien que dans les programmes télévisés américains, les personnages ayant des troubles mentaux apparaissent comme dix fois plus violents que l’ensemble des autres personnages.


Entre le cliché du meurtrier psychopathe et du schizophrène violent, nous sommes abreuvés d’images erronées de ces maladies mentales. Ces représentations contribuent à stigmatiser durablement les personnes concernées, à les isoler à la fois socialement et professionnellement.


Du côté du spectre autistique, les représentations sont différentes mais tout aussi stigmatisantes. Les personnes autistes ou neuroatypiques sont généralement représentées comme des personnes déficientes aux réactions violentes, ou à l’opposé comme de véritables génies dotés de capacités intellectuelles hors normes. L’agressivité supposée des personnes autistes est en réalité un mythe, leurs réactions excessives ou disproportionnées étant en fait une réponse à un environnement inadapté. Quant aux capacités intellectuelles extraordinaires, elles sont souvent le fruit d’une obsession envers une thématique en particulier, qui conduit la personne à devenir experte sur le sujet.


Nous avons conscience du long chemin à parcourir pour déconstruire ces stéréotypes, mais aussi des changements opérés ces dernières années pour gommer petit à petit ces représentations psychophobes. Il est toujours plus simple et réconfortant de se dire que les personnes ayant commis des actes atroces sont fondamentalement différentes. Mais la vérité est tout autre.


Alors, la prochaine fois que vous entendrez dire qu’une personne folle a commis un acte violent, n’oubliez pas que 95% des faits violents sont commis par des personnes absolument responsables de leurs actes.



C’était Béatrice, de l’association Les Dévalideuses. A la semaine prochaine !






Diffusion mercredi 4 mai 2022 - 10h20 / 17h15




B.Pradillon