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Yves Bommenel

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samedi 17 août 2002, par Gilles Gouget

Yves Bommenel. Sa vie son oeuvre, c’est tout un truc, dont il nous livre un ch’tit bout. Son propos est une réflection, une pensée qui s’alimente de l’histoire et de la fonction de la culture comme objet de démocratie. Ta culture c’est ton pouvoir !

G.G. : On est avec Yves Bommenel, alias Bobie. On te reoit sous ces deux tiquettes en quelque sorte, puisque parmi tes multiples activits, on peut voir et revoir cette exposition, et puis on va aussi parler du festival du Cocazine, puisque tu es un des nombreux activistes de cette institution - on en est presque l !-.

Y.B. : Ah quasiment.

G.G. : On va parler de cette expo, un expo qui allie des textes et des collages numriques. Ce got pour le travail sur ordinateur, pour la posie, c’est une forme qui est apparue quand et comment ?

Y.B. : Disons qu’en fait, dans ma "pratique artistique", j’ai fait partie d’une gnration qui a certainement t bouleverse par la gnration Punk. On a t vraiment, je crois, imprgns dedans, on en a bu, on en a vcu, et quasiment toute cette pratique... elle dcoule de cela. C’est dire qu’en fait, on nous a dit "ben vas-y, c’est la libert de faire, si tu as envie de faire quelque chose, ben tu te dbrouilles", c’est le fameux "do it yourself". Et donc en fait, on a commenc dans les annes 80 faire des collages, essentiellement des collages pour des affiches... soit d’missions de radios, soit de concerts. partir de ces collages, on a eu envie d’y intgrer, finalement... autre chose que de l’image brute, que de faire finalement de la promotion, puisque c’tait a aussi un petit peu, mme si c’tait subversif... L’ide d’inclure des textes, a vient aussi d’une autre culture qui est certainement inhrente au fait d’tre... de vivre dans une provence, on va dire, qui est un peu " l’coute des arts"... Cette expression... Moi j’aime bien ce terme de "fada", puisque c’est "touch par les fes", et on va dire que tout petit dj, j’ai eu le got des mots ; et alors c’est naturel que finalement il y ait une recontre qui s’opre au niveau des textes, que j’cris, et de ce dsir d’illustrer la vie ou la rprsentation de la vie.

G.G. : L’criture, c’est une activit permanente ?

Y.B. : Constante. C’est... il n’y a pas une journe o j’cris pas.

G.G. : C’est un tat, en fait.

Y.B. : C’est... On va dire que c’est le principal... Mon rapport avec le monde, c’est par l’crit que je le vis, certainement.

G.G. : Par l’crit... puis par la musique aussi ?

Y.B. : La musique, c’est "la grande libration" on va dire, puisque finalement, a nous a appris .... exister finalement, c’est ce qui a bris les carcans de la France Pompidolienne, quoi. Dans les annes 70, si vous vous souvenez, on tait corset, on avait des trucs en matire synthtique, qui nous remontaient jusqu’au cou, on arrivait pas finalement vivre notre enfance aussi librement qu’on en avait envie, nos parents en avaient eu un peu soup, et encore plus les gnrations qui venaient de bourrer... de faire mai 68... La musique a a t le vecteur de libration de cette France l. C’est dire, on a cass le moule de la France de De Gaule, que personellement je ne regrette pas, et on a apport un peu "un vent de folie", tribal, quelque chose qui libre le corps... et c’est finalement l’alliance du corps et de l’esprit.

G.G. : Au niveau de ces textes, il y a l’amour qui transparat parmi les choses qui inspirent, mais quoi d’autre, dans l’criture de tous les jours, pour pousser la plume ?

Y.B. : Je dirais qu’il y a un ct militant, qui est certainement aussi li au pass, on va dire... punkifi. C’est un peu ce dsir de... avec les mots et avec les actes surtout, parce que il ne faut pas confondre ce qui est du domaine de la parole et ce qui est du domaine de l’action... En fait on a envie de bouger les choses, et je pense que "bouger les choses" a veut dire faire action militante au niveau culturel plus que politique, puisque finalement faut pas mlanger les choses non plus. Et ce militantisme culturel, c’est important pour moi, c’est quelque chose de "moteur" ; ce qu’on retrouve dans le Cocazine, par exemple. Et ensuite au niveau de l’imaginaire... l’envie de raconter des histoires, tout simplement. Alors que ce soient des histoires d’amour, puisque c’est quelque chose qui touche tous les hommes ; il y a un ct "universel" dans les histoires d’amour, puisque a dpasse les critres de sexe ou de nationalit... ou de condition sociale, finalement : Un PDG peut resentir les mmes choses qu’un ouvrier sur... sur un coup comme a. Et les clivages aussi, on va dire, travers les prfrences sexuelles, c’est aussi quelque chose... Je pense qu’il y a une grande similitude "d’histoire d’amour" finalement, entre les htrosexuels et les homosexuels. On les oppose souvent mais finalement il y a une... une grande communion dans la faon de "souffrir", souvent, comme dans la faon de "s’extasier" envers ce lien, ce lien qui est quand mme mon avis des liens que les hommes tissent entre eux, certainement beaucoup plus intresants que le lien montaire.

G.G. : Un lien qui malgr tout, mme si on le tisse, est au-dessus de soi.

Y.B. : Il est au-dessus de soi, il est fragile. Il a toute... toute l’imagerie qui est lie un petit peu... la destin, en fait... On cre quelque chose avec quelqu’un, c’est fragile, parce que l’instant d’aprs a peut ne plus exister pour des raisons X, annexes, on va dire, et en mme temps tous les jours il se nourrit... C’est dire a progresse, donc j’espre en tout cas qu’au niveau de vos histoires d’amour personnelles, chacun le vit comme une progression et non pas comme une stagnation. C’est une aventure, une aventure magnifique, je pense.

G.G. : Au niveau des images qu’on peut voir associes ces textes, il y a plusieurs influences graphiques. Y’a des choses qui ont un petit ct fifties, dans le chrome... dans une certaine photographie. Puis y’a des choses qui sont moins videntes identifier.

Y.B. : L aussi c’est l’influence... quasiment "historique", qui fait que c’est difficile l’heure actuelle, je pense, d’tre compltement... "ferm" tout ce qui a t l’aventure du Pop-Art. C’est dire qu’en fait, je suis un enfant des annes soixante, et je crois que a ce resent dans ma faon de concevoir le monde. En fait j’ai t nourri de a, consciemment, inconsciemment, aprs, pour ce qui est de l’imagerie fifties, c’est la base du rock’n’roll. C’est dire que quand j’ai dcouvert le rock’n’roll travers le heavy-metal tout d’abord puis travers une plonge dans les origines, j’ai t confrontr cette matire picturale qui tait lie une certaine imagerie, qui existait aussi dans notre inconscient par rapport la publicit amricaine, aux marques amricaines qui matraquaient un peu un certain credo, qui influence certainement beaucoup de crateurs l’heure actuelle. Et ensuite, la dcouverte du numrique, c’est la grande rvolution. On avait notre modernit nous, c’tait le manga, qui tait quand mme quelque chose d’assez traditionnel si ce n’est qu’il y avait une autre vision, une autre culture derrire, mais c’tait... du pinceau et de la feuille. Et d’un coup le numrique tout explos, nous a permis toutes les liberts, avec une imagerie qui finalement, s’est libr des contraintes, et a c’est quelque chose d’intressant aussi, qui nourrit nouveau la cration.

G.G. : Tu fais rfrence la culture punk. Une autre culture dont le numrique est carrment le support par excellence, c’est la culture lectronique, avec aussi cette faon de s’approprier les arts graphiques qui est assez forte ; les flyers, internet. Est-ce qu’il y a plusieurs "ponts", comme a, entre le mouvement punk et puis, finalement, ceux qui agissent et qui pensent sur le courant culturel lectronique ?

Y.B. : Certainement, c’est pas le milieu que je frquente le plus, mais que j’ai frquent... on va dire que je suis un compagnon de route... mais pas un membre actif. J’ai particip l’Eko des Garigues, o on essaye de les accompagner dans la mesure de nos moyens. Je pense que ce qui appartient ces deux mouvements, c’est un peu un hritage... un hritage de la beat generation, qui est vraiment... Les fondateurs, ceux qui dans les annes 50 ont commenc balancer du fanzine, crer du fanzinat, crer des petits labels, jouer du jazz, s’intresser une vision trs rebelle, trs subversive de l’art. Y’avait pas que eux, y’avait eu dj... les dadas, y’avait eu les surralistes qui taient aussi un petit peu dans cette vague l, mais les surralistes ou les dadas avaient une vision de la musique qui n’tait pas populaire. La grande diffrence, c’est sur l’aspect "populaire", c’est dire des gens qui sont issus du peuple, et qui revendiquent, un petit peu comme dans les annes 20 les artistes communistes, la volont de s’adresser au peuple, sans passer par les superstuctures que sont les grandes entreprises, entre guillemets. Et l, il y a une volont d’aller toucher directement les gens, c’est dire, vraiment... quasiment le public pour le public, de s’affranchir de tout a. Et l, on peut retrouver effectivement une similitude l’heure actuelle, quand on pense toutes les Free-Parties, on est vraiment l dans un dsir de reconqurir l’art de la fte sans passer par les mafias, sans passer par... Alors bien sr, je conois qu’il y ait des obligations lgales ; c’est un autre discours. Mais a n’empche que cette volont, qui est la volont de faire de la culture populaire des prix les plus bas possibles, c’est quelque chose qui est li cet historique du mouvement musical, et aprs, au niveau des techniques mmes, je pense que la musique lectronique, que ce soit au niveau de la musique "lectro" ou de la musique... plus du Rap et des choses comme a, le sampling beaucoup influenc... a rvolutionn les techniques de studio pour tous les musiciens, que ce soit rock, rap ou electro, mais influence normment aussi les arts graphiques, puisque la notion de sampling est essentielle... Quand on conoit par exemple une image sous Photoshop (tm), on va prendre des chantillons d’autres images, on va en crer, et l on retrouve vraiment la notion de boucle, parceque finalement... on va beaucoup fonctionner souvent comme a, par rptition d’une mme... d’un mme sujet.

G.G. : Les oeuvres sont finalement devenues leur propre palette... ou des palettes en puissance.

Y.B. : Tout fait. Chaque oeuvre finalement a une unit propre, avec une mthodologie. a c’est quelque chose qui est intressant aussi, de se donner des limites techniques, un peu comme dans certains courants littraires, on va avoir envie de se donner de la contrainte, et quand je pars sur une illustration, comme a, j’aime bien la notion de contrainte, parceque tout est possible, mais il faut canaliser a, parce que sinon c’est n’importe quoi. Alors on va dire : voil la sensibilit du texte, est-ce que a, a accompagne bien le texte ? Que ce soit en opposition, c’est dire un texte trs romantique illustr de manire trs... "moderne", ou quelque chose de trs passiste dans la forme, par exemple un Haiku, qui va pouvoir tre remodel en face, avec un espce de mirroir dformant, et l, ce moment l, on se donne des contraintes, en se disant : voil, a serait bien qu’il y ait a comme lment, qu’on travaille avec telle substance, choisir les rfrences qu’on va prendre au niveau de la couleur par exemple, choisir un matriau... Photocopier ou scanner par exemple une texture. Par exemple a pourrait tre cette moquette qui est ici, fort belle moquette bleue d’ailleurs, hein, qui est Divergence dans les studios (rires). Une fois qu’on a cette texture, une fois qu’on s’est imprgn de cette texture, on va dcider d’imaginer quelque chose travers. Le bleu a pourrait tre la mer, on peut imaginer une mer qui soit en fait cette moquette, et dessus des mots qui seront des sortes de bateaux qui vogueront vers un ailleurs... C’est comme a qu’on construit, finalement, une composition... lectronique, mais sur papier.

G.G. : C’est assez long, le travail de PAO, de retouche d’image, etc... Cette longueur ncessaire pour paufiner, a permet aussi de prendre du temps pour rflchir pendant qu’on travaille...

Y.B. : a... c’est mon quotidien au niveau professionnel, parce que c’est mon mtier aussi. Je pense qu’il y a un ct... une tradition d’enluminure qui nous renvoie un petit peu aux moines copistes... qui est superbe et drisoire, en fait, c’est quelque chose qui est trs trs long. Dtourer, par exemple, des fleurs ou un feuillage, c’est quelque chose qui peut prendre des heures et des heures et des heures. Donc au final, on est toujours du par rapport au temps qu’on y a pass, mais il a ce ct perfectible, ce ct... C’est aussi des petits dfauts. Bien souvent le danger de ces logiciels... Je pense surtout quand on cre partir de rien, par exemple si on prend un logiciel de 3D, y’a un aspect froid qu’il faut sublimer. Il y en a qui arrivent trs bien le sublimer avec des textures, grce des clairages, qui recrent un univers... et l ca passe. Mais sinon, on a toujours ce danger. Alors ce travail minutieux, avec toutes ses petites imperfections, ben la contrepartie c’est que a permet finalement de redonner de la vie dans quelque chose qui tait peu-tre trop technique et un peu froid. Il y a un ct un peu froid dans certaines images issues de l’ordinateur qui peut-tre... Moi j’adore, c’est une esthtique qui me plat beaucoup - j’aime bien l’esthtique industrielle-. Mais a n’empche que des fois on a envie de donner de la vie, et le temps qu’on va y passer, avec toutes les imperfections, avec... cette notion de travail humain ; la main de l’homme qui se reconnat quelque part dans le travail de la machine, et a c’est... c’est important aussi, je crois.

G.G. : On va aussi parler d’un vnement dont on reparlera, c’est la sortie du 100ime numro du Cocazine, doit on le rapeler, ce merveilleux petit agenda culturel de poche, bourr d’humour et de choses lire, qui ne sont pas forcment musicales et agendesques, pourrait on dire. L aussi, le Cocazine s’illustre parfaitement quand tu parlais de "faire de la culture populaire des prix les plus bas possibles".

Y.B. : Bien sr, la gratuit c’est un principe qui nous est cher, c’est dire qu’en fait, quand on a construit le Cocazine, au dpart c’tait beaucoup plus modeste. L aussi on s’est servi des rves des anciens, c’est dire qu’il faut savoir que dans les annes 80 Montpellier, y’a eu un magazine qui s’appellait La Coca ; qui a t cr par des membres fondateurs de L’Echo des Garigues qui ont cr ce magazine, dont y’a eu que quelques numros sortis. Et en fait, ils se sont cass la figure, parce qu’il taient trop novateurs. l’poque, c’tait un concept qui avait 20 ans d’avance. Nous on est arriv dans les annes 80, la fin des annes 80, on a eu la possibilit de collaborer avec ces gens l, pour crer le Mirador de la Sardine qui tait un premier... petit fanzine d’annonces de concerts. Et l’ide c’tait en fait : Puisque le presse officielle ne parlait pas du mouvement, que le mouvement ait sa propre voix, "crer son propre mdia", comme dirait Gilo-Biafra, et c’tait vraiment important, parce que l’poque, les pages concerts... Y’avait pas la Gazette, y’avait pas le Midi-Libre qui en parlait, des concerts punks ou alternatifs, ou rock ou reggae ou rap, y’avait personne qui parlait de a. C’tait un peu de la sous culture, c’est aussi un concept qui nous est cher. Donc, l’underground, il avait aucune faon de toucher sa cible, c’est dire son public. Les gens pouvaient se retrouver dans un village et pas savoir qu’ dix bornes de chez eux y’avait le concert du groupe de leur vie qui les attendait. Et a, c’tait important. De donner les moyens, et de donner les moyens gratuitement, parcequ’en fait, si on met... Y’avait... y’avait dj des magazines de rock, on pouvait payer et avoir un minimum d’information. C’tait pas super, mais on avait les grandes dates : Paris, Lyon, Marseille, a allait. Mais il y avait un besoin de s’ancrer localement, c’est dire vraiment Le Pays, et ensuite de gratuit, que tout le monde puisse avoir accs cette information. Alors, aprs, bien sr, y’a des limites dans la gratuit, hein. Par exemple, ici, on arrive un peu... Le Cocazine marche tellement bien que les 50.000 exemplaires qu’on tire, en gros, en moyenne par mois, sont diffuss... En l’espace d’une dizaine de jours y’en a plus, parce qu’on diffuse sur tout le sud de la France, de Toulon Toulouse... Les 800 points de dpts... voil ! Vous calculez, en un rien de temps a disparat. Alors le message, maintenant, c’est "abonnez vous si vous le trouvez pas", mais... Mais en fait la limite de la gratuit c’est a aussi, c’est dire que quand a marche vraiment bien, ben au final on se retrouve bloqu, parce qu’on pourrait tirer certainement beaucoup plus d’exemplaires, mais... pour pouvoir durer 10 ans, pour arriver au 100ime numro, il a fallu qu’on garde tout le temps en constante, d’tre un minimum les pieds sur terre au niveau conomique. C’est dire qu’on essaye de s’en sortir, qu’on fasse toujours des choses qui soient raisonnes pour pouvoir se permettre de durer, tout simplement. Donc alors l, l’heure actuelle, si on voulait monter le tirage, a serait un gnocide conomique, quasiment, on se mangerait la gueule et les gens qui travaillent avec nous aussi, puisqu’en fait a peut marcher que si y’a un rseau qui se cre, a c’est aussi un autre... quelque chose d’important. Y’a une dizaine d’annes, y’a Massilia et les Fabulous qui ont cr, on va dire, la Ligne Imaghinot, qui tait une ligne... de l’occitanie runifie. Nous, on a continu d’arpenter cette ligne, on l’a un peu tire, on va parler de dferlante mridionale, finalement. C’est un peu de se dire "ben voil, de Toulon Toulouse, si on fait des choses ensembles on peut arriver faire des choses remarquables", et c’est quelque chose qui est en train de se passer puisqu’ l’heure actuelle, parmi les grands groupes franais, y’a quand mme pas mal de groupes du sud de la France. Je parle d’I Am, je parle de Massilia, des Fabulous, de Zebda... Tous ces groupes l ont finalement une existence qui prouve que le terroir est riche et qu’il y a moyen de s’exporter, de passer la Loire finalement !

G.G. : Pour rsumer, tirer plus de Cocazines, a voudrait dire modifier un petit peu la faon de travailler, la faon de faire.

Y.B. : Ben disons que si on augmente le tirage, on va augmenter les prix des publicits, puisque a fonctionne grce aux annonceurs, on a pas de subventions, c’est un fonctionnement essentiellement priv. a voudrait dire augmenter le prix des pubs, et les pubs sont dj suffisament chres. Si on fait a, on risque de perdre notre base, nos premiers annonceurs, historiques. Y’en a dj plein qui sont partis, qui n’ont pas pu suivre l’volution du magazine... Et on se retrouverait bosser qu’avec des grands comptes. ce moment l, quel serait l’intrt pour nous, si par exemple, l’heure actuelle, y’a 80% des annonceurs, mme plus, qui sont du monde de la musique, si ces gens l ne peuvent plus mettre d’argent sur le magazine et qu’on se retrouve bosser 100% avec des vendeurs de frites... on aura l’impression quelque part... pas de s’tre fourvoys, mais on va dire que le ticket aura t un peu amer. En mme temps, c’est a. Nous dans l’absolu, si on pouvait le faire ce serait sans publicit, a serait du mcnat, si on avait... si on avait un ami milliardaire qui nous entend... Si on pouvait le sortir sans mettre une seule publicit a serait trs bien dans nos conceptions. Aprs, quand il s’agit de faire de la publicit pour des gens, que a soit des festivals, des artistes, l aussi c’est un plaisir. En fait, eux a leur permet de se faire la promotion et d’exister, nous a nous permet de sortir le magazine et pour le public, c’est de l’information encore une fois, puisque que c’est des choses qui peuvent l’intresser... L il y a une bonne symbiose entre tous les lments. Si on grossissait un peu plus, on se retrouverait dans un monde un peu... qui serait plus tout fait le ntre, et qui est plus le monde de la presse nationale qui est un monde qu’on envie gure finalement, puisque si on a cr a, c’est aussi pour pas retomber dans les mmes travers.

G.G. : Ce 100ime numro, c’est l’occasion de faire un festival 100% Cocazine, qui va s’tendre sur tout le mois d’octobre et sur tout le sud, de Perpignan Marseille, Toulouse...

Y.B. : Y’a une vingtaine de concerts, y’en a partout en fait. L’ide c’tait vraiment de fdrer toute cette zone, de dire "voil, pendant tout le mois d’octobre, on fait notre 100ime numro, c’est un anniversaire pour nous, qui est important, a fait 100 ans (!), 100 ans ! j’allais dire 100ime numro !

G.G. : ben on vous le souhaite...

Y.B. : 100 ans ! je sais pas si on sera trop gaillard !... Mais c’est a en fait, c’est un anniversaire, y’a un ct un peu commmoratif, c’est important pour nous de regarder le chemin parcouru, mais c’est aussi une faon de dire que si on a pu le faire, c’est grce tous ces contacts qu’on a nou sur... sur cet axe Toulon-Toulouse, c’est dire que c’est des gens qui, en local, s’occupent de la distribution, des gens qui, en local, on fait l’effort de faire connatre le magazine, ont permis qu’il y ait un ancrage, on va dire... qui nous ont remont l’information, c’est des gens avec qui... Y’a pas une page du Cocazine qui n’est pas le reflet de leur crativit, et a c’tait important de faire les choses avec eux et non pas pour eux, puisque on est l, on est vraiment dans une logique... C’est pas faire les choses par soi-mme, mais c’est aussi pour les autres, avec les autres, a c’est important. Et donc ces 20 concerts sont une manire d’incendier un petit peu pendant le mois d’octobre tout le sud de la France, de crer un petit peu un rseau. On organise aussi ce moment l, le 18 et 19 octobre, y’aura le FIRMA Montpellier, qui est le Forum Interrgional des Musiques Actuelles, o on espre que les gens vont venir. Y’aura le vendredi une journe de dbats o les gens pourront un peu s’exprimer, confronter leurs expriences, parce que finalement on se nourrit de a. Souvent, Montpellier on va avoir des soucis, et on s’apperoit pas que nos collgues de Toulouse, ben, ils ont eu les mme soucis, ils ont trouv des solutions. Donc, c’est bien des fois de communiquer, et de crer du lien social entre tous ces gens. Donc a, c’est aussi l’objectif du festival, et aprs bien sr y’a un ct festif, puisqu’on prne un art gai, et non un art triste. a c’est aussi une vision qui est peut-tre la base du Cocazine, c’est qu’on parle de tous styles de musique, des musiques mlancoliques comme des musiques bourrines, y’a de tout. Mais avec une ide quand mme que... au dl de tout a, c’est du lien social, c’est de la joie, c’est de la fte. C’est dire qu’en fait, mme si on va couter une oeuvre triste, on y vient dans un registre qui est celui du divertissement, et donc a c’est important de rester dans ce crneau l. Souvent on a eu tendance trop intellectualiser, se dire "Hou, c’est de la musique pour la tte !". Nous, on aime bien la musique pour les pieds, finalement.

G.G. : On en reparlera plus en dtails sur Divergence, mais on peut rappeller les dates du FIRMA.

Y.B. : Alors ce sera le 18 et 19 octobre. Il faut s’inscrire maintenant, donc il faut aller sur le site www.cocazine.com. C’est important, pour que l’on sche peu prs la jauge des gens qui viendront aux dbats, alors les dbats... l’accs est gratuit et c’est ouvert tout le monde. Bon, il faut tre du milieu de la musique, a va de soi, puisqu’on parlera de a. Donc, si vous tes artiste peintre... dsol, on fait pas dans ce crneau l. Et le samedi y’aura des stands ouverts au public, des labels, des groupes qui viendront prsenter ce qu’ils font. Et c’est important aussi que le public rencontre les artistes, ou les producteurs, et qu’il n’y ait pas ce clivage. Je pense que l’une des grandes rvolutions, ou un retour un petit peu la normale par rapport aux groupes qui l’heure actuelle font... un tabac, c’est cette proximit. C’est dire que des gens comme Noir Dsir ou Manu Chao, malgr leur succs qui est colossal, sont rests trs trs accessibles, et je crois que c’est un petit peu la grande diffrence par rapport une priode antrieure, c’est des gens qui continuent avoir un peu les mme habitudes. C’est des stars, mais pas le ct "glamour" qui pouvait y avoir chez les stars... d’avant guerre. L on est plus revenu quelque chose de proximit, et je crois que c’est important que les gens se rendent compte que cette scne l, elle est accessible. Par exemple, tre fan d’un groupe de Heavy Metal amricain, c’est sublimer un petit peu une adoration, alors qu’tre fan d’un groupe de ska festif du coin, c’est pouvoir les rencontrer tous les weekends. C’est a que je veux dire, c’est ce message l qui est impotant, les artistes sont parmi nous, quoi, ils ne sont pas dans une espce de prison dore...

G.G. : ...dans une sphre inaccessible.

Y.B. : Voil. a c’est important.

propos recueillis par Gilles Gouget

P.-S.

Bobie est aussi le fondateur de Bizarre.fr éditions.


 
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