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En direct et en PUBLIC du BALOARD
mer 20 fev - 20h, rediff. dim 2 mars - 10h
mercredi 20 février 2008, par
Vins, ivresses et littératures. L’histoire en semble vieille comme le monde... et elle l’est ! Combien de plumes se sont-elles noyées dans les liquides rouges, ambrés ou blancs ; combien de faux talents ont-ils cherché à exprimer les élans, les aspirations à un génie qu’ils ne possédaient pas et croyaient, soûls, maîtriser ?
Le génie est destructeur, son absence ne l’est pas moins. Boire pour créer, imaginer, concevoir, innover : la belle affaire ! Le style naît du travail, d’une flamme, du vin peut-être, de souffrances d’être, d’exprimer, de devenir sans que cela advienne : soit ! Ecris ivre si tu veux, disait Gide, mais relis-toi à jeun.
Gide, insupportable, car il a souvent raison avant tout le monde ; Gide que je soupçonne de n’avoir jamais été soûl, si ce n’est du corps des garçons ; Gide ascète, exégète d’excès non commis... Grand en tout cela, pour comprendre et ne juger point. Curieux commencement où, pour boire, je cite un auteur qui n’est pas connu pour ce vice, mais en revendique bien d’autres...
Ce soir, nous allons donc boire, lire, boire et relire encore...
L’ivresse des mots devant s’allier aux troubles de l’esprit, à une langue pâteuse de temps à autre, mais belle souvent, à des métaphores de plume en effervescence alcaloïde.
Ecrire, boire, dire, mourir, chanter : nous ne tiendrons pas le programme en entier, du moins je l’espère ? L’ivresse, le vin dominent le monde sensible et nous entendrons le prouver, du moins lorsque la plume puise son venin dans le jus de la treille. Lire sans modération, avec la truculence de Bacchus, la fureur bacchanale de Dyonisos, mais néanmoins avec la raison dans la déraison que donne l’habitude de lire, de boire, sans jamais être soûl.
Accointance à distance, l’émission des excès, des exubérances, des intempérances, non pas synonyme de delirium tremens, mais de transes verbatoires...
Imagine t-on des figures du Lagarde et Michard ivresmortes ? Vantant les beuveries, les corps et les sexes, le tout dans des relents de vomis tièdes ? Ô, historiaques de la littérature officielle : je vous hais à l’égal des familles que vous entendez protèger !... : l’ennemi est littéraire, il convient de l’énucléer, de le réduire, de le qualifier “classique” afin de l’empoussiérer, de lui ôter sexe, langue, glotte et papille !
La littérature se lit comme l’on boit du vin. L’on peut commencer par les mauvais pour en arriver aux meilleurs. Le vice, une fois pris, ne vous lâche plus, ne vous laisse plus de répit ; heureux vice, impuni (pour l’instant), où, seuls, nous sommes heureux et n’avons qu’envie de partager ce bonheur... Partager un bon vin, le partager comme distribuer un plaisir de lecture. Camarades, soyons ivres ensembles : lisons, buvons et lisons à nouveau ; rien n’est bon, amis, qu’épaule contre épaule, lire un classique inédit de nous, qui parle de nous, ivres de nous-mêmes, ivres nous-même de nous.
Florent ROBIN






