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TAPAGES, première émission : Gabriel Garcia Marquez

mercredi 26 octobre - 19h30


mercredi 26 octobre 2005, par Christophe Roux

Tous les mois un texte, une nouvelle, un extrait de la littérature française ou étrangère lu et mis en musique par Violaine PICON, Christophe ROUX et Caroline NOVARA.

Ce mois ci Tapages vous propose la lecture d’une nouvelle de Gabriel Garcia Marquez, auteur colombien, journaliste et activiste politique n en 1928, prix nobel de littrature en 1982 pour l’ensemble de son oeuvre. La nouvelle choisie, La sainte, est tire du receuil 12 contes vagabonds paru chez Grasset en 1992 qui nous montre un Garcia Marquez aussi talentueux en quelques pages qu’en plusieurs centaines. Nous le comprenons si bien de la part d’un auteur qui n’a jamais compltement abandonn la discipline journalistique...

Les musiques qui illustrent cette lecture sont :

- Django Reinhart : Nuages
- Los Calchakis : Pescadores
- Claude Debussy : 2me livre des prludes : feux d’artifice
- Nino Rota : Valse la dolce vita
- Astor Piazolla : Duo de amor
- Antonio Rivas : Despierta corazon
- Oust Louba : Rue de l’aiguillerie
- Paolo Fresu / Enrico Rava : Retrato em branco e preto
- B.O. Rocco et ses frres : Terra lontana
- L’homme l’harmonica
- Duke Ellington : The mooche
- Charlie Haden : Requiem
- Gonzales : Gogol
- Egberto gismonti : Agua e vinho

Littrature hispano-amricaine

Il ne s’agit pas ici de faire une analyse de la littrature hispano-amricaine, n’y mme d’en faire un panorama (incomptence oblige), mais en quelques lignes, de voir comment cette littrature est l’expression d’une vritable culture mtisse, par le biais de trois auteurs : Le choix de ces trois l vient du fait qu’il est reconnu (par des gens extremement bien renseigns) qu’ils ont imprims un renouveau au roman hispano-amricain dans les annes 60, 70, et ont particips son internationalisation. Il s’agit de Carlos Fuentes, Mario Vargas Llosa et Gabriel Garcia Marquez que nous avons choisi de lire pour cette premire mission.

Tout d’abord, faut-il le dire, la littrature hispano-amricaine est un courant multiforme et pourtant cohrent : par del certaines diffrences on trouve les mmes problmes (socits ingalitaires, dictatures, conomies de dpendances, imprialisme, conflits ethnico-sociaux...) et les rponses, souvent, se touchent. Par ailleurs, la thmatique de l’identit est trs prise des auteurs hispano-amricains. Ils s’inscrivent en effet dans l’histoire d’un peuple constitu par la colonisation, une histoire de cinq sicles qui en a pourtant tellement plus puisque contrairement l’Amrique du nord, les indignes n’y furent pas compltement massacrs et comptent pour beaucoup dans la spiritualit des communauts.

“Toutes les lgendes racontes et toutes les chansons chantes dans le monde ont une origine orale, immatrielle. Un trs petit nombre atteint la permanence de l’crit. La plupart survit dans le souvenir et disparat dans la mort. Chaque fois qu’un indien meurt, une bibliothque entire meurt avec lui , a dit l’historien mexicain Fernando Benitez. Reporter ou mme abolir la mort de la mmoire orale, c’est assurer la continuit de la littrature crite. Benedetto Croce ne nous a-t-il pas rappel que l’Iliade elle-mme tait l’origine l’uvre d’un popolo intero poetante , un peuple entier pote ?” Carlos Fuentes

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fuentes, Mexico, 1959

Carlos Fuentes est l’un des plus clebres crivains de l’amerique latine. Il a fait de la thmatique de l’identit un de ses thmes de prdilection. Son travail (son oeuvre !) traite rgulirement de l’empreinte indigne sous la surface du Mexique contemporain. Son premier roman paru en 1958 La plus limpide rgion (la region mas transparente) provoque dbat et polmique : il y donne un panorama des diverses ralits sociales de Mexico, mettant en perspective l’histoire amis surtout la culture du Mexique, chose qui ne manque pas de dranger la bonne conscience des classes leves. La mort d’Artmio Cruz en 1962 prolonge cette reflexion en regardant la rvolution mexicaine travers un personnage, Artemio Cruz, dput, propritaire d’un grand journal de Mexico, qui est brutalement atteint d’une grave maladie. Un personnage puissant, qui a exploit son profit des moeurs politiques corrompues dont les grands bouleversements sociaux favorisent l’panouissement, s’efforce, sur la frontire de la mort, d’tablir le bilan de sa vie dsormais acheve. Combattant de la Rvolution, il a passionnment aim, vingt ans, une jeune fille, Regina, qu’il a retrouve massacre aprs un combat. Ce choc a marqu toute son existence, et l’idal de sa jeunesse a fait place une implacable volont de puissance. Une peinture sans concessions d’une bourgeoisie issue d’une Rvolution dont elle a trahi l’esprit. Plus tard, avec Peau neuve (cambio de piel), il dpassera le cas mexicain pour s’attacher, dans ce thme de l’identit, l’humanit.

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fuentes, luis bunuel, 1979

Mario Vargas Llosa, prsente aussi dans ses textes des figures du rel latino amricain, en l’occurence pruvien. Son oeuvre met l’accent sur les tensions sociales et les abus de pouvoir des appareils idologiques : l’glise, l’tat, l’arme ou quelquonque pouvoir constitu. Son thme rcurrent par excellence est celui de l’innocent, victime d’une socit qui le pousse devenir rebelle. Deux exemples significatifs :
- La ville et les chiens(La ciudad y los perros) (1962) l’action se situe dans un collge militaire,quatre garons forment un cercle secret, les Chiens . Ils luttent contre la discipline qui leur est impose, tout en instaurant une autre, encore plus inhumaine, celle de la virilit, qui a besoin d’humiliation, de sacrifice et qui accepte la violence comme une conduite ncessaire et prescrite : manger pour ne pas tre manger. Vargas Llosa nous montre dans ce livre une socit ou la trahison et l’exploitation sont une garantie pour que chacun conserve ses privilges. Ce texte rvele non seulement les contradictions de la socit pruvienne, mais les affres de la corruption et de la brutalit qui dmolissent le monde latino amricain.

- La fte au bouc (la fiesta del chivo) : portrait de toutes les tyrannies, Vargas Llosa dcrit ici la dernire journe de trujillo malade sanguinaire et vritable dictateur qui svit sur Saint-Domingue durant 30 ans, en mme temps que la trame du complot qui mit un terme ces 30 annes de despotisme, de terreur, d’esclavagisme, de bassesses et de mythomanies absurdes et dmentielles.

Gabriel Garcia Marquez a quant lui, souvent utilis une veine fantastique reposant sur une perception vitale et humoristique du monde. Doit on y reconnatre une indiosyncrasie indigne qui fconde la vision rationnaliste europenne ? C’est flagrant dans l’exemple de la nouvelle La sainte, tire du receuil de nouvelles douze contes vagabonds (doce cuentos peregrinos)(1992) ou la dmesure et l’ambiguit lui font construire une histoire hallucinante. Son souci n’est pas tellement de rendre compte de situations sociales ou politiques, mais d’en suivre les rpercussions sur les consciences, sans pour autant prendre de distance vis vis du monde. Ce texte, sa faon,s’implique, prend position, proteste et milite : par l’humour et l’ironie, il souligne les dysfonctionnements de l’institution catholique, et par l mme de tout ce qui devient, un jour, institution.

Extrait :

LA SAINTE

Je ne revis Margarito Duarte que vingt-deux ans plus tard. Il apparut soudain au dtour d’une des venelles secrtes du Trastvre et j’eus du mal le reconnatre d’emble cause de son espagnol malais et de son port lgant de vieux Romain. Il avait le cheveu blanc et rare, et toute trace avait disparu du comportement lugubre et des vtements funbres de lettr andin avec lesquels il tait arriv pour la premire fois Rome, mais au fil de la conversation je finis par le dlivrer peu peu de la perfidie des ans et le retrouvai tel qu’en lui-mme : impntrable, imprvisible et pourvu d’une tnacit de tailleur de pierre. Avant la seconde tasse de caf dans l’un des bars que nous frquentions jadis, je m’aventurai lui poser la question qui me brlait les lvres. "- Et la sainte ?
- Elle est toujours l, me rpondit-il. Elle attend. " Seuls le tnor Rafael Ribero Silva et moi pouvions comprendre combien cette rponse tait lourde d’humanit. Nous connaissions si bien son drame que des annes durant j’ai pens que Margarito Duarte tait le personnage en qute d’auteur que les romanciers attendent toute une vie, et si je ne l’ai jamais laiss croiser ma route c’est que la fin de son histoire me semblait inimaginable. ...

Ce n’est cependant pas dans les nouvelles que Gabriel Garcia Marquez s’est illustr, mais grce de nombreux et volumineux romans au rang desquels figurent Cent ans de solitude(Cien aos de soledad)(1967), Chronique d’une mort annonc(Crnica de una muerte anunciada)(1981), ou encore L’amour au temps du cholra(El amor en los tiempos del clera)(1985).

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garcia Marquez

Et puis...et puis tout le reste...

Lettre d’un mourant.

[...] J’ai appris tant de choses de vous, vous les hommes... J’ai appris que tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans savoir que le vritable bonheur rside dans la manire de l’escalader. J’ai appris que quand un nouveau-n serre fort de son petit poing, pour la premire fois, la main de son pre, il le retient pour toujours. J’ai appris qu’un homme n’a le droit d’en regarder un autre de haut que pour l’aider se lever. [...] Si je savais que ce sont les dernires minutes o je te vois, je te dirais "je t’aime", sans prsumer btement que tu le sais dj. [...] Aujourd’hui peut tre le dernier jour o tu vois ceux que tu aimes. [...] Garde prs de toi ceux que tu aimes, dis-leur l’oreille combien tu as besoin d’eux, aime-les et traite-les bien, prends le temps de leur dire "je regrette", "pardonne-moi", "s’il te plat", "merci" et tous les mots d’amour que tu connais. [...] Montre tes amis et aux tres chers combien ils sont importants pour toi. Gabriel Garcia Marquez.

Quelques liens :

sur Carlos fuentes

- http://www.awigp.com/default.asp?nu...
- http://www.republique-des-lettres.c...
- http://www.lire.fr/xp_recherche.asp

Sur Mario Vargas Llosa

- http://www.lepoint.fr/edito/documen... (sic...) voudrait-t-on ne jamais vouloir dire d’auteurs qui paraissent aussi inspirs dans leurs travaux et aussi peu politiquement !
- http://www.republique-des-lettres.c...
- http://www.monde-diplomatique.fr/20...
- http://www.lire.fr/entretien.asp/id...
- http://livres.lexpress.fr/critique....

Sur Gabriel Garcia Marquez

- http://www.questia.com/library/lite...
- http://www.republique-des-lettres.c...
- http://www.monde-diplomatique.fr/re...
- http://www.clubcultura.com/clublite...

Un dernier pour la route, inici par Luis Sepulveda et Antonio Sarabia, le receuillement sur la tombe de ce personnage, mconnu du public franais, Julio Cortazar, entrr Montparnasse : photographier et transmettre au bon soin de Cuba...
- http://www.clubcultura.com/clublite...

N’oublions pas les vaillants diteurs sans lesquels rien de cela n’aurait t possible...

- http://www.gallimard.fr/, pour Mario vargas Llosa.
- http://www.gallimard.fr/, pour Carlos Fuentes.
- http://www.livredepoche.com, pour Gabriel Garcia Marquez.

Le tout au format poche, pour de plus amples formats vous adresser aux mmes individus...

Caroline Novara.


 
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