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Solika et MANGECLOUS

Un disque avec le Cercle Occitan de Clermont-l’Hérault

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jeudi 11 décembre 2003, par Pascal Jaussaud

Jeune association, Mangeclous compte parmi les plus dynamiques en Languedoc. À la fois tournée vers les amateurs, et en particulier les enfants, et en recherche permanente d’échanges avec les musiciens professionnels, Mangeclous vient de réaliser un CD où se côtoient justement chanteurs dilettantes et instrumentistes renommés. Une expérience humaine avant tout, merveilleuse surtout. Solika Janssens Nouchi, qui a créé cette association, nous explique.

Pascal Jaussaud : Solika, quelle-est ta formation musicale ?

Solika : J’ai t au Conservatoire du boulevard Malesherbes, Paris, o j’ai tudi le chant et le piano. J’ai ensuite effectu une formation musicale l’cole de jazz du CIM. Classes de chant classique, jazz, chanson franaise, ce n’est qu’en arrivant en Languedoc, en entendant le chant occitan, que je me suis intresse la musique traditionnelle. Je m’tais inscrite aux cours de chant du Jazz Action Montpellier, o j’ai rencontr Marie-Jos Lhubac. J’ai alors abord la musique traditionnelle en suivant des stages par la Famdt et L’Auboi.

P. J. : La dcouverte de la langue occitane a t trs importante pour toi…

Solika : L’occitan a t un coup de foudre. J’ai trouv cette langue magnifique, et le chant et la musique me plaisaient beaucoup. J’ai pris des cours d’occitan avec Daniel Lafont, le prsident du Cercle Occitan de Clermont-l’Hrault. Ce que j’aime dans cette langue, c’est sa diversit. J’emprunte trs largement, d’Auvergne en Provence, de Gascogne en Languedoc. J’ai longtemps vcu l’tranger, en thiopie, au Ymen, pour citer les pays qui m’ont le plus marque. Dans les rgions o j’ai vcu, je me suis toujours intresse la musique et aux musiciens. Les changes que je faisais taient souvent en lien avec la musique, la langue. Donc, quand je suis arrive en Languedoc, j’ai procd pareillement.

P. J. : Pourquoi avoir cr ta propre association, Mangeclous ?

Solika : J’ai travaill avec Jean-Michel et Marie-Jos Lhubac au sein de l’association L’Auboi, avec qui j’ai dcouvert l’veil musical. Et j’ai eu l’envie de suivre mon propre chemin, et donc de crer ma propre association pour soutenir la musique occitane, la musique traditionnelle, le chant, le collectage, et continuer mon travail sur l’veil musical. Mangeclous est un personnage de l’œuvre d’Albert Cohen. C’est un tre qui n’hsite pas se lancer dans les projets les plus fous…

P. J. : Quelle est la vocation de cette association ?

Solika : L’association produit des spectacles et organise des stages de musique, de thtre et de clown. Nous mettons en place des interventions dans les coles, essentiellement des ateliers de fabrication d’instruments. Avec les enfants, nous sortons couper du roseau dans les vignes, travaillons sur le son avec les matriaux trouvs dans la nature. Alain (Al1), mon compagnon, fabrique des instruments en roseau et en bambou, qu’il pyrograve. Avec lui, nous avons dvelopp la fabrication d’instruments avec les enfants. On s’est mme spcialiss dans cette activit. Pendant l’atelier, on chante avec les enfants, on leur apprend des chansons, des comptines en occitan. Mangeclous propose galement des cours de musique. Le mercredi, Jonquires, l’veil musical pour les enfants, le lundi soir, chant dans le cadre du Cercle Occitan Tega-Los de Clermont-l’Hrault. Il y a aussi des initiations l’accordon diatonique, avec tude du rythme, un peu de solfge, et l’apprentissage d’airs traditionnels.

P. J. : Comment s’est mis en place l’atelier de chants traditionnels au sein du Cercle Occitan ?

Solika : Je m’tais prsente au cours d’occitan en tant que chanteuse. C’est ainsi que les gens du Cercle m’ont incite les aider monter une activit autour du chant. Tous les lundis, aprs le cours, je sortais mon accordon diatonique pour les accompagner. travers le chant, j’apprenais l’occitan, ils me corrigeaient. Moi, je proposais des voix pour les pupitres, des petits arrangements, et, petit petit, l’ensemble s’est construit un rpertoire. Mais ce n’est pas une chorale, plutt un groupe de chant. Il y a toutes les catgories d’ges, de gnrations. Les parents de la Calandreta de Gignac, par exemple, puisqu’ils suivent les cours d’occitan pour tre sensibiliss la langue qu’apprennent leurs enfants.

P. J. : Depuis un an, avec le Cercle Occitan, tu travailles sur un projet de ralisation discographique. Comment est ne cette ambition et de quelle manire s’est effectu le choix du rpertoire ?

Solika : L’ide de dpart tait de chanter quelques airs traditionnels occitans. Puis, je me suis rendu compte, grce Daniel Lafont, de la richesse littraire et potique qui existait sur Clermont-l’Hrault. Il faut dire que le Cercle Tega-Los a dj dit - et continue de le faire - de magnifiques livres en franais et en occitan, sur les souvenirs des Clermontais. Nous avons donc travaill sur le Clermontais, partir de potes comme Antoine Peyrottes de Clermont-l’Hrault et Aim Agussol de St-Andr de Sangonis. J’ai alors dcid d’crire des musiques sur ces pomes, et, trs rapidement, nous avons pens raliser un disque. Les gens m’ont aussi donn des textes eux. Monsieur Caylus, par exemple, crit tout en alexandrins. Il s’agit de vritables chansons o ne manque que la musique. Les chanteurs du Cercle se souvenaient galement de certains chants qu’ils entendaient dans leur jeunesse. On les a intgrs au rpertoire. Des chants comme Le vin blanc de Clermont-l’Hrault . Et, aujourd’hui, je me retrouve riche de plein de textes en occitan, car les voisins de Jonquires, de St-Andr de Sangonis, m’ont confi les chansons retrouves dans leurs familles, dans la rgion.

P. J. : Ce CD a t ralis grce la collaboration de musiciens extrieurs au Cercle Occitan…

Solika : J’ai contact Pierre Diaz, un ami musicien, saxophoniste et arrangeur. Je lui ai fait lire les quelques notes que j’avais crites partir des chansons, et il a vite imagin les arrangements possibles. Il a ensuite appel d’autres amis : le contrebassiste Michel Bismut, l’accordoniste Alain Bruel, le joueur de hautbois languedocien Philippe Neveu, pour leur proposer de poser leurs griffes sur les musiques. J’avais crit des arrangements pour les voix, des harmonies simples, et l’on s’est dit qu’il fallait les enrichir avec des instruments. C’est Pierre Diaz qui a compos les arrangements pour les instrumentistes. Puis, nous sommes alls en studio, chez Alain Requi St-Andr de Sangonis, pour enregistrer les voix. C’tait la grande aventure pour les chanteurs ! Les musiciens sont venus ensuite, pour enrober tout cela. Ils taient trs peu disponibles, et n’ont d’ailleurs pas encore rencontr le groupe vocal. Tout le monde a hte de se retrouver. Ce sera fait le 19 octobre, l’occasion de la sortie du disque.

P. J. : Les musiciens interviennent sur toutes les chansons ?

Solika : Pratiquement, mais pas tous ensemble. Pierre, qui a ralis la direction musicale de l’enregistrement, a voulu crer des ambiances diffrentes, avec des parties en duo, en trio, des improvisations. C’est un vrai rgal de les entendre improviser, notamment sur les pomes, sur les histoires. Les musiciens comprennent un peu l’occitan, mais mme si des lments des textes leur chappent, ils ont cout la musicalit de la langue et ont su imprgner avec leurs instruments les couleurs ncessaires.

P. J. : Ce projet de CD a-t-il effray les chanteurs, au dbut ?

Solika : Pas du tout. Tout le monde tait partant. On ne savait pas quelle somme de travail cela allait reprsenter, c’est tout. Et ce n’est pas rien ! Cette exprience a content tout le monde. On pense que cela va devenir le tmoignage d’une population, d’une priode. Nos doyens, Madame Jeanne Lamie, qui a ft ses 80 ans en studio, et Monsieur Caylus, qui ne doit plus tre loin des 90 ans, chantent ou disent des histoires qu’ils ont cres. C’est mouvant. C’est un tmoignage pour nos enfants et petits-enfants. Cela peut servir d’outil pdagogique, aussi. Cela raconte les petits mtiers, des anecdotes anciennes ou actuelles : Le marchand d’alumettes , Le viagra … Et puis, musicalement, c’est trs riche : source traditionnelle, orchestration plutt jazz, c’est tout ce que j’aime ! Cet enregistrement reflte compltement l’esprit de l’association Mangeclous, bas sur l’change, la rencontre, l’ouverture vers d’autres musiques, d’autres cultures. La cration est vitale !

P. J. : Un tel projet a ncessit une saison entire, entre rptitions, choix des rpertoires, enregistrement. Cela a-t-il modifi quelque chose au sein du groupe ?

Solika : J’espre que cela a donn des envies ! Sinon, je ne pense pas que cela change quoi que ce soit. Ils apprhendaient tout de mme. On ne pensait pas que cela serait si difficile, si prenant au point de vue de l’investissement du chœur. En coutant le rsultat, cela dpasse nos esprances. Mais on ne pouvait mme pas imaginer le produit final ! On a parl de ce projet pendant une anne, maintenant c’est une ralit de 19 morceaux. On ne sait pas encore ce que cela va engendrer. Pour l’instant, nous avons une proposition pour aller jouer St-Flour, en novembre, dans le cadre d’une rencontre entre chorales occitanes. Par contre, nous irons sans les musiciens, faute de disponibilit et de budget. Pour ces raisons, nous ne pourrons certainement jamais monter ce projet sur scne. Mais si un programmateur dsire inviter le groupe et les musiciens, on peut y songer… Ce sont l’association Mangeclous et le Cercle Occitan de Clermont-l’Hrault Tega-Los, avec l’aide de l’I.E.O. et du Centre Languedoc-Roussillon des Musiques et Danses Traditionnelles, qui ont produit ce disque. De nombreuses souscriptions personnelles nous ont aussi permis de croire que ce projet serait ralisable. La recherche de souscripteurs a t mene de main de matres par Jean-Pierre Rouveyrollis, second par Suzy Lafon (j’en profite pour les remercier, ici !). La Communaut des Communes du Clermontais, ainsi que les mairies de Clermont-l’Hrault et St-Andr de Sangonis, nous ont aussi aids.

P. J. : Ce genre d’exprience serait presque souhaiter chaque cercle occitan, chaque canton ?

Solika : C’est sr ! Un groupe de St-Pons de Thomires avait dj ralis un document dans le mme esprit. Ste et Marseillan, des projets allant dans ce sens sont en train de voir le jour. C’est un outil pour les gnrations qui arrivent. La voix, la langue, sont des musiques. J’ai fait couter les bandes des amis qui ne sont ni du milieu trad., ni sensibles l’occitan, et ils ont tous t trs touchs par ces enregistrements.

P. J. : En octobre, Mangeclous organise deux vnements importants : celui consacr la sortie de ce disque, puis un week-end de stage…

Solika : C’est la troisime anne que nous organisons ce stage d’automne. Les deux premires fois, c’est Daniel Frouvelle qui est venu encadrer un stage autour de la voix et du chant traditionnel occitan. Mangeclous a pour vocation de proposer des formations sur la voix. Cette anne, nous recevons Jakes Aymonino. Ce chanteur oriente davantage sa pdagogie vers la cration et l’improvisation, tout en se servant toujours de musiques et de rpertoires traditionnels. C’est lui qui avait labor Mapa Mondi , l’œuvre commande il y a deux ans par le Ministre de la Culture et de la Communication et par les Centres de Musiques Traditionnelles de Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Cte d’azur et Midi-Pyrnes. Avec des artistes tels que Daniel Frouvelle et Jakes Aymonino, les stagiaires qui ne connaissent pas les musiques traditionnelles dcouvrent d’une manire trs passionnante les styles et les thmes lis ce genre de musiques. Et grce notre rseau, des stagiaires qui s’intressent la chanson franaise ou au jazz s’inscrivent galement nos week-ends. Notre dsir d’changes et de rencontres fonctionne bien ainsi.

P. J. : Lors du week-end des 26 et 27 octobre, tes deux passions seront runies : le chant et l’accordon diatonique…

Solika : Oui, c’est formidable. En mettant en place le stage de chant avec Jakes Aymonino, nous nous sommes aperus qu’il y avait le bal Mediteria mensuel, organis par le CLRMDT, la mme date. Plutt que de programmer une soire chacun dans son coin, nous avons imagin, avec la Commission Danse, de recevoir le bal Jonquires, ce qui permettra nos stagiaires de profiter de cette soire sans avoir se dplacer. Et puis, nous avons l’habitude d’organiser diverses soires ici. Il y a une dizaine de bnvoles dans l’association, sans qui les activits n’existeraient pas. Et, bien sr, nous sommes soutenus par la mairie de Jonquires qui nous prte ses locaux. Notre public est trs large, nombreux. Les cercles occitans de Lodve, Gabian, St-Pons, ainsi que celui de Clermont-l’Hrault bien entendu, devraient sortir pour l’occasion, ainsi que les Calandretas des environs. On est trs content de pouvoir proposer cette soire avec nos amis des associations Lve-Toi et Danse ! et Les Eaux Blanches. C’est trs intressant d’avoir la possibilit de travailler ensemble. Mais ce n’est pas la premire fois, car lorsqu’une association organise une soire ou un stage, on se tient au courant, on s’invite.

P. J. : Quelles sont les exigences de Mangeclous en tant qu’organisateur envers les formateurs que vous accueillez ?

Solika : J’ai t forme par ces artistes, je les connais trs bien, je sais que ce qu’ils vont proposer sera bien accueilli par nos stagiaires, selon les aspirations de notre association. Je me promne beaucoup, en France et l’tranger. Je fais des stages, rencontre des gens, des artistes, et je me suis rendu compte que les gens ne se dplaaient pas trop, en gnral. Ce n’est peut-tre qu’une impression, mais j’ai le sentiment que, dans les musiques traditionnelles, il y a des lieux trs emblmatiques, comme le Gamounet chez les Brayauds, certains coins de Bretagne comme Lorient, en Savoie aussi. J’aime bien recevoir mon tour les matres de ces lieux, pour leur demander de dplacer leurs cultures, leurs faons de faire.

P. J. : Except tes occupations au sein de Mangeclous, que fais-tu en ce moment ?

Solika : Avant de m’installer dans la rgion et de dcouvrir la musique occitane, je m’intressais beaucoup la chanson franaise. Cette passion ne m’a jamais quitte. C’est pour cela que, depuis une paire d’annes, en co-production avec la Compagnie Les Graines du Temps, j’ai mont un spectacle intitul Oui, mais pas tout de suite… , avec quatre autres chanteuses. Nous avons jou dans la rgion, ainsi qu’au festival d’Avignon, l’t dernier. C’est un spectacle de chansons, enrichi par une mise en scne de Grard Santi. Sinon, je continue de me produire avec Bernadette Pin, au sein du duo occitan Blad de Luna, et, tout dernirement, j’ai cr un duo qui s’appelle Lili s’enrhume, avec Jean Bertocci. On joue tous les deux de l’accordon diatonique, et je chante des chansons franaises et occitanes. Et puis, il y a toujours Croquebulle et Cancrelune , le duo de chansons franaises et occitanes pour enfants, avec Emmanuelle Tivoli, spectacle pour lequel nous utilisons coquillages et accordons, et qui fait place la danse aussi. Il y a encore d’autres projets plus long terme, dont nous reparlerons… La rentre sera belle, c’est certain !

propos recueillis par Pascal Jaussaud


 
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