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samedi 6 avril 2002, par
Rémy Comment photographie des villages la nuit, et c’est la lumière qui paradoxalement marque son travail. La lumière et les jeux d’optique pour des clichés bien lointains de la carte postale ensoleillée.
La photographie : une vocation qui n’a pas souffert le compromis du metier de photographe de presse... trop corrupteur au goût de l’artiste.
G. G. : On pourrait peut-tre vous prsenter vous, avant de parler de cette exposition.
Rmy Comment : Donc, a fait pas mal d’annes que je fais des photos, j’avais travaill comme professionnel, et je me suis arrt de le faire il y a pas mal de temps dj. Depuis ca m’a toujours dmang de reprendre, et donc depuis une dizaine d’annes, je fais nouveau des recherches, du travail, des amusements exprimentaux sur des photos, travers un travail... non numrique, sur le procd argentique...
G. G. : Vous avez plutt commenc tt, l’adolescence ?
R. C. : Ouais, ouais... m’intresser ca, bricoler... en trouvant de vieux appareils dans des greniers, des choses comme a. M’amuser surtout au niveau du travail de labo, principalement, qui m’intressait, puisque le travail de la chimie est amusant, passionnant. Voir la photo venir dans un bac, c’est quelque chose de toujours excitant...
G. G. : Ces dbuts prcoces vous ont permis de dmarrer une carrire professionnelle, alors pourquoi avoir arrt ?
R. C. : J’ai arrt parce que je trouvais qu’il y avait une espce de sorte de corruption, travailler et gagner de l’argent comme a...
G. G. : Vous travailliez l’poque pour la presse ?
R. C. : Je travaillais pour la presse, oui. Je trouvais que je me salissais... la part de jeu, et la part d’amusement qu’il y avait dans cette affaire s’teignaient petit petit, au fur et mesure que je gagnais de l’argent, au fur et mesure, le plaisir s’estompait.
G. G. : Ca a dur longtemps, cette espce de drive et de prise de conscience ?
R. C. : Non, a a t une usure... de type rosion naturelle...
G. G. : Justement l’rosion naturelle... des fois a prend du temps !
R. C. : Ouais, mais des fois, il se trouve qu’il y a des intempries un peu violente qui font que... l’argile s’effrite rapidement...
G. G. : Aprs cette interruption, comment vous avez vcu ?
R. C. : J’ai travaill... j’ai fait plein de travaux diffrents, j’tais mcanicien auto, ou maonnerie, ou n’importe quoi. J’ai fait de l’dition, j’ai cre une boite d’dition il y quelques annes de a, avec quelques soucis. Et bon, j’ai toujours russi avoir suffisamment de quoi survivre sans avoir trop me salir par rapport mes activits.
G. G. : Du coup faire de la photo plus artistique... L’ide de faire de la photo artistique tait dj prsente quand vous vous tes arrt ?
R. C. : J’avais jamais arrt titre personnel, comme jeux exprimental, au niveau chimie, manipulations optiques, jeux de lumires etc... C’tait une chose qui m’avait toujours intress. Et puis il s’est trouv il y a quelque annes de a que j’ai des amis qui ont vu ces photos que j’ai faites l’poque, qui taient d’un milieu... artistique qui m’tait tranger, et qui m’ont dit qu’il fallait que je dveloppe ce travail, que je fasse autre chose que de les garder dans un carton chez moi, ou que je ne les montre qu’ des amis.
G. G. : On a hsit pour cette expo entre deux sries de photos : celle que l’on peut voir actuellement et puis une autre srie sur la tauromachie. Quels sont les thmes qui attirent votre oeil photographique ?
R. C. : Principalement le mouvement, puis il y toujours une espce de... d’arrire pense assez parodique par rapport au sujet classique. C’est dire, en ce qui concerne ce qu’il y a ici Divergence, les villages, il y a une espce d’ironie ou de parodie par rapport la reprsentation qu’il y a des villages, notamment sur les cartes postales, avec les champs de lavande etc etc... Pour ce qui concerne les taureaux, les aficionados aiment bien le trait crisp du taureau ou le trait fig du torero... Moi je prfre de loin jouer sur le mouvement, jouer sur les masses en mouvement. Je m’amuse aussi faire des natures mortes assez caricaturales qui reprennent le style classique de la nature morte, mais toujours avec un jeu d’optique, de lumire...
G. G. : Faire une photo trs reprsentative, trs statique, c’est pas trop votre truc.
R. C. : Non, pas tellement. D’autant qu’il y a aujourd’hui des techniques, des technologies qui le font beaucoup mieux que qui que ce soit. Il suffit de passer par le numrique, un bon scanner, une petite machine, un coup de photoshop et puis l’affaire est dans le sac. Non, a m’intresse pas tellement.
G. G. : Le mouvement est prsent dans cette exposition, mme si elle reprsente des scnes statiques, des rues, des maisons, des dtails d’architecture... Il y a aussi un ct surnaturel qui s’en dgage. On pourrait presque les imaginer pour illustrer quelque histoire fantastique, y’a un ct assez mystrieux ou sombre. C’est l’effet recherch ?
R. C. : L’effet recherch, ce n’est qu’une simple exagration. Les villages, ils ont un caractre surraliste, ou extra naturel, dans la mesure o par rapport la vie qu’il y avait autrefois et par rapport ce que l’on fait des villages, surtout dans le sud-ouest ou le sud-est de la France... Rien qu’ les regarder, ils ont dj un caractre surnaturel. Les pierres frottes, les trottoirs compltement extravagants, les lampadaires affolants... c’est devenu quelque chose de compltement banal, mais qui ont un caractre compltement surnaturel, surtout le caractre dsertique des villages. Simplement on peut dire que je grossis le trait, j’appuie un petit peu, simplement, mais sans exagration, en fait, par rapport l’aberration qu’il y a souvent dans le paysage urbain des villages aujourd’hui.
G. G. : Vous faites autant de travail sur la prise de vue elle mme que sur le travail de laboratoire ?
R. C. : Il est peu prs gal. Y’a beaucoup de travail labo, chimie, masquage, tirage...
G. G. : L, c’est un village qui se trouve dans le Gard...
R. C. : Ce sont plusieurs villages, principalement des villages du Gard. C’est vrai que j’ai fait des photos autour de chez moi. Je ne fait pas partie des photographes qui partent dans la banlieue de Canton pour faire des photos extraordinaires. C’est peut-tre pas la peine. Moi je vais quelques kilomtres de chez moi, c’est ni mieux ni moins bien, c’est aussi une manire de penser les choses au niveau local, puisque c’est trs la mode en ce moment de parler local.
G. G. : Est-ce qu’elles sont toujours prises de nuit ?
R. C. : Toujours oui. Parce que le caractre nocturne force l’tranget du.... renforce le... Par exemple dans un village, c’tait marrant de voir... dj le jour il n’y a personne, et la nuit y’a encore moins personne ! Et il n’y a pas le show des belles pierres sous le soleil, tous ces appts spcial touristes. On pourrait dire simplement que la nuit, il est encore plus nu, si tant est que le jour il soit vraiment habill...
G. G. : Mme si la nuit on dort dans les villages, y’en a des fois qui dorment pas forcment. Est-ce qu’il y a des gens qui se demandent ce que vous faites ? Des photos, en pleine nuit, dans des petits villages...
R. C. : Oui... les chiens m’interrogent beaucoup, mais il m’est rarement arriv de me trouver... quelque fois des menaces, oui : "qu’est-ce que vous faites dehors, je vais appeler la gendarmerie !"... Mais j’ai jamais eu de rencontre trs fraternelle dans les villages. Non, la nuit, rien de particulier... Ah si ! Hormis bien sur l’inscurit considrable qui rgne dans les provinces !! (rires)
G. G. : C’est vrai !
R. C. : Chacun sait que c’est incroyable ! C’est terrible et c’est effrayant. Et donc, je sais pas si je rentre dans les statistiques des errants nocturnes dans les villages...
G. G. : Vous utilisez aussi une focale particulire, un grand angle ?
R. C. : C’est un bricolage optique. C’est dire que j’ai utilis une optique de camra vido que j’ai fix sur un 50 mm.
G. G. : Y’a vraiment un ct bricoleur chez vous...
R. C. : Oui bien sr. Il faut qu’il y ait du bricolage, sinon c’est pas drle.
G. G. : Est-ce que vous avez eu l’occasion de faire tourner cette exposition dans les villages o ont t prises les photos ?
R. C. : Je l’ai faite tourner dans des villes autour, mais pas dans ces villages... En revanche, j’en ai montr dans les villages, notamment avec certaines communes, ou certains maires avec qui j’ai des relations. En gnral c’est un peu regard comme quelque chose de... d’une manire un peu ethnographique, ou zoologique...
G. G. : Est-ce qu’il sont sensibles cette mise en situation d’un paysage, l’oppos justement de la carte postale et son village ensoleill ?...
R. C. : Oui si la surprise peut-tre une sensibilit. Ils sont trs surpris en fait, ils ont un peu de mal saisir. Y’a pas d’apprciation ni positive ni ngative, ou sinon sur la personne et pas sur le travail
G. G. : C’est peut-tre droutant pour eux, une manire d’asticoter la villageoiserie ?
R. C. : J’ai aucune hostilit particulire vis vis de la villageoiserie. Je vis dans un village et j’aurais du mal pouvoir imaginer actuellement de vivre dans une ville. L’asticoterie, c’est aussi la vie, quoi, c’est aussi la polmique, ou la critique, la rencontre, la confrontation.
G. G. : Une dmarche qui se retrouve dans les photos de ces villages du Gard. Ce rsultat un peu courbe, un peu flou, un peu contrast... Est-ce que quand vous prenez le clich vous voyez dj le rsultat de ce que vous recherchez la fin ou est ce que c’est une espce d’laboration qui se fait au fur et mesure du travail de prise de vue et de laboratoire ?
R. C. : On peut dire que le travail est divis en deux parties : y’a la prise de vue et puis aprs le labo. C’est vrai qu’au moment du cadrage ou de la prise de vue, je ne suis pas assur de mon rsultat, dans la mesure ou je joue non seulement sur la lumire nocturne, mais aussi sur des lumires incidentes ou parasites. Je peux mme m’amuser mettre de petit lments sur l’optique elle mme afin que des lumires puissent attraper ces petits lments et faire ce qu’on appelle des flares. Comme sur celle du pont. Y’a toujours un effet de surprise, et il faut, mon sens, il faut qu’il y ait ce caractre de surprise. Je ne fais pas un travail scientifique, pas un travail figuratif o je cherche le dtail hyperraliste. Au contraire il faut que je sois aussi surpris moi par le travail, que par le rsultat auquel j’arrive.
G. G. : C’est une faon presque... ancienne de faire de la photo, parce qu’au premiers temps de la photo, on bricole aussi beaucoup son appareil pour le faire marcher quand il tombe en panne ou pour l’amliorer parce que l, les photographes ont parfois des ides que les constructeurs n’ont pas encore... Vous vous situez dans une famille de photographes ?
R. C. : Peut-tre certains le diront. Moi, j’aurais du mal me situer. Je sais qu’il y a des choses que j’apprcie et d’autres pas, j’ai pas de nom particulier en tte, mais c’est vrai que je n’ai pas non plus une passion pour les avances technologiques et le progrs tout va et la surenchre, et la course l’infini, la dernire nouveaut. C’est pas une chose qui m’intresse, qui m’attire ou me passionne. J’ai plutt le sentiment que c’est une chose dans laquelle on se perd, plus qu’on ne se trouve.
G. G. : C’est peut-tre une leon que vous avez tir de l’poque ou bous travailliez pour la presse, parce que c’est un peu un secteur o il fait avoir le dernier truc qui vient de sortir...
R. C. : Par exemple. Et puis aussi, quand on travaille dans le domaine de la photo, on est finalement dans le domaine du travail, c’est dire des commandes, on doit rpondre des consignes de travail etc... Donc on est plus du tout dans le domaine de la cration, on fait finalement que de la manutention d’image. J’ai prfr abandonner pour me retrouver dans un truc de cration, d’amusement, de jeux, de tentatives, d’exprimentation.
G. G. : C’est quelque chose que vous auriez pu perdre, cette joie de le faire, en continuant...
R. C. : C’est pour a que j’ai arrt, bien sr.
G. G. : Pour revenir ces photos, elles sont prises en pose B ?
R. C. : Elles sont toujours prises avec des poses trs lentes, entre 15 et 30 secondes. Des fois je monte jusqu’ la minute, mais en gnral ce sont des poses trs lentes. Il m’arrive souvent d’attendre qu’il y ait une voiture qui passe, mais du coup, il faut parfois attendre un petit moment, parce que dans les villages...
G. G. : Quel est le dtail d’architecture ? ou de mise en scne qui va dclencher l’envie de faire la photo tel endroit ou tel autre ? Parce que finalement, ce sont des photos assez varies.
R. C. : Ce qui dtermine, c’est dj l’clairage. Il faut qu’il y ait au moins un lampadaire. Il se trouve que depuis maintenant... quelque temps, j’avais commenc un systme pour avoir un clairage autonome. Pour pouvoir, ce qu’on appelle peindre avec la lumire, des choses dans la nuit : des arbres ou des monuments, avec une grosse torche. Au dpart, le travail qui est prsent actuellement, et qui a deux trois ans maintenant, c’est principalement l’clairage urbain et aussi l’clairage des ftes extrmement joyeuses de Nol dans les villages ou il y a une dcoration blouissante et merveilleuse qui permet encore de jouer beaucoup plus l’clairage de nuit.
G. G. : En ce moment vous travaillez sur quoi ?
R. C. : Rcemment j’ai continu un travail sur les taureaux. Hier j’tais en labo et j’ai fait pas mal de tirages sur les taureaux, j’ai envie d’approfondir, de chercher l dedans.
G. G. : Que ce soit pour ces photos ou celles de tauromachie, y’a aussi un travail sur le cadre, qui disparat... en tout cas on sait pas trop o il commence.
R. C. : L, c’est effectivement une srie d’o j’avais compltement chass le sol de l’arne pour justement que l’image apparaisse comme une sorte de calligraphie impressionniste ou asiatique presque.
G. G. : Ce serait aussi un domaine qui vous attirerait la calligraphie ?
R. C. : Oui oui. C’est un truc qui me plat bien.
G. G. : L’Asie ?
R. C. : Non, pas l’Asie, mais le travail du noir et blanc, l’intensit du noir sur le blanc, c’est des choses que je trouve.... J’ai rcemment vu une exposition Paris, d’un photographe italien qui fait des images de prtres jouant dans la neige, et qui sont des types purement calligraphique et qui m’amusent beaucoup.
propos recueillis par Gilles Gouget










