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- Patrick S. Goccena
dimanche 25 avril 1999, par ,
Patrick S. Goccena est photographe, et c’est au fil des aléas de sa vie de photographe qu’il a lui-même été amené à vivre la rue. Pour réaliser ces clichés, il n’a pas demandé à ses modèles s’il pouvait "prendre" une photo, mais plutôt si eux voulaient lui en donner une. Une démarche humaine, qui guide son travail. Des photos qui ont un texte qui les regarde, des textes écrits pas Ahmed, M. Blanchot, Didier, Déborah, Fouzi, Muriel, Patrick, Félix, Robert ou Ghislaine...
Extraits de l’entretien entre Patrick S. Goccena et Jean-François Rigaudin.
J.-F. R. : (...) Il s’agit bien d’expression, d’expressions des montpellirains - plutt d’expressions dans la souffrance -, des montpellirains exclus, des SDF que vous avez essay de mettre sur papier, et en relation avec des textes. Cette exposition a dj tourn sur montpellier, et elle va aussi sortir de la ville, elle s’apelle Contraste Humanits, pourquoi ?
Patrick Goccena : Tout d’abord, il est trs difficile d’intituler un travail comme a. On pourrait penser misre, prcarit, pauvret, exclusion... abandonnage... J’ai pris contraste parce que c’est un mot qui implique la photographie, le noir, le blanc, le gris. Contraste aussi parce qu’il y a ces gens qui n’ont rien, qui sont abandonns, dans une socit qui somme toute ne se porte pas si mal... enfin au niveau conomique. Humanit... parce que la seule chose qui nous reste partager, lorsque on a plus rien, c’est l’humanit.
J.-F. R. : Ces photos, vous les avez prises en tant, un moment donn, comme eux, c’est dire sans domicile fixe. C’est peut-tre pour a aussi qu’il y a cette recherche d’humanit dans toutes ces... dans tous ces contrastes de notre socit.
P. G. : Il y a quelque chose de fondamental. Pour arriver faire ce travail, sortir ces photgraphies, je suis venu avec le respect. Je pense que personne n’a envie de se faire photographier dans une situation pareille, absolument personne. Donc, venir avec un appareil photo, et venir chercher un clich, ou venir prendre un clich est tout fait dplac. Je suis venu avec cet appareil, j’ai vcu avec eux parce que la situation d’artiste fait que si l’on a pas de reconnaissance, on est forcment exclu au niveau conomique ou social. Mais ces photos, je ne les ai pas prises, on me les a donnes.
J.-F. R. : Vous ne les avez pas, en quelque sorte... voles.
P. G. : L’ide de prendre une photo ne m’est pas venue l’esprit. C’est plutt un don, quelque chose qu’on me donne. Et ce don, je peux le rendre, au regard de ceux qui vont venir visiter l’exposition. Je ne suis qu’un passeur, comme la camra, comme l’objectif o passe la lumire. Il n’y a pas d’ide prconue au dpart, si ce n’est de respecter les gens. (...)
J.-F. R. : Dans ces clichs que vous avez collect, on sent dans le regard des gens de la tristesse d’tre l, dans la rue, mais malgr tout, on sent de la bont, une certaine quitude... on trouve trs rarement des visages referms et graves. Vous qui y avez vcu, comment peut-on... ne pas en vouloir la terre entire, ne pas tre aggresif dans l’expresion mme de son regard ?
P. G. : On tombe dans la misre. C’est une oppression, mais, fondamentalement, ce sont des victimes. Ils n’ont peut-tre pas t choisis, mais ce sont des victimes. Cette socit a les moyens de nourrir tout le monde, de loger tout le monde, et elle a fait le choix de mettre des gens sur le bas ct, et peut-tre mme d’aller jusqu’ les dtruire. Mais dans toutes les religions ou dmarches spirituelles, on cherche se purifier en pratiquant le jene, la privation, mme les chrtiens ont leurs monastre et se flagellent... A partir du moment o on perd tout, toutes les illusions, ce serait d’une lachet terrifiante de subir toutes ces agressions et de ne pas s’lever, de ne pas continuer tre quelqu’un.
J.-F. R. : Est-ce que c’est anecdotique que dans le M d’humanits, vous ayez repris le M du logo de Montpellier ?
P. G. : Je pense que c’est assez choquant, ici Montpellier, de voir tous ces M partout. Y’a des M absolument partout ; sur les panneaux, sur les barrires qui bordent les rues... (...) Mme si la misre est partout la mme, je tenais utiliser ce M qui est prsent partout, et qui dtermine que montpellier est une ville riche, prospre, que a fonctionne bien, et ct de a, il y a tous ces bas-cts, ces gens abandonns. C’est pour faire un contraste en ce M qui revendique le plein pied dans ce sicle, dans cette socit de consommation et de dveloppement urbain, et tous ces gens qui sont mis au rebus...
J.-F. R. : Il y a une photo prise devant un des htel des impts, rue Montcalm, o l’on voit deux personnes entortilles dans leur couverture, et qui se rveillent...
P. G. : C’tait dans la matine, vers 9 ou 10 heures...
J.-F. R. : C’est une photo trs forte. Ces deux personnes dormant dans le hall du Trsor Public... Vous passiez l par hasard ?
P. G. : Je passais l, oui, je montais vers le Peyrou. (...) J’ai pris la photographie. Le dclic de l’appareil a rveill une des personnes qui a lev la tte et qui m’a regard. J’ai encore dclench ce moment l, et puis j’ai discut avec eux, parce que je ne me sentais pas trs l’aise d’avoir fait a. d’avoir peut-tre t chercher cette image... comme un voleur. Et la troisime photo (la photo de l’affiche), aprs avoir discut avec eux, ils m’ont demand de leur faire un portrait, ils se sont mis en face de moi, en plan amricain. J’tais prt dclencher quand d’un seul coup, je sais pas, y’a eut une inspiration, ils se sont mis circuler autour de moi, et puis l’un des deux s’est appuy sur ces barrires qui protgent les voitures, et l’autre s’est appuy sur le dos du premier personnage en projettant son regard au loin, comme un espoir infini... et bon, j’ai dclench. C’est comme je le disais tout l’heure, ces photos sont donnes. Au dpart, on allait faire un portrait tout bte, de face, et puis d’un seul coup ils ont fait a. Et quand je vois cette photo, si j’avais voulu mettre en scne cette photographie, est-ce que j’aurais t si loin que a ? Est-ce que j’aurais pu sortir a ?







