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Noir Désir

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mercredi 26 juin 2002, par Gilles Gouget, Manuel Plaza

17 mai, Rockstore, Bertrand Cantat... Non content d’avoir parfois la bouche pleine de pizza, il avait aussi et surtout la tête pleine d’idées, la vision pleine d’acuité et de pertinence sur le monde dans lequel on vit, et ça, c’est plutôt réconfortant par les temps qui courrent. L’incendiaire en chef Bertrand Cantat, et Jean Paul Roy sans sa basse, s’expriment à quelques heures du grand incendie qu’ils ont allumé le soir même au Zénith.

Étaient présents : Jean de Laguionie / Manuel Plaza (Divergence FM), Christophe Castio (Hérault du jour), Jérémy Bernède (Midi Libre), Jean-Yves (FM Plus), Maude Determe / Olivier Pragte (Cocazine), Renaud Desprès (Radio Clapas)...

J2L : la sortie du dernier album, on tait un certain nombre vouloir avoir vos impressions sur la sortie de cet album, justement, et d’une faon gnrale, vous avez un peu refus. Donc, question un peu idiote, aujourd’hui, pourquoi non seulement vous acceptez, mais la limite vous suscitez mme une confrence de presse ?

Bertrand Cantat : Pfff... On a suscit vraiment une confrence de presse, t’es sr ?!... Non, mais, au moment de la sortie du disque, on a pas spcialement refus, mais on allait pas faire la tourne de tous les endroits pour parler 25.000 fois. Je trouvais a inutile.

Jean-Paul Roy : On venait de faire une semaine de... d’interview Paris justement, la sortie du disque, alors...

B. C. : ... avec des gens qui se sont dplacs aussi, bon. C’est vrai qu’on avait pas envie de... de passer un mois tourner pour parler de l’album, on avait envie de... digrer la musique plutt.

J2L : Pour en revenir ce qu’il se passe aujourd’hui, on le sait, il y a une actualit politique, on est entre deux lections. Vous vous tes pas mal impliqus dans cette lection, c’est aussi cause de ce contexte l ?

B. C. : Enfin, on est impliqu commme tout le monde devrait l’tre, quoi.

J2L : Oui oui, mais certains le sont plus ou moins.

B. C. : Oui.

J2L : Donc, est-ce que c’est ce contexte aussi qui finalement vous fait aussi accepter, ou avoir envie de dialoguer avec la presse ?

B. C. : On est en train de vivre des choses diffrentes, ouais. a fait qu’on a des choses raconter. Et vous avez peut-tre des choses demander aussi. Donc oui. C’est un dialogue, c’est possible de l’avoir, y’a pas de raison. Et puis y’s’trouve qu’on est Montpellier... Eh oui ! Ben oui.

J2L : Justement propos de Montpellier, une des dernires fois qu’on t’a vu dialoguer avec le public et avec un certain nombre de personnes, c’tait avec Akosh, le saxophoniste, tu tais l comme intervenant. Vous reveniez l’poque, avec Akosh, d’une tourne dans les pays d’Europe de l’est, c’tait un contexte aussi trs particulier puisque c’tait le conflit dans l’ex-Yougoslavie. Rcemment, vous avez effectu une tourne au Moyen-Orient. Souvent vous dites : "on va l-bas aussi pour vrifier, parce que c’est quand mme bien d’tre sur place aussi pour voir"... Donc, est-ce que ce que vous avez vu l-bas, a correspondait un peu ce que vous imaginiez avant de partir ?

B. C. : Bon, faut savoir qu’on tait pas dans les trritoires occups, ou qu’on tait pas au coeur d’une bataille non plus, faut pas exagrer, mais c’est toute une rgion qui est touche, par cho, comme tout le monde le sait le Proche et Moyen Orient... tout le monde sait que c’est... c’est... c’est une rgion particulire, c’est une spce de... a projette beaucoup de phantasmes. Donc c’est toujours intressant de rencontrer les gens tout simplement. Se r’trouver l, et d’tre... comme a... accueillis, parce qu’on a t acueillis, et bien accueillis, et de vrifier que l’humanit, de toute faon, elle existe partout, et que... Et que tout a est compltement masqu sous des proccupations politiques, et... sous une sorte de propagande, que le monde arabe est toujours, toujours sujet une sorte de propagande qui les fait passer pour je sais pas quoi... Pour les mchants du monde. Y’a des mchants, si on veut... Les gens c’est autre chose.

M. P. : Justement y’a quelques mois c’tait encore possible de jouer dans les territoires occups pour les artistes franais. Certains l’ont fait (Casse Pipe, par exemple), est-ce que c’est quelque chose que vous envisagez, et selon vous quand est-ce que ce sera possible ?

B. C. : Ben, on est plus ou moins sur une histoire d’essayer d’organiser quelque chose l-bas. Mais c’est pas encore fait. C’est pas encore fait, a va tre long et compliqu. Mais c’est possible, ouais. J’veux dire, il faut essayer... Je sais pas dans quelles conditions Casse Pipe ont fait a.

M. P. : Ils taient invits par les centres culturels franais, j’crois.

B. C. : O a prcisment ?

M. P. : Gaza, Ramalha. a fait deux ans.

B. C. : Ah oui d’accord, a fait deux ans. Bush n’tait pas prsident, le 11 septembre n’avait pas eu lieu. Les choses ont chang... et Sharon tait pas l. Les choses ont profondment chang.

M. P. : Quel a t l’accueil des gens, au Liban par exemple ?

B. C. : Le Liban ! Le Liban... Le Liban, c’tait... Le Liban c’tait trs particulier, on tait trs trs bien accueillis par un certain nombre de gens qui avaient envie de nous voir, puis qui connaissaient pas mal la France, faut dire la vrit. Puisque les rapports entre le Liban et la France tant ce qu’ils sont, y’a un certain nombre de gens qui sont... qui nous connaissaient de France, puis qui sont rentrs au Liban, des libanais. Donc a c’tait une chose, d’autre part, des libanais... qui visiblement... parce qu’ils ont un accs tout a... qui fait qu’ils connaissaient le groupe, qu’ils l’attendaient depuis longtemps, quoi. Mais... part a, c’est excessivement complexe, puisque le Liban, c’est vraiment le sige de... d’abord il y eu 17 ans de guerre donc y’a... Et puis on s’est retrouv dans une espce de tourbillon de visites, de diffrents contextes qui taient excessivement contrasts, on peut pas dire pire. On s’est retrouvs Chatila, puis l, ben, ne serait-ce que les vibrations, et puis bien sr les dicussions avec les gens, les gens des comits popuplaires, les tmoignages de l’poque du fameux massacre o Sharon tait responsable d’ailleurs, dj... a te remue, quoi, a te remue. Sachant qu’on a dcouvert que le chauffeur qui nous emmenait l dedans tait... lui, avait particip au massacre mais dans l’autre camp, mais on s’en est aperus la fin.

J.-P. R. : Et la famille du chauffeur avait galement t massacre, enfin bon... c’est l que tu vois...

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en concert à Beyrout

B. C. : ...qu’t’en sors pas quoi, t’es vraiment dans la merde. Et puis beaucoup beaucoup beaucoup de... socialement... incroyable violence de contraste, puisque c’est un peu une cte d’azur, tu sais, le Liban, Beyrout, c’est reparti, l : Le fric, les investissements, une espce de Riviera comme a, puis ct de a videmment a a t dtruit, ct d’a y’a Chatila, c’est la misre la plus totale... voil, quoi. Donc a fait beaucoup de choses. Nous on tait trs bien accueillis partout... mais... a cartonne.

J2L : Et donc quand vous revenez de l-bas, que vous vous replongez dans le contexte franco-franais, a apprend quand mme relativiser les choses, non ?

B. C. : Ouais, a aide beaucoup relativiser les choses, je crois qu’on le fait aussi pour a. On le fait aussi pour a. Pour vivre autre chose que... que ce qu’on vivrait si on bougeait jamais, si on connaissait pas mieux le monde, si on se balladait pas, si on rencontrait pas de gens de cultures diffrentes. a nous apporte beaucoup. Et puis on se sent autant impliqus... loin que prs, si tu veux, mme si on peux pas tre partout, et puis qu’on peux surtout rien rsoudre, spcialement. C’est juste une... on est en cho tout a... a nous... a nous parle aussi.

 ? : ...une corrlation avec les missions civiles en Palestine, organises par Jos Bov ou ?...

B. C. : Ouais, on les connait bien...

 ? : ...une implication autre que la sphre politique.

B. C. : Ben oui, c’est... de toute faon nous c’est pareil, on fait plus partie d’un... de... De toute faon nous aussi on fait partie de la socit civile, tout simplement. On est des citoyens, donc c’est a. On connaissait trs bien l’existence de cette mission la, puisque... y’a des amis nous l-dedans. Notament Samir Abdalla qui vient... ben il vient juste d’tre libr, puisqu’il a t libr en mme temps qu’Arafat, il tait enferm l dedans.

J.-P. R. : Il est rentr avec Jos Bov, qui lui est rest jusqu’ la fin, quoi. Et il y est toujours pour l’instant priori, Samir.

B. C. : Puis Jos, puis d’autres... Mais... ouais c’tait quelque chose o on devait peut-tre aller, puis on pouvait pas tre partout, et tourner.

J2L : Vous sentez que la France a... que les gens ont un attachement particulier la France par rapport d’autres pays ?

B. C. : L c’est trs compliqu aussi, parce que a dpend o, a dpend o... Et globalement on est plutt... c’est toujours trs trs global, l j’veux dire, on reprsente quand mme pas la politique de son gouvernement, et on reprsente les gens quoi. On s’est retrouvs dans une manifestation pro-palestinienne, enfin, ET pour la paix, Damas en Syrie... Et en fait, les... on tait aussi avec les deux amricains de la bande, et videmment y’a eu le drapeau amricain qui a t brl au dessus de leur tte, des choses comme a, et puis c’tait bien chaud. Et les gens ont commenc nous demander ce qu’on faisait l, en tant que... qu’amricains d’une part, et que franais. Alors en tant qu’amricain, c’tait vident qu’ils taient pas en soutien leur gouvernement, sinon ils n’auraient rien eu faire l, c’est presque vident. Et donc d’un seul coup on s’est mis ... Et en tant que franais, y’avait un petit peu le ct : "de toute faon personne ne fait rien, quoi, racontez c’que vous voulez", et l... on est trs vite retomb sur un plan trs humain, en disant "mais nous, on est une personne, et vous, vous tes une personne", et on s’est mis parler entre personnes, et a a tout remis niveau, c’est tout. Et d’un seul coup ils nous ont remerci d’tre l, tout simplement. On est des gens, on est pas... avec notre drapeau plant dans le cul ! Ceci dit, la France a une espce de position part... L, pour la Palestine, y’avait quand mme... le ministre malgr tout, franais, a dit des choses (Vedrine, oui) qu’aucun autre n’avait dit, et puis malgr tout, a les rchauffe un peu. Malgr tout ils ont l’impression qu’c’est pas l’indiffrence. Aprs y’a des histoires parce que y’a... y’a Chirac et y’a les socialistes qui avaient une tradition un peu plus pro-sioniste, donc... alors l c’est dj des histoires plus politiques... Moi j’me rapelle avoir vu Strauss-Khan, la tlvision, sur TV5 en Syrie, dire des... conneries absolument hallucinantes, donc l, tu te dis que a joue aussi.

 ??

B. C. : Ho, c’est dire, il mettait tout sur les attentats anti-smites en France, du coup, il nuanait plus rien du tout... Mais, ouais. On est trs trs bien accueillis, pas seulement en tant que franais, les gens sont... les gens sont... sont... restent ouverts, quoi. Aprs il peut y avoir des endroits et des moments trs trs chauds, mais...

 ? : Tu as parl du drapeau... un autre symbole c’est la Marseillaise qui a t nouveau siffle Bastia. Est-ce que vous pensez que c’est le moment de rflchir ... la rformer ?

J.-P. R. : Moi j’pense qu’il y a tellement de choses rformer, alors tu vois, la Marseillaise... la limite c’est...

B. C. : C’est du spectacle tout a.

 ? : Par rapport la petitesse de l’vnement, et la grandiloquence de ce qui s’est pass ensuite dans les mdias...

B. C. : Mais c’est parce que il y a beaucoup de spectacle aussi, beaucoup de spectacle, beaucoup... de tous les cts, beaucoup de spectacle. Et a fout la merde. Euh... ceci dit... c’est qui ? C’est les corses qui ont siffl a la dernire fois ? Ouais ben bon ben pffff ! ah ah ! (ils se mettent tous se poiler). Christophe ici prsent va vous parler de la Corse.

 ? : Y parait d’ailleurs que c’est mme pas les corses qui ont siffl.

 ? : Charlie Hebdo ont mis l’hypothse qu’ils sifflaient Chirac en fait.

B. C. : Oui, ventuellement, oui. Moi j’crois... enfin, il faudrait siffler un petit peu tous les hymnes ou pas du tout. C’est a qui est emmerdant, et puis autre part que dans un match de foot, oui. L, c’est un peu... il y a une porosit entre les gens...

J2L : Encore une fois dans le contexte actuel a prend une tournure particulire...

B. C. : a prend une tournure particulire parce que d’un seul coup, tout le monde re-confond tout. C’est dire que comme on reparle de valeur citoyenne etc... enfin on reparle de valeurs de la rpublique, en fait tout le monde va attribuer a sa manire, avec sa manire de comprendre, et en le dtournant si possible, comme Mr Chirac toujours su faire, d’ailleurs. Donc, on est en plein dans la rcupration, dans les symboliques o tout le monde entend quelque chose de diffrent que son voisin, et il faudrait avoir une hauteur de point de vue qu’il n’y a toujours pas, qu’il n’y a toujours pas. Ceci dit, l’hymne, il a une histoire, dj il faudrait commencer par expliquer cette histoire puisqu’il y a plein de gens qui visiblement ne la connaissent pas, et de surcroit, au bout du compte, s’appercevoir que peut-tre il n’est plus adapt, a oui. Et le changer, voire l’abolir, voire abolir les drapeaux, voire abolir les frontires... je pense que c’est un dbut. Mais... mais aprs c’est un petit peu bizarre, parce que effectivement, a dpend qui le siffle, et pourquoi. C’est l o a veut rien dire "L’hymne a t siffl !"... Qui ? Pourquoi ?! Pourquoi on s’intresse pas la racine des problmes ? On s’interesse la symbolique, parce qu’on s’intresse qu’au spectacle, et qui peut rcuprer le spectacle, voil tout ce qui intresse les gens, et les mdias, et les politiques... Du Spectacle !

M. P. : Justement en parlant de spectacle, on a l’impression qu’en ce moment on parle beaucoup plus du Festival de Cannes que des retombes des lections prsidentielles. Est-ce que vous avez l’impression que le reveil des...

B. C. : On se doutait qu’on allait parler du Festival de Cannes, c’est pareil, on va pas dire tous les ans "tiens ! quelle surprise, on parle du Festival de Cannes !". On le sait, puisque tout le monde veut parler du Festival de Cannes parce que c’est... c’est un grand vnement cinmatographique, machin truc. Et que pourquoi pas d’ailleurs ! Pourquoi pas ? Simplement y’a... il faut qu’il y ait de la place pour le reste. Il faut qu’en fait rien ne retombe des vraies proccupations politiques. Mme la coupe du monde, tu vas voir que la coupe du monde, a va pas forcment faire bon mnage avec la politique.

M. P. : Et Roland Garros ?

B. C. : Et Roland Gnigniaieni... Moi j’adore le foot et tout mais... Normalement a doit pas changer tes convictions, si tu veux. Et donc il faut... Mais c’est vrai que d’tre sur le pont en permanence... si tu veux une mobilisation comme entre les deux tours tu vas pas l’avoir, parce que l, une fois qu’il y a un espce de grand consensus, en tout cas pour 80 et quelque pour cent des gens, pour dire "bon, il faut absolument prouver, et de faon ultra-dmonstrative, que... qu’on veut... qu’il n’y a pas que des fachos en France, et en plus on les laisse... on les mets distance, et on prouve trs trs fort que... que c’est pas possible d’encaisser un truc pareil"... Une fois ce consensus l dpass, c’est fini le consensus, c’est fini. On retombe sur d’autres clivages. On retombe sur des vraies questions en profondeur. Par exemple, pourquoi est on oblig en France de choisir entre un voleur et un fachiste ? a veut bien dire que quelque chose s’est dplac beaucoup plus en profondeur que seulement de dire "il y a des fachistes". Les fachistes sont l, mme eux sont l pour dire quelque chose, mme eux, il faut le dire. Ils sont l pour quelque chose, et les justifications, les premires qu’ils ont, c’est pas les imigrs qui leur donnent. C’est la malhonntet de... du rgime en place, et l’inadaptation des institutions actuelles la modernit, et les... et le fait que les valeurs de libert, galit fraternit ont t dvoyes, et que par quel miracle elles seraient d’un seul coup sauves par les mmes qui les ont dvoyes ? Voil le problme. Donc il faut carrment aller beaucoup beaucoup plus loin. J’te dis pas le lavage au Karscher qui faudra faire !

 ? : Est-ce qu’il faudrait interdire carrment un parti comme le Front National ?

B. C. : Il aurait du tre interdit depuis longtemps !

J.-P. R. : Et puis il est illgal de toute manire, mon avis en tout cas.

B. C. : Il aurait du tre interdit depuis longtemps, y’avait les moyens de le faire et ils l’ont pas fait. Ils avaient leurs raisons, t’inquites pas !

J2L : Vendredi dernier y’a eu un concert important au Zenith, en soutien aux condamns mort aux tats-unis. Vous n’tiez pas prsent physiquement, mais vous tiez prsents moralement...

B. C. : On jouait ailleurs, mais financirement aussi, on tait prsents.

J2L : Justement depuis quelque temps, on voit - enfin c’est pas vraiment nouveau puisque a s’est fait aussi Paris -... Enfin, pour faire rfrence un petit peu vos bizbis avec la maison de disque, on a envie de se dire : bon ben aprs tout, l vous tes encore lis par un contrat, mais terme on se dit : ces groupes la, a serait bien qu’ils se mettent ensembles pour crer ce fameux label alternatif. Parce qu’aujourd’hui on voit un label comme Boucherie disparatre, y’a plus vraiment de label alternatif...

B. C. : Ouais... J’t’arrte tout de suite sur Boucherie. On a aucune admiration pour Boucherie, sauf qu’il y a eu une...

J2L : C’est pas forcment l’exemple ...

B. C. : Non, c’est un trs mauvais exemple, parce que c’est typiquement le mec, Hadji Lazaro, qui est un frustr, aigri...

J2L : Tu dis a parce qu’il s’en est pris toi...

B. C. : Ben il l’a toujours fait !! J’veux dire, il croit quoi ? Que y’a les bons et les mchants ? Tss tss ! Heureusement que le monde est pas rgit par des mecs comme Franois Hadji Lazaro.

J2L : Mais l’ide reste valable pour un label indpendant...

B. C. : Tout est envisageable, mais on a finalement assez peu le temps d’y rflchir. Honntement c’est vrai.

J2L : Aujourd’hui le systme se sert... y compris de ses dissidents. Messier retourne la situation son avantage...

B. C. : C’est pour a qu’on a craqu, parce qu’on sentait bien quel point a devenait cynique.

J2L : Enfin aujourd’hui, c’est un peu Universal qui est dans la merde. Est-ce qu’on pourrait imaginer un concert de soutien Universal ?

B. C. : (rires) Bien sr on peut servir tout !

J.-P. R. : Tu peux imaginer ce que tu veux, y’a pas de problmes !

B. C. : On va srement faire a, oui ! Non. (miam) Mais faut voir aussi que a en est un point assez dingue. Le capitalisme arrive toujours un moment donn o il absorbe, il absorbe, il absorbe, puis y reclasse. C’est rien de nouveau sous le soleil, de ce point de vue la. Du point de vue des... de l’accumulation, et de... de la... redistribution ensuite. Non, pas de la redistribution, mais de la reparcellisation... parce que a explose un moment donn. Mais c’est... c’est : quelle sorte de logique fait marcher le monde ? Et Universal c’est typiquement l’exemple... avec une couleur trs moderne, une couleur vachement axe sur la communication sur le spectacle et tout a, mais c’est le capitalisme pur dans toute sa splendeur, c’est tout. Avec le monde des actionnaires, et c’est eux qui commandent.

J2L : a vous donne pas un rayonnement, enfin une diffusion plus importante, ou a n’a rien chang par rapport vos dbuts ?

B. C. : Universal qui nous donnerait une... non. Ah non ! Justement, parce que j’ai tap l dessus aussi, et puis en plus y’a le mensonge. Non, a nous donne rien de plus. Non, bien sr que a nous donne rien de plus. Le fait qu’il y ait une distribution costaud... a, il faut pas dire des conneries, mais c’tait vrai avant, oui. Parce que nous, un moment donn notre problme ce serait - tu parles d’un label, si on devait crer un label et tout a -, ce serait la distribution. Parce qu’attend, l euh, fffiou. Tu vois, le problme est pas de... Les choses pourraient tre faites correctement, avec une distribution qui a des paules larges quand les choses deviennent plus connues. Parce qu’il y a eu ce problme chez des labels, de pas tre capable de suivre si a grossissait, et de suivre en gardant une certaine thique... c’est possible. C’est pas vrai qu’il y a des contradictions... qu’on peut pas tenir un certain nombre de contradictions pour faire les choses bien. Mais l... elles sont arrives un point compltement dlirant. Encore une fois nous on est chez Barclay, et Barclay... il a t bouff par ci et par l, comme ci, comme a, jusqu’ devenir un pion dans Universal. Mais qu’est-ce qu’on a eu y dire ? Rien du tout. On est sous contrat.

J2L : Y’a Rodolphe Berger qui s’est fait virer, vous tes au courant j’imagine...

B. C. : Ouais, il m’a appel.

J2L : C’est pas le seul...

B. C. : On ragit sur le fait que par exemple a pourrait interpeller tout le monde sur le fait que Universal, c’est ce qui se voit le plus, mais que tout marche comme a. Parce que je vous signale qu’il n’tait pas chez Universal. On en entend pas parler... EMI, ils ont fait un truc, c’est deux fois plus carton. Du point de vue de la discographie... ils rendent 50% des... j’veux pas dire de conneries, hein, peut-tre que t’en sais plus que moi, parce que l, on est en tourne... j’te dis pas... on a les neurones qui marchent qu’ moiti... c’est un peu physique aussi, on oublie qu’on fait des concerts. Et... j’ai cru comprendre qu’il y avait la moiti des contrats d’artistes rendus, aussi au niveau du personnel, c’est dire un dgraissage pas possible, etc etc... Tout un dlire sous la pression des actionnaires, parce que ne donnant pas assez de pourcentages, enfin, une caricature de ce qui se passe... Si Universal avait fait a, t’aurais des grands titres partout. Parce que justement, on les a mis sous surveillance, nous, entre autres. Tu vois on les a mis, BOUFF !, sous totale surveillance. Pendant ce temps l, les autres font pareil ! J’veux dire, il font pire, mais a se voit pas. Toi tu dis a, mais on est en train d’en parler maintenant, mais... vous avez vu des grands titres l dessus ? Vous les avez vus sur la sellette ? Tout le monde s’en fout ! Tout le monde s’en fout, c’est pas beau a ? Parce qu’attends, c’tait dit dans le texte, sans vouloir se faire mousser, dans le texte qui a t lu, sur J.M. Messier, l, au Victoires de la musique, c’tait dit que "on sait bien que y’a pas que toi, et que t’es juste le plus voyant". a se vrifie, hein ! a se vrifie, regardes : Y’a Rodolphe qui t’appele, il est pourtant pas chez Universal, mais t’as vu ce qui vient de se passer ? Y virent des gens comme Katonoma, des gens comme Rodolphe Berger, enfin...

J.-P. R. : Et c’est pas nouveau en plus...

B. C. : J’veux dire, on va avoir du mal !

J.-P. R. : C’est pas nouveau, a s’est toujours fait. Quand la logique industrielle prend le pas sur la logique artistique ou...

B. C. : C’est la logique des actionnaires en plus. Tout ce dgraissage, c’est parce qu’ un moment donn a cogne par en haut, si on peut apeller a par en haut, puisque les actionnaires... c’est une position bizarre... La logique qui dit que... on fait 9% au lieu d’en faire 18... je sais pas moi... pour les fonds de pension en Floride. Enfin, trs caricaturalement c’est a ! Alors c’est a qui colle pas, faut tout... Ou aprs, la runion au Znith, justement, avec J.M. Messier et tout le staff d’Universal pour justifier son bilan et tout a, et pour voir s’il allait tre confirm la tte du groupe... Bon, ben, y’avait les actionnaires dans le Znith, machin, le mec il est venu... il venait de virer Lescure et tout a... Et puis sans... sans rentrer dans les dtails, moi j’ai juste vu une espce de petit reportage o les actionnaires sortaient ensuite du Zenith, et puis ils ont pris un actionnaire lamda, ils l’ont interview, et le mec il a dit "Moi je... je renouvelle ma confiance, il n’y a aucune raison pour que je ne renouvelle pas ma confiance. Il est venu entour des types qui font du profit et il a prouv qu’il savait se dbarasser des sources de pertes. Pourquoi voulez vous que je ne lui fasse pas confiance ?" Tout est dit. Ce en quoi a marche pas, pour le coup, parce qu’en plus ils sont vraiment dans la merde, j’veux dire, c’est....

 ? : Vous n’avez jamais pens investir vous mmes dans la socitt ?

B. C. : Dans la socit quoi ? La major ? Srement pas !!

 ? : Non mais vous tes aussi dedans, c’est un peu une manire de...

B. C. : Mais non , mais non...

J.-P. R. : C’est un peu compliqu pour avoir une majorit de blocage si tu veux, donc... D’ailleurs on dit une minorit de blocage, non ? C’est pas a ?

B. C. : Minorit de blocage, ouais p’tet’.

 ? : Vous pourriez vous transformer en socit cooprative ouvrire de production...

B. C. : Ah ah ! Excellent !

J2L : Votre album est sorti quelques jours avant le 11 septembre et....

B. C. : Le 11 septembre ! C’est grce a qu’on s’en souvient, parceque j’peux te dire que... si tu m’demandes les autres dates des autres sorties j’sais pas, mais celle l j’peux pas l’oublier.

J2L : Et donc, justement, on vous a vus un peu prcurseurs de... a vous a amuss ?...

B. C. : Oh, on tait morts de rire !

M. P. : "Le grand incendie" c’est quand mme troublant.

B. C. : ... Comme tu dis, oui. Comme tu dis, oui. Non, mais a c’est... pour tre troubls, on a t troubls et on l’est encore, on le sera toujours, hein.

...sur France Inter, le jour o c’est...

M. P. : Chez Pascale Clark.

 ? : ... moins 5 elle le passe, et dix heure on entend les...

B. C. : Heu... Non, c’est elle qui l’a pass... c’est elle qui l’a pass, en plus sans le faire exprs. Elle l’a choisi elle mme sur l’album et...

 ? : D’accord....

B. C. : Oui, c’tait pas le single, ni rien, mais elle a pass a et BLAM !

 ? : Justement, est-ce qu’on peut largir a aux prcdents albums, ou la chanson fait-elle que ?... la limite, avec Brigitte Fontaine, "Baby Boum Boum" c’est pareil, elle date pas d’hier, elle date de 79, quelque chose comme a. Et... preuve en est que a date pas d’hier que vous alertez...

B. C. : Ben nous on... c’est comme... mais tu sais qu’on a eu des trucs sur l’entre deux tour par exemple, par rapport au Front National... O est-ce que c’tait ? Oh je sais plus, je sais plus o c’tait, mais on a... On s’est retrouv voir des gens qui nous disaient "alors, finalement, maintenant... enfin, vous vous engagez et tout !" Moi je lui dit... "est-ce que ce serait pas une plaisanterie, l ?" C’est dire qu’ils nous mettaient dans le sac de tous les gens qui ont dcouvert, d’un seul coup, entre deux tours, ET pour lire Chirac (mon Dieu comme la vie est ironique !)... D’un seul coup effectivement, y’avait un certain nombre de gens... Et franchement on fait pas la fine bouche l dessus, et on est trs content que des gens se mouillent l dessus ; quand bien mme, au bout du compte c’tait pour lire Chirac. Euh... y compris les footballeurs et tout a, tu vois... Sur la casette l’initiative d’Akhenaton, o y’a des gens mme comme Zidane, tout a, ben on a russi, l, les faire bouger... contre Le Pen. Mais parce qu’il y avait le feu au lac ! Le feu au lac, avant, ils l’ont pas vu, ils ont jamais voulu en parler, du feu, avant. Et nous, y nous mett... Y’a des gens des fois qui, tu vois, j’sais pas... y nous ont pas bien suivi, ou quoi, et ils te demandent : "Alors ? D’un seul coup, vous vous engagez aux cts d’autres artistes qui..." Qu’on avait jamais vu avant ! Je le regarde comme a et je lui fait : "Houhou !! Coucou !!"

 ? : a veut dire quoi pour vous ?

B. C. : a veut dire qu’on tait dsesprs ! (rire)

 ? : On est pas lass de crier comme a, un petit peu dans le vide, et d’un coup...

B. C. : Continuons le combat de toute faon. De toute faon, mais... on va pas te raconter comment on est lasss des fois, ouais. a sert rien, a fait pas avancer le chmilblick. Il faut garder que la lutte, hein ?

M. P. : L’engagement de Noir Dsir, on sait qu’il ne date pas d’hier, mais c’est vrai qu’ vos dbuts, vous tiez pas spcialement peru comme un groupe trs politis, contrairement d’autres groupes qui ont dmarr en mme temps... La scne alternative, j’pense aux Garons Bouchers auxquels tu faisais allusion tout l’heure, les Bruriers Noirs, ce genre de choses...

B. C. : (la bouche pleine) Le problme des Garons Bouchers, c’est que c’est mauvais (ricanements). Il faut expliquer Franois que c’est mieux d’avoir les deux en mme temps (miam crounch...).

M. P. : Mais par rapport a, justement. L’engagement de Noir Dsir... le dclic a s’est pass quand ? Parce que... il tait pas vident au dpart.

B. C. : Non mais attend. Parce que le problme, c’est : tre peru comme un groupe ceci ou tre peru comme un groupe cela, a nous emmerde. Non, mais franchement. C’est dire que... Si - et on l’a toujours dit, et on l’redit mme aujourd’hui - si on est peru comme un groupe politique, qui donc ne peut plus avoir... je sais pas... du coup, toute la sphre qui est plus intimiste, toute la sphre qui est plus... qui est plus gratuite, plus potique, ou qui ne doit rien je ne sais quelle... filiation avre, range dans un tiroir... si a c’est plus possible, alors il vaut mieux tout arrter. On est juste libres ! Je sais a parat dingue... C’est... c’est bizarre parce qu’on a t vus... alors comme un groupe, j’sais pas quoi, intello, tnbreux machin, romantique, alors ensuite... haltrophile, alors ensuite... On en a rien foutre, nous. Notre vie, c’est pas ce qu’il y a marqu dans les journaux. Et en fait tout a a toujours t men plus ou moins de concert, c’est vrai... C’est l’cas d’le dire, mais, c’est vrai que le... l’engagement s’est affirm en quelque sorte aussi mesure que le monde changeait aussi. mesure que... que tu... que tu te dfiles pas devant "ce qui se passe". J’sais pas, qui c’tait les... tu dis comme les Garons Bouchers, mais moi j’aurais bien aim pouvoir en parler intelligement. Mais les gens qui ont dj l’esprit de... de frustrer l’esprit de petits groupes, machin, c’est pour a que c’est fabuleux l, ce qui se passe, parce qu’on est pas dans la mesquinerie avec les autres groupes, l. On s’apelle, il y a des actions communes, des trucs comme a. C’est quelque chose qui regarde au dessus, et pas dans la mesquinerie. A l’poque il y avait plus de mesquinerie, cause de gens qui ont un esprit mesquin, que veux tu que j’y fasse ?

M. P. : Plus de sectarisme ?

B. C. : Hein ? Bien sr. Du sectarisme, et a, j’vais te dire, c’est quelque chose de trs trs trs positif, ici en France maintenant, c’est qu’on en est plus l. C’est termin les conneries. Et que a, a c’est du plus. A l’poque c’tait pas comme a, c’tait pas comme a. Franois, par exemple, que j’ai lu, l, qui raconte n’importe quoi en disant qu’on avait pas... qu’on a mme pas cherch un label, l’poque etc... Mais il nous a demand, lui ? Mais qu’est-ce que c’est c’t’histoire ? Qu’est-ce qu’il en sait de c’qu’on a cherch ou pas ? Y’avait pas forcment des gens pour nous accueillir, on tait pas bien vus, hein, faut pas l’oublier.

J2L : Et quand tu vois Santi chez Island, enfin chez Universal, a t’amuse ?

B. C. : Non, a m’fait pleurer.

J.-P. R. : Mais son label a dj t distribu par des majors, j’crois qu’il avait dj t distribu par Island, par Virgin, donc a va, c’est pas...

J2L : Enfin, tre distribu et tre sign, c’est pas tout fait la mme chose...

J.-P. R. : Ouais, m’enfin y’a eu un moment aussi o il a eu besoin, il a pas hsit, et l, ce moment, y’a eu beaucoup moins de... tu vois ?

 ? : Et le cas Santi ?

J.-P. R. : Le CAS Santi (rire).

B. C. : Ouais, dans son genre... pffff.

 ? : Est-ce que a c’est vraiment le contre-exemple type. Surtout quand tu disais tout l’heure "peut-tre que a sert rien, mais continuons la lutte", justement pour viter de... d’tre absorb comme on absorbe une socitt.

B. C. : T’as plusieurs niveaux de... d’absorbtion. C’est dire que tu peux rester un tre libre, de toute faon, mme si tu n’chappes pas des contradictions du monde, quoi. Nous on chappe pas tout, on a jamais dit qu’on chappait tout. Mais au bout du compte, je nous sens plus droits et plus indpendants que... Franois... parce que... encore que l, c’est vrai que je me venges un peu parce qu’il dit des conneries, et que dans ces cas l, nous, a cogne ! H ! Quand tu dis des conneries tu prends tes risques. Mais... mais euh...

J2L : Il est pas le seul... dire des choses sur vous.

B. C. : Oui, c’est probable, c’est probable. Qui d’autre ? (rires)

J2L : Ben j’sais pas... j’ai lu des propos d’un certain Murat.

B. C. : Jean Louis !

 ? : Ouais, Jean Louis Murat qui, pour tre trs clair, vous a trat d’empaffs, mme d’enculs, pour c’que vous avez dit justement... aux Victoires (de la musique). Alors lui, il y voyait une tartufferie. Alors comment y faut comprendre a ?

Boaf... c’est la jalousie...

... faut voir les checs en mme temps...

J.-P. R. : Pffff, qu’est-ce que tu veux qu’on te dise ?

B. C. : Hmm. Comment dire ?

 ? : Il est extrme chaque fois, mais en mme temps est-ce que c’est pas un peu con venant de quelqu’un qui est aussi indpendant, enfin, qui se rclame d’un certaine indpendance, artistique j’entends...

B. C. : Muep (miam scrontch). Il nous connat pas c’pauvre garon... donc il (miam)... Je sais pas ce qu’il projette exactement, mais il estime probablement que... qu’on devrait rien dire pour rien, et puis qu’en fait on devrait juste...

J.-P. R. : Ce qu’il fait lui, donc...

B. C. : Ouais... voil. J’sais pas, qu’on devrait juste... prendre l’oseille et s’tirer, quelque part.

M. P. : Pourtant il envisageait mme de collaborer avec vous, disait-il dans l’article.

B. C. : De collaborer ?! Le terme est surprenant. (rires). C’est lui qui a dit a comme a, hein ?

M. P. : C’est peut-tre une interprtation...

 ? : Il disait qu’il vous aimait normment, et que ce soir l il tait hyper du, et que c’est pour a qu’il tenait ces propos... quand mme assez crapuleux.

B. C. : C’est dire que, nous, on a retourn le truc dans tous les sens, et on s’est dit que a pouvait tre vu come dmago, comme ci, comme l, comme justement du spectacle, comme... Si vous croyez qu’on s’est pas pos des questions...

 ? : Tu le dis bien d’ailleurs la fin.

B. C. : Ouais, on savait bien que a crerait aussi, enfin on se doutait que a crerait une polmique, qu’y’en a qui nous sauteraient dessus, l’inverse. Mais on a eu beaucoup beaucoup de tmoignages... positifs, dans le sens o a aide les gens tenir... En se disant que rien n’est perdu, parce que tu peux toujours ET dire ET faire, et changer les choses un minimum. l’intrieur mme d’Universal, enfin d’Universal... des labels et... et des rapports entre les... a a chang un petit peu. a les oblige faire un peu attention... Je dis pas que, quelque part, a les oblige pas trouver d’autres manires de mentir, tu vois, parce que, alors l, la frontire, hein ?... Mais j’sais pas, a fait... a fait avancer les choses, et puis trs honntement, et alors l trs gostement, de notre part, on pouvait plus... on avait trop de trucs sur la patate. Donc, soit on venait pas, par exemple, aux Victoires de la musique, soit on venait, et on disait quelque chose qui est... qui est quelque chose que trs franchement, qui est pens par plein d’autres que nous.

J.-P. R. : On a eu un mail trs gentil de soutien d’Hlne Sgara (rires). C’est vrai !

B. C. : Hallucinant !

 ? : Mais c’est sr qu’on oublie que vous tiez l avant que Messier arrive, et que vous avez pas choisi. Lui s’est impos, et puis vous vous tes un pion...

B. C. : Tu te rends compte, y’a un moment donn o ces... ces mecs qui arrivent, et puis effectivement au sommet d’une espce de chteaux de cartes, ils font comme a... et mme dans leur communication ils rcuprent mme a, ils rcuprent 20 ans de ta vie... C’est aussi a qu’on voulait dire.

 ? : Les gens qui sont pas dans le mtier se disent souvent "eux, ils tirent sur Messier alors qu’il sont dedans, ils profitent de son argent".

B. C. : De qui ? Nous on profite pas d’l’argent de Messier ! Lui oui. Enfin, on est une poussire, mais on est une poussire qui remonte, hein.

 ? : C’est parce qu’ils ont oubli que vous tiez l avant, et que c’est Messier qui s’est impos.

B. C. : Mais bien sr. Qu’est-ce qu’ils font ces gens l ?

J.-P. R. : Le problme c’est que l encore, c’est un truc que Messier bien compris, c’est le spectacle, quoi, c’est ce qu’on te montre comme a, c’est de la poudre aux yeux, et puis aprs... Si tu vas chercher un peu l’intrieur et que tu vas gratter un petit peu, c’est vite fait l aussi de dcouvrir des trucs intressants, hein ?

J2L : Vous revenez Montpellier cet t, invits par France Culture ; est ce que vous savez un peu le contexte dans lequel vous tes invits ?

B. C. : Y parat que c’est... qu’on est sur scne avec Franois Hadji Lazaro et Jean-Louis Murat (rires).

Et Hlne Sgara !

B. C. : Et Hlne Sgara, pour donc, une de Universal, etc, etc... Y parat que ce sera a le propos.

C’est Franois qui compose.

J2L : Non mais, vous savez que c’est une configuration relativement petite ?

B. C. : Ouais ouais. Mais c’est vachement bien. Le problme c’est qu’on a pas pu trop s’en occuper, quoi. Mais que a tombe bien puisqu’on... puisque c’est pas demain matin. Parce que l, demain matin, je pense que a serait bizarre.

J2L : Donc y’a deux rendez-vous de prvus... Est-ce que vous pouvez lever le voile sur la premire partie, que vous avez invit ?

B. C. : Non. Tu sais pourquoi ? Parce qu’il est pas lev, le voile. Pour nous non plus. Y’a des choses qu’on... on peut pas tout prparer d’avance. D’abord on aime pas prparer trop d’avance. Mais c’est vrai que des espaces comme a peuvent tre intressants, j’espre qu’on en sera digne, parce que bon... tant donn qu’on en fait un peu de... des fois on en fait un peu beaucoup, et donc, on a peur de pas... de pas pouvoir bien honorer le... le contexte, quoi, mais bon... on va se dbrouiller pour a... d’ici l.

J2L : Vous savez que la configuration, elle est de.. 800 voire 1000 personnes maximum...

B. C. : C’est gnial. C’est gnial de pouvoir faire a.

M. P. : Mais justement on se trouve ici dans un lieu o vous avez jou y’a quelque chose comme 13 ans, j’sais pas si je me souviens bien. Aujourd’hui c’est videment plus possible...

B. C. : Y’avait Radio Crocodile, oui.

M. P. : Radio Alligator.

B. C. : (rires) Ouais ouais, radio Alligator. Et moi je le recevais sur mon ampli fond. C’est dire que j’allumais mon ampli, au lieu qu’il y ait ma guitare, y’avait Radio Alligator.

M. P. : Et vous regrettez aujourd’hui, de ne pas pouvoir jouer dans des salles taille humaine ?

B. C. : Si on pensait que c’tait profondment inhumain, ce qu’on fait par ailleurs on le ferait pas.

 ? : Pourtant vous le pensiez il y a quelques temps, puisque...

B. C. : Oh y’a longtemps on tait trs effrays par ce genre de chose.

 ? : Je me souviens aux Confluents, vous aviez fait volontairement deux soirs de suite 90 balles l’entre, volontairement aussi.

B. C. : Oui. Mais l ce serait... faudrait faire douze fois, faudrait... ou il faudrait...

 ? : Vous tiez plus jeunes aussi...

B. C. : Non, mais c’est surtout que tu fais 150 dates pour la tourne du sud ouest, et puis ensuite t’en fais re-150 autres pour la tourne du sud-est, puis tu meurs (rires). Et le nord-ouest gueule parce qu’il t’ont pas encore vu jouer... Aprs quand tu finis la tourne t’as tout le monde qui te demande mais qu’est-ce que vous avez fait pendant ces trois ans, l ?... (rires)

Jrmy Bernde : En parlant de taille humaine, moi j’tais - enfin j’tais pas le seul, on tait 80.000 - Millau le 30 juin. Et, comme on nous parle, pour le sida, du relaps, en ce moment c’est pareil, avec la mondialisation, maintenant, c’est super bien, c’est devenu quelque chose... l’ide a chang par rapport a, a a t trs trs vite. Maintenant Bov, il est flingu ds qu’il passe une porte, les journalistes... en tout cas la tlvision se plat le flinguer, le mettre dans la position d’un agitateur : "il arrive l’aropport, regardez, a a cogn"... C’est pas un peu nervant que a soit aussi vite rcupr, aussi vite... mickey mous ?...

B. C. : Mais c’est le spectcale, c’est c’que j’te disais, c’est le problme. Tu sais que mme Jos, il est aussi dans quelque chose qui forcment est dmonstratif, et mme... On peut dire qu’il a su se servir des mdias, mais videment c’est toujours un jeu dangereux. Ceci dit c’est absolument pas fini, ce qui compte c’est ce qui est dit, c’est le contenu, pourquoi on s’intresse si peu au contenu ? Moi, quand j’ai commenc m’intresser Bov, c’est pas tant cause de la photo avec les menottes et la dmonstration, comme a, mme si au fond y’avait une action et que donc c’tait bien qu’il y ait une action qui relaye la pense, mais je me suis dit : quelle est donc la pense ? Et puis l, tu regardes, et j’me souviens, t’as l’aide de plusieurs artistes, et puis le bouquin etc... Je me suis dit "a vaut le dtour", et puis ensuite de le recontrer et tout a, mais... a vaut le dtour, parce que l’intrieur de a, c’est pas du tout la parole de l’vangile, putain, on en a rien foutre, c’est simplement : Y’a des proccupations qui sont les bonnes, y a des questions qui sont poses et qui sont les bonnes, et qu’il y a mme un certain nombre de rponses avances qui paraissent pas dgeulasses, et en tout cas a vaut le coup de les essayer. Et donc, y’a une pertinence, y’a un courage, y’a un combat, y’a... Pourquoi on s’intresse pas a ? Pourquoi c’est pas de a dont il s’agit plutt que de se dire "la valeur des anti mondialisation est en hausse", ou "la valeur...." on dirait qu’on joue en bourse, y’a une bourse du spectacle. C’est a qui colle pas, c’est que les proccupations qui taient vraies y’a deux ans, ben t’inquites pas, elles sont toujours vraies.

J. B. : Des initiatives comme, justement, les Motivs, Toulouse... est-ce que a sucite pas quelques vocations chez vous ?

B. C. : On dit toujours que... Non non, a c’est vachement bien. C’est en quelque sorte le cas, mais on veut pas se mettre dans la position... J’veux dire, y’a un moment donn... on va pas se professionaliser non plus, l y’a un problme. Y’a un problme, l, on est en train de combler des manques hallucinants.

J. B. : Ouais mais les gens qui nous dirigent devraient tre des citoyens comme toi et moi... a c’est pas juste non plus...

B. C. : Non, mais tout fait. C’est pas... Alors concrtement, pour les Motivs et pour Toulouse, et pour les copains de Zebda, y’a, c’est vrai, le fait qu’ils ont tout un monde associatif autour... vachement structur, quelque part, puis surtout avec... qui leur apporte des nergies. Eux apportent de l’nergie, ce monde l leur apporte des nergies, c’est un... c’est un beau tissus, comme a. Et nous on a pas a... on est plus exploss, on est plus... Hein ?

J. B. : a peut se construire...

B. C. : Oui, mais c’est nous qui devons tout construire, nous. C’est comme a.

J2L : a veut dire que c’est pas demain la veille qu’on vous verra faire une liste Bordeaux...

B. C. : Pas forcment, chacun sa manire de faire, c’est pas forcment notre manire de faire nous. Ceci dit, on est avec eux Toulouse, et puis dans une certaine mesure, c’est possible c’que vous dites, mais bon, pfff.... C’est pas forcment a le plus efficace, ou le sujet... ou pour nous le vecteur parfait, j’veux dire... c’est pas... on va pas faire des listes partout forcment... C’est pas forcment a. On a plus ou moins des projets commun avec eux aussi, sur toute la France... mais j’veux pas raconter de conneries... inch alla, enfin...

J. B. : Vous avez pas envie, des fois, de souffler un peu et de penser vous, et d’oublier tout ce qui se passe... et de vivre normalement ?

B. C. : Pas du tout ! (rire)

D. B. : Non non, jamais... c’est un truc...

B. C. : a c’est sr, mais on est compltement au pied de cette histore l, c’est vrai que eux, ils ont franchit un pas qui est tout simplement... de faire des listes... Je pense que c’est beaucoup plus dans leur culture, directement. C’est dire que nous, on a eu le mme problme avec le ct lectoral, beaucoup plus... comme si c’tait plus anar’ que... que trotskiste, et eux plus trotskiste qu’anar, mais c’est trs schmatique de le dire, parce que c’est pas tout fait vrai non plus, et c’est pas aussi... Ce qui est merveilleux, c’est comment tout a s’interconnecte. Tu vois on disait tout l’heure, on est vraiment plus dans la mesquinerie de ces annes l, et c’est pas par hasard si les gens qui sont frustrs et qui disent des conneries, sont ceux qui ont rien russi ce niveau l... donc qui ont pas russi ce qu’il y ait une fdration de gens qui... qui avancent, un peu chacun leur manire. Encore une fois, les Motivs, c’est singulier car il ont franchit le pas de la liste lectorale. Mais on est toujours en contact pour plein de choses...

M. P. : Pour revenir aux "quelques fachisant" qui sont prs de 20% aujourd’hui, est-ce que parfois, vous vous dites que parmi les gens qui achtent vos disques, les gens qui viennent vous voir en concert, ben peut-tre qu’il y en a quelques uns qui ont vot Le Pen, et qu’est-ce que vous auriez envie de dire ces gens l ? Parce que d’une manire gnrale, on sait que votre public est plutt acquis aux causes que vous dfendez, mais...

B. C. : C’est difficile de vrifier que... de vrifier quel point les gens sont acquis aux thses qu’on dfend ou aux causes qu’on dfend. Je vais te dire, si a devait tre vraiment... J’veux dire, on rentre pas chez nous comme on entre dans l’enceinte du PC dans les annes 70, non plus. J’veux dire, chacun est libre de ses opinions... priori, on est quand mme dans une rsonnance qui fait qu’il y a peu de fachistes qui rentrent chez nous, hein ? a c’est sr... Tu peux pas tout fait le vrifier, y’a des gens compltement paums qui ont fait la connerie pour provoquer quelque chose. Parce qu’y a aussi une espce de... de sentiment un peu dmoniaque de provoquer quelque chose avec un bulletin de vote comme a, de provoquer un cataclysme, ce qui fut fait, d’ailleurs. Des gens qui disent :"ah ! on se fout de notre gueule ? ben on va voir ce que a fait, a !". C’est une espce de truc, comme de chimiste lectoral !

M. P. : Est-ce que c’est pas ces gens l qu’il faut s’adresser aujourd’hui ?

B. C. : Ben il faut s’adresser tous, tous. C’est... en fait, les questions que a pose, c’est : "Qu’est-ce que tu veux voir ? Quelle est ta finalit ? Tu veux quoi comme monde ? Tu veux quoi comme pays ? De quoi on parle ? Est-ce que tu veux faire partie d’un pays qui a le... le courage de passer vraiment la barre de... ben d’une modernit, mais dans le sens... dans le sens o la plante est trs petite, o on est multiraciaux, o on est profondment, profondment obligs d’avoir rflchir sur le dveloppement durable d’une part, une socit multiraciale d’autre part. Avec quelle valeurs ?... En fait, c’est une transcendance, quoi, c’est "quelles valeurs" au-dessus du fait du tribalisme - mme si je me sens tribal en profondeur... mais... tribal, mais je raisonne autant en Mongolie qu’en Afrique -. Je sais pas comment dire, on est pas... On est citoyens du monde, premirement, et comment tu peux, l’intrieur d’une nation o l’intrieur mme de l’Europe, et terme avec le monde entier, comment tu peux instaurer des valeurs, des valeurs qui soient des valeurs suprieures, des valeurs suprieures, transcendantes.

 ? : Est-ce qu’il y en a ?

B. C. : Mais bien sr qu’il y en a.

 ? : C’est les droits de l’homme ? C’est...

B. C. : C’est pas seulement les droits de l’homme, parce que les droits de l’homme, c’est aussi un... un bouillon qu’il faut tout le temps redfinir. Il manque aussi beaucoup beaucoup de... oui, puisqu’il y a une impunit absolument extrordinaire pour certains. Mme quand il y a des principes juridiques qui ont t noncs, il sont pas solides, ils sont pas suivis. T’as qu’ voir, justement, les tats-Unis et Isral, qui toujours sont en toute impunit, comment Jacques Chirac est en toute impunit, prsident de la rpublique aujourd’hui, l’chelle franaise, comment ? Toutes ces impunits c’est plus possible.

 ? : Et ct de a, y’a des gens qui sont punis et qui ont pas l’tre, on l’a vu avec la semaine Peine de Mort...

B. C. : a, pour tre punis ils le sont, oui. Ben oui, a marche pas... ce que a projette comme symbolique est absolument catastrophique. Franchement a fait des dgats trs en profondeur le fait qu’il y ait cette impunit. Et l’injustice. Pas de paix sans justice, c’est toujours vrai partout. Et si tu projettes pas des valeurs plus haut, y’a rien, y’a rien.

 ? : Vous croyez en l’Europe ce niveau l ?

B. C. : Pas sur ces bases actuelles. Enfin, "pas sur les bases actuelles"... Disons que l, c’est comme une coquille vide, et comme une mcanique de la... une mcanique conomique.

 ? : J’ai t vraiment bloui par le morceau "Europe", sur le dernier album.

B. C. : C’est gentil, parce que je tiens dire que c’tait pas facile de le mettre, par rapport la boite de disque...

 ? : C’est pas facile la radio de le passer...

B. C. : Voil, ouais. Mais mme, tu vois, mme... Ils taient... "oh c’est bien... c’est bien", ils disaient que c’tait bien ! "C’est bien ce dlire d’improvisation... c’est bien mais euh... on le sortirait dans un truc un peu spcial". Quand il s’est agit vraiment de le poser dans l’album, alors l... non non, il a fallu faire un peu ’bras de fer’ quand mme. Et on a plein de retour vraiment vraiment passionnant, ce qui prouve bien qu’on avait raison aussi, pas seulement comme un espce de truc snob en disant "regardez on est capables de faire un morceau de 25 minutes, dont personne a rien branler, dont personne comprend rien, c’est gnial pour nous"... Et en fait, c’est absolument pas hermtique, quoi, a c’est la plus grande victoire qu’on a. C’est pas hermtique puisqu’on a plein de retour, et que a permet d’aller plus loin ET sur la libert musicale, ET sur la libert de parole et un peu de... Parce que c’est une sorte de fresque, et c’tait une manire de s’adresser l’Europe... tu sais de la rcuprer comme une entit vritable, puisque c’est trs loin, Bruxelles, pas du tout gographiquement, mais les instances europennes, c’est un truc trs... c’est la technocratie, c’est loin. C’est loin des gens, c’est ce qu’on se dit, c’est loin des peuples... Eh b d’un seul coup tu te dis "qu’est-ce que c’est ? qu’est-ce que c’est ce symbole l ?", et tu commences parler, et tu dis TU, puisqu’on fait comme si c’tait un espce de Dieu technocratique. Non. C’est quoi ? Qu’est-ce qu’on veut ? Quelles sortes de valeurs il peut y avoir en Europe ? Qu’est-ce que a veut dire de faire l’Europe ? Tu la fondes sur quelles valeurs ? C’est tout. Et puis aprs y’a tout un ct allgorique et potique, alors l... pfffiou !

 ? : Qui est all chercher Brigitte Fontaine ?

B. C. : Brigitte Fontaine, elle est venu nous chercher pour son album, et nous on est alls la chercher pour le ntre. En gros, hein. En trs rsum, c’est a. J’te passe les dtails, puisque comme elle est sourde et que nous on est cons ! Ou le contraire... (rires) On a mis du temps faire les choses comme il fallait, mais on l’a fait. Mais nous on entendait... parce que le travail tait compltement avanc, et puis on entendait qu’y manquait quelque chose et a pouvait tre qu’elle qui faisait a, franchement. Ce qui est le plus beau compliment qu’on puisse lui faire, d’ailleurs.

 ? : Je crois savoir que sur scne vous... enfin dans votre dernire tourne vous l’avez pas jou. C’est du la taille, ou c’est qu’il y avait un problme ?

B. C. : Je sais pas comment il faudrait qu’on aborde a. Il faudrait.... de toute faon, il faut pas chercher reproduire les choses... a peut arriver, faudra qu’on trouve le moyen, mais c’est vrai qu’on l’a pas fait. Non, c’est pas vident du tout, non, c’est pas vident du tout.

M. P. : Et puis Akosh est plus l.

B. C. : Ben il peut tre l des fois. Il tait Istres, parce que comme il tait en voisin... Avant il tait en Hongrie, moi je l’ai vu il n’y a pas longtemps l bas, mais c’tait au retour d’une tourne... Et puis que lui il joue pas mal, l, cette semaine... Il fini la semaine Paris l’Olympique, il joue dans un bar toute la semaine, la Goutte d’Or... Ouais, il fait... il fait son truc.

 ? : Vous faites une autre reprise... vous reprenez "21st century kids ONN" des King Crimson. Pourquoi ?

B. C. : Ben parce que l’poque, a avait t fait avec le corps du morceau, l’espce de noyau, et puis toute une espce d’extension du progressive rock de l’poque. Puis nous, on a dit... bon ben a c’est pas grave... non pas qu’on aime pas les expriences musicales, la preuve, on vient de parler d’"Europe", mais simplement sur ce coup ce qui nous intressait c’tait le noyau qui avait jamais t pouss comme a, et tout l’aspect plus... rythmique, presque rap, presque soul aussi, mais qui est rabot puisque a part vachement plus sur toute l’extension musicale... Je sais plus combien dure le morceau, mais le corps du morceau o le texte est dit, c’est rien, et nous on a remis a ensemble. Et le texte est excellent, et il dit c’qui.... il est d’actualit comme on dit, alors a faisait beaucoup de raisons.

J. B. : Vous parliez tout l’heure de votre libert, du public aussi. Comment vous envisagez votre responsabilit par rapport au public ? Soit pour la prod’ musicale, soit le fait d’avoir un message politique fort ? Au niveau de la cration, l, c’est un album assez original... c’est diffrent sur scne, enfin, a doit tre assez diffrent... et puis aussi l’aspect politique du groupe...

B. C. : Ben tu passes ton temps te sentir responsable, puis si a drive trop "prisonnier"... tout faire pour te librer. C’est dire que par exemple, cet album l, c’est un album aussi qui... puisque l on en reparle comme de quelque chose qui a bien march, qui a t reu, mais c’est jamais vrai d’avance, hein ?

J2L : C’est plus facile d’en parler aujourd’hui, justement ? C’est peut-tre pour a que vous vouliez pas faire de service promo... le temps de le digrer un peu ?

B. C. : Je sais pas si... c’est plus facile d’en parler aujourd’hui... Peut-tre, ouais... Non mais ce qui est sr c’est que a avait t... a a t une dmarche de libert absolue. C’tait a le principe, on est pas tenus de rien, on est tenus d’tre vrais et de laisser remonter la surface ce qui... ce qui a le plus de poids, le plus de profondeur... Ce qui est vrai au moment o c’est vrai, ce qui n’est pas forcment le cas 5 ans avant. Et dans le mme temps, garder la trace profonde, et les convictions profondes... Parce que c’est un paradoxe permanent, mais c’est pas une contradiction indpassable. a veut dire que le fait de s’tre libr d’un certain nombre de choses et d’avoir os faire un album comme a n’enlve pas nos convictions profondes. Et du coup tu peux retrouver tout a et essayer de le porter comme tant non pas... Parce qu’aprs on peut trs bien te dire "vous avez trahi ci, vous avez trahi a..." c’est une espce de... Et puis bon, a s’est pas pass comme a, mais on s’attendait tout. On dconnait tout le temps sur cet album en disant "tiens ! on vient de se faire des nouveaux amis", et puis hop ! on faisait un nouveau morceau en se disant "on vient de perdre nos nouveaux amis", tout le temps on dconnait avec a...

J2L : Si on se fie aux ventes, vous en avez plutt gagn que perdus des amis. Le concert de ce soir t plein en 48 heures, vos tournes, vos spectacles sont complets trs rapidement... Est-ce que ce succs... je dirais pas "vous le trouvez normal ?", mais...

B. C. : Euh... Non, mais moi ce que je comprends pas c’est pourquoi a n’est pas arriv aux Garons Bouchers, a c’est la question que je voudrais poser (rires). ET Hlne Sgara.

 ? : Je remarque que a fait d’heure qu’on parle politique, et qu’on commenceparlermusique...C’estpasun peu paradoxal, c’est pas chiant ?

B. C. : Je vous signale que c’est de votre....

 ? : De notre faute, oui, justement ! Le public aussi est en attente, comme tu disais, y’a un vide norme...

B. C. : Oh, d’abord de la musique. De ce ct l, avec le public c’est moins dsquilibr qu’avec les mdia ! Mais... y’a de la place pour tout, y’a de la place pour tout. Ouais, a fait un peu beaucoup, ouais. P’tet’ un peu trop. On attend... on aime pas tre tout seuls, mais je crois pas qu’on le soit. Y’a beaucoup de choses qui se passent, et puis j’te dis... y’a toute cette bande d’artistes, l... a ragit fort, et c’est bien. Mais il faut pas que le public se mette en attente de je sais pas quoi, ou les gens en attente de rponses donnes... Faut que ce soit un processus... en change, en rflexion... puis en plaisir partag, quoi, c’est pas... et pas en idolatrie dplace, parce que a, a vaut rien.

M. P. : Vous aviez envisag de pas tourner, l’issue de l’album... qu’est-ce que vous a fait changer d’avis ?

J.-P. R. : Non. Mais dans la conception mme de l’album, on s’tait dit qu’on allait pas penser du tout comment on pouvait retraduire a plus tard sur scne. On s’tait dit "a, on laisse tomber compltement". On voulait absolument pas penser... absolument pas se bloquer et se dire "ah mais comment je vais pas faire a, parce qu’aprs a va tre plus compliqu"... Aprs, quand on a eu fini l’album, et qu’on s’est dit "tiens ! ben finalement on va peut-tre faire de la scne", ce qui tait pas vident au dpart, ben l, on s’est pos des problmes, quoi ! D’o en partie, l’arive de Christophe...

 ? : Aux samples ?

B. C. : Ouais, a a chang beaucoup de choses.

 ? : Quand est-ce qu’il arrive chance votre contrat avec Barclay ?

B. C. : Y’a encore un album. Mais si tu nous demande de penser un album alors qu’on a encore la tte dans celui l, a nous parat compltement abstrait.

 ? : J’pensais pas un album, mais peut-tre que le prochain sera encore plus exprimental... mais a... a vous appartient.

B. C. : Un album d’un long pt ininterrompu. Et hop ! Plus de contrat !

 ? : Quel a t l’lment dclencheur pour cette envie de samples ?

B. C. : C’est les couleurs musicales, c’est les couleurs que a permet, c’est l’espace que a donne, et non pas que a retire...

 ? : La puissance aussi peut-tre.

B. C. : a donne de la puissance, mais a donne beaucoup d’espace. C’est pas forcment quelque chose o... moi l’impression que a me donne, c’est que a permet peut-tre encore plus de crer des espaces que d’en bouffer. C’est le paradoxe. Si c’tait juste rajouter rajouter rajouter, ce serait pas forcment si intressant que a. Moi je trouve vraiment gnial ce que a permet de... o on ose... Enfin bon... la conjonction aussi, entre le fait qu’on ose des choses trs trs fragiles comme on osait pas... Tout a va ensemble, si tu veux.

 ? : Les compos sont parties des samples ou a a t l’inverse ?

B. C. : a a dpend. La plupart des compos viennent de... c’est trs classique.

J.-P. R. : Les samples, on les a utilis comme des instruments. Donc y peut y avoir des trucs... je me souviens plus exactement.

B. C. : Dans le live, Christophe a une part de cration, mais c’est pas fini. a permet d’ouvrir des... d’ouvrir une palette, quoi. Et c’est a qui nous intresse. Parce que le problme, c’est qu’on peut pas tout fait se contenter de la seule couleur qui tait la ntre jusque l, puisque... on coute normment de choses. Moi, je me satisfais pas d’une couleur de musique ; a l’fait depuis toujours, et c’est de moins en moins, que je m’en satisfais. J’ai besoin de nourriture, et que a c’est une faon... que Christophe y peut condenser... tant donn qu’il arrive pas avec un instrument.... que c’est un instrument qui en est plusieurs... et puis c’est de l’alchimie du son... c’est d’la... une espce de truc o il met... un petit peu de saucisson corse, un petit peu de cap corse, un peu de bruccio (rires). Et toutes les couleurs peuvent se... peuvent se redployer, et puis en fait, a laisse beaucoup la porte ouverte des choses... la fois qui peuvent se permettre d’tre plus fragiles dans un sens, et puis plus costauds de l’autre. a largit beaucoup la palette.

Jean-Yves : Comment vous concevez les clips ? En particulier le dernier... l’histoire de la maison de campagne, c’est... bien, quoi.

B. C. : ...en Normandie, en plus.

J.-Y. : Comment a c’est...

B. C. : Celui l, a a t crit par Henri Jean Debon avec qui on a fait beaucoup beaucoup de... de choses depuis... pffou... maintenant presque 15 ans, 13 ans. Et donc, il nous a montr tout a et on en a reparl, c’tait un peu... boug, comme a... L’ide est vachement bien.

J.-Y. : C’tait histoire de... d’aller plus prs de votre intimit ?... plus de proximit peut-tre...

B. C. : la fois oui, la fois non. C’est dire qu’ la fois c’est vrai, et la fois c’est jou quand mme, tu vois. Enfin ! Bon ! Par exemple, c’est tellement naturel que oui, le principe dans la barraque de... Normandie l, c’tait de... On dormait, enfin, on dormait peu, parce qu’on est arriv j’sais pas quelle heure dans la nuit, dans cette barraque qui tait pas chauffe d’ailleurs... Et donc on s’est foutus sous des tonnes de couettes comme a, comme des cons, et puis l, le principe, on le savait, c’est que on taperait aux portes de nos chambres, et que... il fallait tout de suite tre l. a veut dire que t’es dans un tat... gonfl... t’as la tronche comme a, on avait hyper mal dormi, et donc le principe... en vertu de... J’veux dire, il fallait s’y tenir, quoi ! Donc effectivement, l dessus, c’est pas jou, on vient vraiment de se lever, et on est vraiment dchirs... de fatigue ! a pour le coup c’est vrai.


 
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