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- Murat : Charles et Leo
lundi 8 oct 2007 - 12h40, 17h40
lundi 8 octobre 2007, par
Parce que la filiation ne nous semblait pas si saugrenue entre le vieux lion exilé en Toscane à la fin de sa vie et l’ermite Auvergnat, nous avions demandé il y a quelques années à Jean Louis Murat, parmi quelques autres artistes et personnalités, de participer au marathon radiophonique de 24 heures, consacré à Léo Ferré sur Divergence FM.
Le meilleur disque du monde de la quinzaine – Murat : Charles et Leo
Jean Louis Murat n’avait pas donné suite cette sollicitation, contrairement à Mathieu Ferré, fils de Léo et fondateur des éditions La mémoire et La mer qui gèrent (ou le vilain mot) l’héritage artistique de ce qu’il convient d’appeller un monument de la chanson française.
Mathieu Ferré, à qui l’on avait fait part de l’anecdote, nous confiait alors que Murat était, avec Noir Désir, l’un des rares artistes français contemporains qui trouvât grâce ses intransigeantes oreilles.
Pas un hasard, donc, si peu de temps après, on retrouvait sur l’album de Noir Desir Des visages, des Figures , (dernier album studio du groupe à ce jour, pour les raisons que vous connaissez), un texte inédit de Ferré, Des Armes , mis en musique par la bande à Cantat et offert par Mathieu.
Pas étonnant non plus qu’aujourd’hui paraisse Charles et Léo – Les Fleurs du Mal , un recueil de pomes de Baudelaire extraits des Fleurs du Mal, sur des musiques inédites de Ferré, interprétées par Jean Louis Murat sur une proposition de Mathieu Ferré.
Pas étonnant parce que Murat avait déjà cueilli l’une de ces fleurs du mal, le troublant Reversibilité , sur son album Dolores en 1996, et parce que le parfum capiteux des vers de Baudelaire et la célébration d’Eros et Thanatos irriguent l’oeuvre Muratienne depuis le début.
Et puis parce qu’on sait Murat friand d’expériences parallèles et d’exhumations au sulfureux parfums.
On se souvient de son adaptation des poèmes de Mme Deshoulières avec Isabelle Huppert et de son hommage plus récent à Pierre Jean de Béranger, ou dans un registre plus léger, de son numro de duettiste avec l’américaine Jennifer Charles du groupe Elysian Fields, sur des compositions de son bassiste de l’époque, le Suisse Fred Jimenez ; autant de projets qui constituent des parenthèses dans sa pléthorique discographie.
Charles et Léo peut être envisagé comme l’une de ces parenthèses, ainsi que comme un retour du Murat priode Dolores, le Murat d’avant les albums blues rock, les Mustango , les Lilith , les " Moujik et sa femme , les Moscou et autres Taormina .
En premier lieu, parce que cet album marque le retour aux affaires de Denis Clavaizolle, vieille connaissance et artisan du son éthéré des premiers Murat.
Pour Charles et Léo, Murat met au placard son rêve américain, ses boogies déconcertants, ses funks incongrus dont les compositions de Ferré se seraient, il est vrai, fort mal acommodé.
Pas question pour autant de singer Ferré. Qu’il chante Ferré, Baudelaire, Deshoulières, Béranger ou l’annuaire du Puy de Dôme, Murat imprime de toutes façons sa marque, celle qui le voit ériger, disque après disque, une impressionnante montagne dont il faudra bien un jour reconnatre la grandeur.
Pour celles et ceux qui continuent de voir en Murat un vague cousin grognon de Cali, pour celles et ceux qui demeurent allergiques à ses feulements suaves, sa complaisance érotomane, Charles et Léo ne changera rien. Tout au plus suscitera t-il la curiosité des inconsolables Léophiles.
Pour les autres c’est un nouveau disque de Murat, et donc, un des meilleurs compagnons qui soient en cet automne naissant.
Jean Louis Murat, Charles et Lo, Les fleurs du Mal chez V2.










