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Mathieu Dementin


jeudi 8 avril 2004, par Gilles Gouget

À voir à l’espace expression libre de Divergence durant quelques semaines encore, les toiles du peintre tournent, en raison de l’exiguité de nos murs. Peu importe, c’est une raison supplémentaire pour nous rendre visite plus souvent, et voir ainsi l’intégralité de cette exposition. Rencontre avec l’artiste peintre, charpentier à ses heures...

Gilles Gouget : Bonjour Mathieu.

Mathieu Dementin : Salut.

G. G. : Ravi de t’avoir enfin avec nous, puisque cette expo est visible depuis une quinzaine de jours. D’une expo sur l’autre, on essaie ici de varier les styles, alors comment dfinirais tu le tien ?

M. D. : Comment dfinir le style ?... Euh... Abstrait, contemporain... bien qu’a veut un peu rien dire en fait. En gros j’fais mon style moi, et puis... j’pense que j’m’en sors pas trop trop mal, quoi.

G. G. : La peinture a t’a pris comment, a t’a pris quand ?

M. D. : a m’a pris quand ?... a m’a pris y’a peu prs six ans...

G. G. : Donc c’tait pas une vocation... dans la petite enfance.

M. D. : C’tait pas une vocation, en fait, dans la petite enfance, c’tait plutt... Bon, j’ai eu des profs en histoire l’art, en dessin d’art, j’ai fait un peu de stylisme... Et puis voil, j’ai voulu me mettre dans la peinture. J’ai eu un peu de chance, c’est vrai, sachant que j’ai fait quelques expos qui ont pas mal march...

G. G. : Assez rapidement, donc.

M. D. : Assez rapidement, ouais, quasi... quasi direct, en fait. Et donc voil, j’me suis expos ds la premire anne dans un petit salon, l’extrieur... C’tait dans ma rgion natale, Tours, en fait. Et donc voil, quoi.

G. G. : Qu’est-ce que tu y trouves ? C’est un moyen d’expression que tu as choisi, comme a, un moment donn, parce que a t’amenait quoi ?

M. D. : a m’a amen... en fait, je pense... une srnit, vis vis de moi. C’tait, en fait... En fait j’ai vraiment besoin de peindre. C’est quasi... quasi systmatique, quoi. raison de quelques toiles par semaine... deux, trois. Et c’est vrai que... avant je travaillais surtout le soir, en l’occurrence la nuit, comme beaucoup d’artistes, en gros... de mon poque. En fait, c’est... c’est quasi obligatoire, la peinture, chez moi.

G. G. : Par quoi as-tu commenc, dans la peinture ? Parce qu’ici Divergence, ce sont des choses assez abstraites.

M. D. : J’ai commenc, tout btement, par du figuratif. Je peignais... j’peignais des fronts de mer, des paysages, j’peignais... des natures mortes, des corps fminins, masculins... voil, quoi. J’ai toujours une base figurative avant de commencer l’abstrait, quoi.

G. G. : Est-ce qu’ l’poque tu utilisais dj des mlanges de peintures, puisque l, tu travailles aussi bien avec de l’huile qu’avec de la glycro ou de l’acrylique, voire les trois mlanges ?

M. D. : J’ai commenc, en fait, par de la gouache. J’ai fait... enfin, j’suis pass ensuite assez rapidement l’huile, et... Ouais, enfin j’ai... non, c’tait plutt en fait dans la technique que a diffrait... En fait j’ai quelques techniques... au couteau, bien sr pinceau... et puis voil. Enfin, c’est euh... dans le classicisme... rgulier, quoi, en gros c’est a.

G. G. : Qu’est-ce qui un moment donn t’a donn envie, justement, de sortir du figurativisme, et d’essayer d’explorer des choses un peu moins videntes pour l’oeil du spectateur ?

M. D. : Une expo de Basquiat, en fait. a a t, en fait, quasi systmatique... J’ai t abasourdi par Basquiat, par sa peinture, et aprs... j’me suis normment document dessus, j’ai vu... quasi tous les films qui ont t faits sur lui, et puis voil, enfin...

G. G. : Tu as trouv un matre penser, un matre peindre chez lui ?

M. D. : Tout fait, ouais. Bon, et puis aprs, c’est vrai qu’y’en a d’autres, y’a quand mme Turner, y’a Georges Mathieu, y’a... bon, ouais, un peu Dali, mais c’est pas... Ouais, enfin, ouais. En gros c’est a. Y’a Basquiat, Dali, Turner... et puis... bon, beaucoup d’autres, quoi !

G. G. : On fait une pause musicale avec Je veux nager, d’Arno. C’est un artiste que tu coutes, que tu suis depuis longtemps ?

M. D. : C’est un artiste que j’affectionne particulirement.

G. G. : Pourquoi ? Qu’est-ce qui te touche chez lui ?

M. D. : Sa voix, son ct... son ct un peu trash, un peu comme c’que j’fais dans la peinture, quoi.

G. G. : Y’a un ct liquide dans les toiles qu’on peu voir en ce moment Divergence, je pense notamment un assez grand format que l’on voit en entrant. a fait partie des choses de l’abstraction, ce ct liquide... de l’exploitation de la peinture dans sa forme... finalement la plus... vidente ?

M. D. : En fait, c’tait un ct esthtique que je voulais montrer, savoir qu’il y a en fait deux toiles dans une toile. Y’a en particulier, bon, la peinture en elle-mme, mais y’a aussi ce ct.... ouais, ce ct liquide, en fait, qui tombe... devant. Une sorte de vernis qui est pas mis en plat, qui a une sorte de... enfin qui dgouline, qui... oui, ouais, en gros c’est a, quoi, qui dgouline et qui...

G. G. : ...qui brouille un peu les pistes, peut-tre ?

M. D. : Voil. Tout fait, ouais.

G. G. : Il faut dire que dans ta dmarche d’abstraction, tu as une technique de travail assez prcise, o tu pars d’une ide figurative...

M. D. : Tout fait.

G. G. : ...et puis aprs tu ralises des tudes, avant de peindre. Pour ce grand format, tu m’as dit qu’il s’agissait d’un Minotaure, alors qu’ part toi... je me demande qui pourrait le voir.

M. D. : Ben disons que c’tait une priode o j’tais... je faisais en fait normment d’tudes sur la mythologie, donc y’a eu d’exposs Posedon et le Minotaure. savoir que, oui, y’a eu une tude pralable de faite, environ... enfin... En fait c’tait plusieurs petits dessins, plusieurs petits schmas qui en fait revenaient exactement au Minotaure. Donc, en gros, ceux qui viendront voir verront le Minotaure, en fait, en haut l’axe... exactement. Parce que c’est ce qu’il faut... voir en primordial. Donc c’est vrai qu’y’a des tudes de faites, y’a environ un mois de travail derrire une toile, et en l’occurence la toile se fait assez rapidement, en l’espace d’une journe ou deux, quoi.

G. G. : Combien d’tudes tu fais, avec quels instruments ?

M. D. : En fait c’est pas des tudes en peinture ou en dessin. C’est ni plus ni moins... je m’promne avec un stylo et un calepin, et ds que j’ai une ide, j’le note sur mon calepin, et... Donc a peut venir au travail, comme a peut venir partout, en fait. J’travaille en fait normment sur le... sur le ct figuratif au dbut. Et puis aprs, voil, je mets en oeuvre quelque chose d’abstrait.

G. G. : Via l’crit, en quelque sorte.

M. D. : Via l’crit. C’est ma technique, en fait, quoi.

G. G. : Tu es autodidacte ou pas compltement ?

M. D. : Pas compltement, j’ai fais des tudes comme j’ai dit t’t’ l’heure, d’histoire de l’art, de dessin d’art... J’ai aussi fait du stylisme, j’ai aussi fait du design, un peu de design. Donc, j’suis pas compltement autodidacte, dans la peinture en tout cas. En fait j’ai des... En plus c’est vrai que je ctoie normment d’artistes, mon amie est galeriste aussi Montpellier, donc... et c’est vrai que a fait aussi grandir...

G. G. : a fait aussi partie du cursus.

M. D. : Bien sr. Tout fait, quoi.

G. G. : Il faut savoir que tu es un peintre qui ne vit pas exclusivement de son art, mme s’il t’arrives de vendre des toiles - et on te souhaite d’en vendre plus -, tu es charpentier. Est-ce que tu trouves das cette profession des lments qui nourrissent ta peinture ?

M. D. : C’est structural en fait, quoi. C’est... ouais, enfin. Une toile, petit petit, a se construit, c’est comme une charpente, en fait.

G. G. : t’entendre, on peut se dire qu’une charpente prend plus de temps se faire qu’une toile.

M. D. : (rire) Ouais ouais, un petit peu, quand mme ! Et c’est peut-tre moins fatigant !

G. G. : Y’a des choses assez diffrentes dans ce que l’on peut voir ici. Est-ce que tu as dj d’autres directions de travail ?

M. D. : Disons que... C’est vrai que quand j’ai commenc mon travail abstrait, j’ai commenc par les ttes, parce que c’tait Basquiat. Donc, hommage Basquiat, normment de ttes, normment de tout a, quoi. Donc, y’a eu normment de ttes. Maintenant je me dirige plutt dans quelque chose qui est bien plus abstrait, quoi. Donc, y’aura plus du tout de base figurative, et je me mettrai directement peindre, en sachant bien qu’il y aura des tudes avant, mais... y’aura pas d’tudes dessines, rien, quoi. Y’aura simplement une toile blanche, et puis des couleurs... et puis je me mettrai directement peindre.

G. G. : Quand tu parles avec les gens qui viennent voir tes expositions, es-tu curieux de savoir ce qu’eux y ont vu, et est-ce qu’ils sont d’accord pour te le dire ?

M. D. : Ben, disons qu’ils sont ok, et ce qui est assez marrant, c’est qu’ils voient pas du tout la mme chose que moi. Enfin, marrant, non, c’est bien pour eux, parce qu’ils se l’approprient... Et en fait, un toile, quand on l’expose, c’est pour eux, quoi. C’est pour les gens qui viennent la voir. Moi je trouve a bien qu’ils se l’approprient. En fait, une toile ne me correspond plus quand... quand elle est plus chez moi, quoi.

G. G. : As tu une autre expo en cours ou venir ?

M. D. : J’ai... des petites touches, mais... on en reparlera plus srieusement prochainement.

G. G. : Trs bien. Mathieu, merci, et bonne continuation.

M. D. : Merci. Au revoir.


 
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