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- Marie-Christine Brambilla
une exposition à voir jusqu’au 20 mars 2005
mardi 8 mars 2005, par
Les auditeurs connaissent sa voix, pour avoir dit des poèmes dans A contre silence la saison dernière. Cette voix se prolonge aussi dans le geste et la peinture ; des huiles inconscientes... pas tant que ça, peut-être. Interview et images.
Gilles Gouget : Marie-Christine Brambilla bonjour.
Marie-Christine Brambilla : Bonjour.
G. G. : Une exposition que l’on pourra voir jusqu’ la mi...
M.-C. B. : Tu l’cris comment ?
G. G. : Avec une apostrophe, disons. Des toiles que l’on pourrait qualifier d’abstraites, mais avant d’en parler, on te connais sur Divergence FM en tant que comdienne, lectrice aussi, mais on te connat peut-tre moins en tant qu’artiste peintre. D’o vient et quand remonte cette autre passion ?
M.-C. B. : la nuit des temps, certainement.
G. G. : Tu n’es pas si vieille que a.
M.-C. B. : Qui sait, je suis peut-tre une vieille me. Non, mais artiste peintre, je sais pas en fait. Ce qui est important pour moi, c’est de m’exprimer par une gestuelle, de la couleur, et d’aller sonder un petit peu ce qui se passe l’intrieur de moi-mme. Donc l, je pense qu’encore une fois, je suis un peu l’instrument, et que ce n’est pas tout fait moi qui suis responsable des oeuvres comises.
G. G. : Une peinture de l’inconscient ?
M.-C. B. : Oui. Disons qu’il n’y a aucune volont de ma part - ni d’exposer d’ailleurs -, a ne se passe pas du tout comme a, c’est un besoin imprieux d’avoir exprimer des choses, qui ne sont pas sans souffrance d’ailleurs. Voil, des zones inexplores qui me travaillent, qui font partie, certainement, d’un dracinement profond, et que j’essaie de reconstruire par fragments de couleurs, de gestes, au moment o j’ai envie de le faire.
G. G. : Il y a combien de temps que ce geste est entr dans ta vie ?
M.-C. B. : Ben a fait trs trs longtemps, j’ai l’impression... Peut-tre mme avant que je naisse. J’ai l’impression que a vient de trs loin. Tu sais, a parat, pour le coup... mes propos paraissent un petit peu abstraits, et pourtant c’est la vrit vraie. J’ai vraiment l’impression d’avoir un univers l’intrieur de... de mon mental, et des choses exprimer. Peut-tre maladrotement d’ailleurs, je ne suis pas l forcment pour faire du beau, quelque chose qui se tienne bien. C’est une petit peu comme un enfant, tu mets au monde certaines choses, et c’est pas la perfection, donc c’est pour a que je n’ai pas de prtention, ni d’tre artiste peintre, ni d’exposer. a c’est fait comme a, avec des rencontres, des vies. J’aime ce que je fais, mais a s’arrte l.
G. G. : Donc, depuis l’enfance, tu dessines, tu fais des croquis, tu peins ?
M.-C. B. : Voil. J’ai commenc par du dessin assez figuratif, et puis petit petit, j’ai eu envie de traduire ce que je ressentais du monde invisible, ou peut-tre mme du monde visible. C’est dire comment moi je percevais le monde dans lequel je vivais. Donc c’est pour a que c’est... Comment dire ? Oui, c’est presque automatique, en fait.
G. G. : On peut voir huit toiles, en ce moment l’espace Expression Libre de Divergence, dans le hall d’entre des nos immenses studios ! Ce qui saute tout de suite aux yeux, c’est qu’il y a deux tonalits diffrentes. Des choses avec des couleurs trs fortes, trs violentes, quelque part, et puis d’autres qui sont dans les tons pastels. Est-ce que c’est des choses qui correspondent des poques, ou non ?
M.-C. B. : Les toiles qui sont exposes ne sont pas toutes de la mme poque. J’ai eu envie - c’est un drle de pari d’ailleurs - de ressortir un peu des toiles qui n’taient pas forcment de cette anne, pour voir comment elles pourraient tre perues aujourd’hui. Donc il y a des toiles qui ont un an, et moi, j’ai fait un chemin, depuis, qui est certainement diffrent et pour lequel je suis en train de retravailler, justement. Donc j’avais envie, comme a, de montrer ce que j’ai pu tre une certaine priode de ma vie, pour moi-mme et pour les autres. Donc c’est toujours un petit peu risqu, parce que en gnral on montre ce que l’on vient de faire. Et moi, je montres l ce que j’ai dj fait. C’est un petit peu une signature du pass.
G. G. : Pour rpondre la question, les choses un petit peu pastel, elles ont t faites au mme moment ? Celles qui ont des teintes beaucoup plus crues un autre ?
M.-C. B. : C’est drle, je perois pas cette diffrence, mais c’est un va et vient. Y’a toujours le orange qui revient. Le bleu et le orange c’est un peu mon yin et mon yang. Bon, je suis incapable de t’expliquer pourquoi, mais ce que je sais, c’est que toutes ces couleurs proviennent d’un travail fait maison. Donc c’est pas de la peinture en tubes, c’est des couleurs que je tente de dfinir, mesure. Et c’est drle, a revient toujours, effectivement, le bleu et le orange. Je sais pas pourquoi, je... En tous les cas, j’ai l’impression que, autant dans la vie de tous les jours j’ai une perception un peu en noir et blanc de l’existence, autant par le travail de la matire, la gestuelle, je vois beaucoup de couleurs. C’est peut-tre le paradoxe avec l’criture, avec les mots, avec la posie. C’est comme si l’criture tait lie des clichs en noir et blanc, et que je puisse y chapper pour transcrire le sens des mots, parce que je pense qu’il y a une part de posie dans ce que je fais, sans aucune prtention, mais... Oui, y’a une part potique, et qui se traduit en couleur, cette fois. Ce n’est plus le signe du mot en tant que tel, mais peut-tre tous les sens inavous qui sont dedans, et qui se traduisent en couleurs, pour moi en tous les cas.
G. G. : Y’a une personne qui est passe voir l’exposition, qui peint elle-mme, et qui nous a demand si c’taient des huiles, et dans ce cas qui a dit mais pourquoi les mettre sous verre ? .
M.-C. B. : Oui.
G. G. : Normalement on ne met pas des huiles sous verre ?
M.-C. B. : Non, mais voil : normalement, moi je sais pas trop ce que ca veut dire. Oui, c’est une faon quand mme trs intime de montrer ce que je ressens, et je crois que j’ai besoin d’une protection, donc d’un verre, mais qui n’est pas un miroir, hein ? Mais voil, un verre entre moi et les autres, pour protger effectivement ce que j’ai fait. C’est compltement psychanalytique, c’t’histoire.
G. G. : Oui, on parlait tout l’heure de peinture de l’inconscient. La plupart de ces toiles sont effectivement trs abstraites, mais il y en a deux o l’on trouve nanmoins une petite maison, une toute petite maison au milieu des couleurs.
M.-C. B. : Je pense qu’elles rsument peut-tre ce que j’ai toujours recherch, c’est dire un ancrage, des racines qui me manquent normment. Donc c’est vrai que la symbolique, c’est en gnral quatre murs, un tot, avec une petite chemine... Tu vois, ce qu’on appelle un foyer, un tre. Donc oui, c’est peut-tre la seule partie figurative, et tout le reste, autour, c’est trs fragment. Dans tout ce que je fais, c’est compltement explos, c’est des bouts de quelque chose, des fragments... ce que je suis. Et j’essaie de construire avec a, et voil. C’est peut-tre un restant d’enfance, aussi.
G. G. : Est-ce que a veut dire qu’aprs la ralisation d’une toile, quand tu regardes avec une autre distance, tu y vois des choses que tu ne pensais pas y voir pendant que tu le faisais ?
M.-C. B. : Absolument. Je ne sais pas du tout ce que je fais quand je peins. Je suis... je dois tre vraiment, en mme temps trs moi-mme, et forcment l’extrieur de la reprsentation que j’ai en tant que comdienne, dj, puisque c’est quand mme... tre comdienne, c’est aller vers les autres, changer, partager quelque chose. L, c’est compltement intrieur. C’est grave, hein, de peindre. Enfin pour moi, c’est pas du tout anodin. C’est... je crois que tout ce que j’ai fait depuis trente ans, que je peins, que je m’exprime, c’est chaque fois une mise en danger norme. Donc c’est pour a que j’avais besoin de revoir ce que j’avais fait, et puis que les gens voient aussi ce que j’tais avant. Je pense que si je refais une exposition, ce sera dans quelques temps, et ce sera compltement diffrent. Parce que j’ai boug, parce que la vie continue.
G. G. : En tous cas, pour ce que l’on peut voir en ce moment, a suscite des ractions vraiment opposes.
M.-C. B. : Tant mieux.
G. G. : Y’a des gens qui en trouvent certaines trs bien, et d’autres qui a plat pas du tout, ou qui en prfres d’autres. Est-ce que c’est en gnral le cas - car tu as aussi expos rcemment au Dme -, mme si tu ne cours pas aprs les expositions, est-ce que c’est souvent comme a, y’a t il toujours des retours un peu antagonistes ?
M.-C. B. : Oui, je pense. Mais c’est un petit peu comme avec un tre humain, je crois qu’il y a des personnalits qu’on pouse totalement, et d’autres qu’on rejette. Va savoir le pourquoi et le comment des choses. Ce qui est important c’est que a ne suscite pas d’indiffrence. Parce que je pense que le pire, ce serait a. Peut-tre que le rle d’un artiste , c’est de provoquer des ractions, de toutes faons. Heureusement qu’il y a des gens qui aiment ce que je fais, et qu’il y en a d’autres qui n’aiment pas. a me parat trs sain. Je ne suis pas du tout choque ni blesse de cela. Je serais plus blesse par....
G. G. : L’indiffrence.
M.-C. B. : Le silence, oui.
G. G. : On va profiter de ta prsence pour parler aussi du printemps des potes, dans le cadre duquel tu donneras une lecture vendredi 11 mars.
M.-C. B. : Voil, une lecture la Salle St Ravy, ce vendredi 21h, en compagnie du pote, Stphen Bertrand, qui est quelqu’un qui a beaucoup de talent, et qui est jeune. C’est bien, un pote jeune, vivant, bien prsent. Et c’est une sorte de carnet de route presque anthropologique travers le Brsil, tout ce qu’il a vcu en traversant le Brsil. L aussi, c’est un univers qui peut paratre abstrait, et qui ne l’est pas. Plus je travailles sur ces textes plus je me rends compte que chaque mots est empreint d’une motion, d’un vcu. C’est vraiment trs beau, faut se laisser porter, faut pas toujours chercher comprendre. On vit dans une socit o l’on veut tout comprendre, tout cadrer, tout matriser ; a va pas, a. Je veux dire, c’est... faut se laisser porter. Que les gens qui viennent le fassent comme s’ils partaient en voyage, et se laissent bercer par la musicalit de ses mots. L’originalit aussi, parce que c’est tout un vocabulaire emprunt l’Amrique latine, qu’il y a des choses qu’ils ne comprendront pas. Mais s’ils achtent le livre, aprs, y’a un petit lexique, quand mme, la fin. Donc voil, je vais essayer de porter cette parole, qui vraiment me sduit totalement, c’est magnifique...
G. G. : C’est une criture versifie ?
M.-C. B. : Pas du tout. C’est de la prose potique. Je dirais que c’est quelqu’un qui va l’essentiel, avec peu de phrases, peu de mots, qui atteint tout de suite, par la musicalit... qui atteint l’me. Et aprs, c’est une belle construction. C’est difficile d’avoir traduire a... Mais c’est beau. Le rendez-vous avec la beaut a ne se manque pas, c’est un bien prcieux, c’est rare. Lui, c’est un vrai pote.
G. G. : Un pote qui est de la rgion ?
M.-C. B. : Oui. Il est d’ici. C’est quelqu’un qui a enseign le franais, et qui a un regard... comment dire ? Qui n’est pas du tout hors la socit, il a un regard trs aigu sur le monde et la socit d’aujourd’hui, et c’est vraiment quelqu’un de bien, qui se pose les bonnes questions. Il est pas la recherche d’un carririsme, d’une notorit. Il crit parce qu’il ne peut pas faire autrement pour vivre. C’est l la diffrence avec les gens qui crivent pour en vivre et ceux qui crivent pour vivre.
G. G. : C’est un voyage qui remonte peu ?
M.-C. B. : Oui, a fait pas tellement longtemps, l’anne dernire... Donc c’est encore tout frais, et a s’appelle Ce petit hameau du Mato Grosso. Mato grosso, a veut dire grande fort. Donc c’est pas un hasard qu’on se soit rencontrs, quasiment en mme temps que j’ai dcid de r-exposer mon travail. Et je pense aussi que lui est la recherche de racines. J’sais pas, y’a une correspondance avec... ma vie en tous les cas, c’est comme si je le connaissais depuis longtemps. Et le fait d’avoir r-expos les toiles, a a permis qu’on se rencontre, en fait.
G. G. : Une belle rencontre donc, dont on pourra voir les fruits ce vendredi 11 mars 21h00, dans le cadre du printemps des potes. Quels projets as tu pour ce qui concerne le thtre ?
M.-C. B. : On va refaire cette lecture pour la Comdie du livre, puisque c’est l’anne du Brsil. Et puis aprs, j’attends une belle rponse, puisque j’ai un projet sur l’oeuvre politique, sociale et potique de Louise Michel. Donc, je suis dans ce travail l, qui aura lieu, d’une faon ou d’une autre.
G. G. : Dans le courant de l’anne.
M.-C. B. : Voil. Et puis aussi, le 23 mars 20h30, le travail des gens qui partagent avec moi ce qui se fait dans les ateliers thtre, au Thtre Pierre Tabard. Eux vont prsenter leur travail... entre autre En attendant Godeau, de Samuel Beckett...
G. G. : Marie-Christine on te remercie.
M.-C. B. : Non, c’est moi qui vous remercie vraiment. Et j’espre reprendre un jour les missions potiques, c’tait vraiment formidable. Mais il faut conserver son statut. Il ne faut pas oublier qu’on est toujours en grand danger, nous les intermittents.
G. G. : Que la lutte continue.
M.-C. B. : Que la lutte continue.






