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des musiciens inventent le roman-photo musical
, par
Depuis sa création il y a vingt ans, le groupe La Grande Bleue joue des musiques de la Méditerranée, ou plutôt des musiques imaginaires de la Méditerranée, comme elles étaient ainsi présentées sur le premier disque en 1986. Une formation où plusieurs artistes ont déjà prêté leurs sensibilités, des phénomènes comme Vincent Molinat (co-fondateur du groupe Radio Tarifa), Pascale Labbé et Jean Morières (Duo Ping-Pong, entre autres), ou Christian Zagaria. Après les récents Cd "Horo" et "Marco Polo et le Trésor de Kubilaï Khan", La Grande Bleue présente le dernier né "Tutto va bene !" chez Buda Musique, d’après le spectacle du même nom créé au Théâtre d’O à Montpellier. Véritable roman-photo-musical (!), Jean-Baptiste Lombard et Yves Masson nous expliquent l’aventure qui les a conduit a imaginer ce nouveau concept musical.
Pascal Jaussaud : Jean-Baptiste et Yves, vous tes les "anciens" de La Grande Bleue, un groupe qui, malgr le changement de musiciens depuis ses origines, possde un son reconnaissable et identifiable...
Jean-Baptiste Lombard : Il y a certainement une "couleur" sonore que l’on aime, mais cela s’explique aussi par les diffrents instruments que l’on utilise et qui ont une sonorit particulire. Le choix des thmes et des arrangements n’est pas tranger cette impression, non plus.
Yves Masson : Si l’on coute le premier disque - un disque culte en croire certains fans ! -, on s’aperoit que l’on avait dj utilis une base instrumentale qui est toujours la ntre, savoir derbouka, basse, sax soprano et un instrument cordes frottes. Aprs, on rajoute une clarinette ou un bouzouki, mais il y a toujours ce son de dpart. Avec en plus un amour relativement immodr que l’on a, Jean-Baptiste et moi, pour la rverb’ !
P. J. : Mise part cette base musicale, certains instruments comme les angklungs ou la kamaycha paraissent insparables de l’instrumentarium de La Grande Bleue...
J.-B. L. : Pour les angklungs, c’est un peu particulier. C’est vrai que ce n’est pas vraiment mditerranen, puisque l’instrument est originaire d’Indonsie. Je travaille beaucoup avec Robert Hebrard (Ndlr : crateur du village musical de Boisseron), qui est le constructeur des modles que nous utilisons. Et, pour le spectacle, nous "dtournons", avec des angklungs de sa conception, la "Valse de Chostakovitch" que l’on arrive mme "dtruire" compltement en une espce de rafales de sons ! En fait, nous laborons une sorte d’arpge l’aide de ces instruments qui ne sont pas du tout fait pour cela. C’est une sorte de clin d’oeil, de gag, comme l’on aime bien en glisser dans nos spectacles, pour faire comprendre que l’on ne se prend pas trop au srieux, que l’on ne prtend pas faire de la musique italienne, arabe, indonsienne ou des Balkans exactement comme les musiciens traditionnels. Quant la kamaycha, il s’agit d’un instrument cordes frottes d’origine indienne que j’ai construit moi-mme il y a trente ans et dont je ne peux plus me sparer.
P. J. : Le dernier spectacle de La Grande Bleue, "Tutto va bene !", est illustr par une projection de diapositives. tonnant !
Y. M. : Cela faisait longtemps que nous voulions orienter notre concert vers les "latins", et pas seulement sur le plan musical, mais au niveau de l’ambiance, de l’esprit. Et, en se tournant vers l’Italie, on pense tout de suite aux roman-photos ! C’est pour cela que Jean-Baptiste a imagin un spectacle construit comme un roman-photo, avec la projection de diapositives. Il s’agit de clichs extraits de films italiens des annes cinquante, des films que l’on aime beaucoup, et qui sont comments par des textes humoristiques. Cela nous semblait important de donner un spectacle autant visuel que musical.
P. J. : Comment s’est impos cette ide de coller des images sur la musique ?
J.-B. L. : C’est en talant devant moi les photos noir & blanc des films que j’avais repr que l’ide du roman-photo est apparu. J’ai alors tent d’tablir un ordre, une logique pour construire quelque chose, mais bien sr, le personnage central changeait sans cesse : c’tait par moment Mastroianni, puis Lawrence d’Arabie ou Nosferatu ! Je suis quand mme arriv construire plusieurs squences, qui, projetes ensuite en diapositives, ont t commentes en voix off par Dominique Ratona, et diffuses entre les morceaux. Le tout est trait dans le spectacle comme dans un roman-photo : courrier du coeur, fiche-beaut, conseil de sant et des histoires d’amour qui font rver, avec des mchants trs mchants et des gentils trs gentils !!! Tout cela relie les morceaux du concert. En dehors de l’aspect marrant et technique, cela nous vite aussi d’avoir prsenter les morceaux du spectacle. On a toujours t nuls pour cela, on ne possde pas le charisme d’un chanteur de varit ! Alors, au lieu d’annocer un morceau en cinq temps jou en Fa bmol mineur, ce dont tout le monde se fout, on donne un discours tout fait dcal, devenant nous-mmes les personnages qui dfilent sur l’cran !
P. J. : Toute une ambiance que l’on retrouve sur le disque aussi, avec un premier morceau qui pourrait tre du Nino Rota...
J.-B. L. : C’est un peu volontaire. Il s’agit du morceau "On the riviera" que j’ai compos, et c’est vrai qu’il a un ct Nino Rota, nostalgique et gai la fois, un peu comme dans "Amarcord" de Fellini.
Y. M. : Un thme qui s’vade un peu vers l’Europe de l’Est. On a du mal tre des grands fidles d’un style !
P. J. : D’ailleurs, malgr le titre de l’album, on peut dire que si vous dmarrez ce disque en Italie, vous virez trs vite vers des directions autres...
J.-B. L. : Avec La Grande Bleue, nous ne faisons jamais un spectacle ou un disque avec une seule dimension musicale. On a toujours voulu rassembler les musiques de la Mditerrane et travailler sur les croisements, sur les rencontres musicales. Ce n’tait donc pas le propos de crer un spectacle sur l’Italie. Simplement, l’ide que l’on avait, tait de partir sur le clich des machos mditerranens, qui sont une constante tout autour de la Mditerrane !...
Y. M. : Les "latins lovers" ! Par rapport au titre, "Tutto va bene !", nous pensions que cela ne manquait pas de sel d’intituler un spectacle "Tout va bien", en 1999... Il y a un ton un peu ironique, drisoire. Dans l’aspect mditerranen, c’est vrai qu’il y a le ct exhubrant et macho, mais il ne faut pas oublier une touche de mlancolie la fois trange et amusante, que l’on retrouve dans tous les films de Fellini. On pourrait penser que le morceau "Sirocco" est un thme oriental ; pour moi, cela voque "Le cheikh blanc", une espce de rverie romantico-orientaliste. En mme temps, le disque est effectivement moins "oriental" que le prcdent. Jean-Baptiste : Ici, la musique est sans doute plus raffine, plus dans le dtail, harmonise, alors que dans les musiques orientales il y a beaucoup d’unisson.
P. J. : Du point de vue compositions, comme votre habitude, le rpertoire est trs original...
J.-B. L. : Il y a une version en arabe de "Mon homme", une chanson de Paolo Conte interprte en catalan, nous avons arrang une composition de la pianiste Aziza Mustafa-Zadeh, repiqu un thme St-Saens, dtourn Chostakovitch, en plus des compositions du groupe et des chansons populaires. C’est pas mal !
P. J. : Vous chantez en napolitain, en sicilien, en espagnol et en arabe. Pourquoi pas en occitan ?
J.-B. L. : On n’a jamais trouv de morceau qui nous convienne, tout simplement. Pourtant, nous avons tous fait des musiques occitanes un moment ou un autre avec diffrents partenaires.
Y. M. : J’avais compos un morceau avec un pome en occitan sur le thme du vin, complt par une mise en scne dlirante. Mais en arrivant au Thtre d’O l’poque de la cration du spectacle, nous avions 2h30 de concert, et nous avons t oblig de faire des choix et couper pour laborer un programme plus court. Comme le morceau en question n’tait pas encore au point, nous ne l’avons pas retenu. Mais que les gens de l’Occitanie ne dsespre pas, il y aura de l’occitan un jour dans La Grande Bleue !
P. J. : En attendant, il y a cet enregistrement. C’est un disque que vous coutez chez vous ?
Y. M. : Ah oui, je l’coute trs souvent, en travaillant sur l’ordinnateur, par exemple. C’est un disque qui s’coute de plusieurs faon. En pointant l’oreille, on dcouvre une quantit de petits dtails, mais on peut le passer aussi en bricolant ou en faisant le mnage ! Il faut saluer le travail de prise de son de Philippe Gaillot et de son assistant Renaud Van Welden au Studio Recall, Pompignan.
P. J. : Vous ne manquez pas d’imagination ni d’ides, comment sera le prochain spectacle, le disque suivant ?
J.-B. L. : On a envie de revenir vers nos premires amours, vers la musique des Balkans. C’tait les dbuts de La Grande Bleue.
Y. M. : l’poque, rares taient les groupes qui jouaient ces musiques l. Il y avait les hongrois de Kolinda qui ont t pour nous, c’est vrai, une sorte de "provocateurs".
P. J. : Pour conclure, pour vous et pour La Grande Bleue, "Tutto va bene" ?
J.-B. L. : On joue nos concerts sur scne, nos spectacles pour enfants ( voir absolument : le dernier spectacle "Saxytrompe, Balamouche et Cordozar" - Ndlr) tournent notamment dans le cadre des Jeunesses Musicales de France, les disques plaisent et les conditions de travail s’amliorent. Oui, tutto va bene !
Y. M. : Tutto va... de mieux en mieux, plus exactement !
discussion mene par Pascal Jaussaud
La Grande Bleue :
Jean-Baptiste Lombard : percussions, mandoline, kamaycha, chant ;
Yves Masson : luth, guitare, basse acoustique, cistre, chant ;
Louis Soret : cornet piston, ney, fltes, chant ;
Nathalie Connac : saxophone soprano ;
Jean Mach : clarinette, clarinette basse
Roberto Tricarri : piano, accordon
P.-S.
voir en ligne :
Buda musique










