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Jean-Paul Vianes


jeudi 4 décembre 2003, par Gilles Gouget

On entend souvent dire que l’art est une thérapie pour l’artiste. Jean-Paul Vianes ne contredirait pas ce lieu commun, comme il le répète "pour ce qui le concerne" : Il n’y a pas de création sans souffrance. Christophe Roux et Jean Gelbseiden s’entretiennent avec lui de cette exposition automnale à l’Espace expression libre de Divergence.

C. R. : Bienvenue Divergence. Jean Glebseiden me fait l’amiti de m’accompagner pour cet entretien, puisqu’il est un peu... un des spcialistes maison. Pour parler de ton travail, c’est un travail intressant, de parti pris de travailler les matires comme des explosions de couleur.

J.-P. V. : Oui. J’aime... Enfin, c’est plus que j’aime , il me faut travailler dans la matire, et dans la couleur, c’est... c’est pratiquement vital pour ce qui est de ma peinture.

C. R. : Tu as toujours travaill la matire en paisseur, avec des matriaux diffrents ?...

J.-P. V. : Non, pas toujours, c’est venu progressivement. En fait j’ai toujours dessin depuis que j’ai pu me souvenir...

C. R. : T’es tomb dedans quand tu tais petit...

J.-P. V. : Je suis tomb d’dans quand j’tais petit... je suis n avec un crayon et un pinceau la main, ma mre a du souffrir l’accouchement, mais bon... (rire)

C. R. : C’tait proportionnel la taille du bb, donc...

J.-P. V. : Peut-tre, oui (rire). Et... non, c’est venu progressivement et, a, ce qui est expos Divergence, c’est une partie de mes dernires crations. Auparavant je faisais des paysages, mais c’tait toujours avec de l’acrylique et du couteau, donc toujours dans la matire, et puis un jour j’ai pt les plombs et j’ai fait... ce qui est l.

C. R. : Je rappelle que l’entre l’espace Expression libre de Divergence est libre, vous rentrez, vous nous dites si vous aimez, ou si vous n’aimez pas, l dbat reste ouvert. Jean, un petit mot ?

J. G. : Oui, bien sr un petit mot parce que... d’abord tu me le demandes (rires), et puis deuximement parce que je connais Jean-Paul depuis un peu plus d’un an maintenant, j’ai eu l’occasion de faire une chronique sur son travail au mois de fvrier, et j’avais trouv que son travail tait intressant plusieurs titres. D’une part effectivement parce que c’est un travail sur la matire et la couleur, comme tu l’as dit, mais surtout parce que cette matire et cette couleur s’organisent... partir d’un mot que tu as utilis : des explosions. Comme si... il avait envie de peindre un monde en cours de cration, comme si l’aspect nbuleux, l’aspect cosmique, l’aspect granuleux de la cration de l’univers l’intressait beaucoup. (...) Alors souvent quand on est dans un travail de cration un peu spontan comme a, on risque de tomber dans le pige de ce que j’appelle, moi, la peinture-vomit, or c’est pas du tout le cas, Jean-Paul est trs propre (rires).

C. R. : Est-ce que tu confirmes ?

J.-P. V. : Oui, je confirme ! Je suis propre sur moi, oui (rires).

J. G. : Et deuximement, a donne des oeuvres originales, trs colores, trs chaudes surtout. Il se passe quelque chose dans la vision de sa peinture... Pas dans toutes ses toiles, je le lui ai fait remarquer rcemment...

J.-P. V. : J’en suis tout fait d’accord.

J. G. : Je crois qu’il a besoin de peindre, donc de peinture, de pinceaux de toiles, de tubes... bon entendeur, salut !

J.-P. V. : Malheureusement pas beaucoup d’argent pour en acheter.

J. G. : L’entre est libre. En revanche vous ne pouvez pas ressortir sans avoir achet un tableau !

J.-P. V. : Mais le terme d’explosion est certainement appropri, parce que c’est un travail qui correspond des souvenirs, des douleurs, des preuves, donc dans ce que je fais y’a une espce de rvolte par rapport ces douleurs, et donc a explose effectivement, quelque part.

C. R. : C’est une catharsis, une explosion, un moyen de... de se lcher ?

J.-P. V. : Un moyen de se lcher, oui, d’exprimer quelque chose d’intrieur qui... rejaillisse sur la toile.

C. R. : On peut arriver ye... percer jour en regardant tes toiles ?

J.-P. V. : a, je sais pas...

C. R. : Tu te livres beaucoup.

J.-P. V. : Je me livre beaucoup, oui. Bon, le spectateur reoit pas forcment toujours ce que j’ai voulu livrer.

C. R. : C’est a qui est intressant, finalement. C’est un peu un travail de recherche.

J.-P. V. : Oui, absolument. Et puis... je trouves que ce qui est bien, c’est que chacun y voit ce qu’il peut y voir en fonction de ses propres souffrances ou motions.

J. G. : J’utilisais l’autre jour une phrase ce sujet en disant que l’art abstrait, c’est un autoportrait sans portrait. Et je crois que c’est tout fait ce qu’est en train de dire Jean-Paul.

C. R. : Je voudrais savoir. Est-ce que tu crois que tu peux crer si tu ne souffres pas, ou si tu ne te rappelles pas ces souffrances ? Pour toi, c’est obligatoire ou pas ?

J.-P. V. : Pour moi, pour ce qui me concerne, c’est obligatoire. Sans souffrance, pour ce qui me concerne, toujours, y’a pas ou peu de cration.

J. G. : Ben, on lui souhaite de souffrir encore trs longtemps ! (rires)

J.-P. V. : Faites-moi souffrir (rire).

C. R. : Oh, l’actualit est l pour a.

J.-P. V. : Oui, c’est clair.

C. R. : Tu cres par rapport ta souffrance personnelle, ou est-ce que a se raccroche des thmes plus universaux ?

J.-P. V. : Essentiellement par rapport des souffrances personnelles. Mais il y a ici deux toiles qui m’ont t inspires pa un sujet d’actualit : le naufrage du Prestige.

C. R. : C’est un peu difficile de parler de peinture la radio, mais on peu trs trs bien l’faire. D’abord ce sont des grands formats.

J.-P. V. : Oui, des grands formats, la majorit, oui.

C. R. : Et beaucoup de matire. Plus on descend vers le bas, plus c’est noir, avec ces deux taches, ces deux empreintes de main sanguinolentes.

J.-P. V. : Oui. a c’est... l’expression de ma propre souffrance par rapport l’vnement, qui tait donc le Prestige. Et la deuxime toile qui est la plus petite, est carrment noire avec un lger... une lgre tache bleue.

C. R. : C’est marrant parce que ce bleu fait penser au bleu de Klein, et le noir, le travail fait penser ces raclures qu’on connat bien et ce travail de la matire de Soulages, avec ce morceau en plus, de filet ou de matire... j’dis des conneries, ou ?...

J.-P. V. : Non pas du tout. Pour moi, ni Klein ni Soulages ne sont des matres penser. J’ai chez moi des travaux de deux peintres, espagnol et catalan, l’un s’appelle Mires et l’autre qui s’appelle Clavet, l aussi ce sont des peintres que j’aime beaucoup, par la souffrance qu’ils expriment, et par la technique. Ils utilisent beaucoup de matire.

C. R. : Tu avais amen une premire srie de tableaux ici Divergence, et puis...

J.-P. V. : Malheureusement !

C. R. : Non, non non. C’est plutt intressant, j’trouve. C’est bien qu’au cours d’une exposition se cre un dbat... Et puis Jean m’a dit ouah, mais c’est peut-tre pas les plus intressantes, il faut qu’il nous montre un peu plus l’tendue de sa palette ... Et du coup tu nous en a amen d’autres.

J.-P. V. : C’tait pas fig, c’tait pas dfinitif... a volue. Et puis l, je m’tais laiss embarquer par la dimension des toiles par rapport la dimension du hall. Donc, bon, j’avais imagin que des toiles plus petites auraient t mieux. En fait, bon, je m’tais tromp. Je me suis plant, et j’ai fait marche arrire.

C. R. : En tout cas j’trouve que c’est quand mme plus cohrent, c’qu’on voit. Jean ?

J. G. : Oui, c’est plus cohrent pour deux raisons : La premire, c’est que je pense que a rentre dans la ligne d’un travail qui tait en cours d’excution, donc porteur d’une dynamique de cration. Et puis deuximement, c’est aussi un problme de moyen, il faut le dire. Les peintres aujourd’hui ont normment de difficult peindre. Ils n’en vivent pas, malheureusement, et j’crois que... le coup de main qu’on donne aux peintres aussi bien par les chroniques que par l’accueil que l’on fait Divergence de leurs travaux est destin a, les faire connatre, et destin aussi faire vendre leur travail. On ne supposerait pas qu’un expert comptable fasse des bilans sans tre pay. Alors bien sr, on dit que le bilan d’un expert comptable est infiniment plus important qu’une toile ; j’en suis pas certain : lorsque le bilan est fait, on l’met dans un tiroir et on y touche plus, la toile on l’a au mur et on la garde des annes. a vaudrait peut-tre la peine de se dire que a vaut au moins quelque chose. Donc, on a rien cacher Divergence : Jean-Paul est dans une difficult importante par rapport sa possibilit de peindre, si on doit aider quelqu’un, c’est lui qu’on doit aider.

J.-P. V. : ...merci. Oui effectivement les toiles qui taient exposes prcdemment... si on peut appeler a des toiles... a de la peinture... c’taient des toiles qui taient faites sans pratiquement de peinture. Uniquement avec des matriaux de rcupration, colls sur un support, parce que je n’ai aujourd’hui pas les moyens d’acheter de la peinture. C’est clair.

C. R. : Mais c’est un travail tout aussi intressant de cration, et...

J.-P. V. : Compltement.

C. R. : Le fait d’tre oblig de faire a, c’est une autre exigence, du coup. C’est un autre travail ?

J.-P. V. : Oui, c’est un travail diffrent, c’est un travail de cration aussi important pour moi que la peinture elle-mme, en fait. Alors, a plait, ou a plait pas... c’est plus... j’veux dire... a a plus de chance de pas plaire que la peinture elle-mme.

C. R. : Si tu avais les moyens de crer ce que tu veux, est-ce que tu continuerais utiliser de la rcupration, ou ?...

J.-P. V. : Je crois que je ferais un mlange des deux. Je continuerais utiliser des matriaux de rcupration, mais auxquels j’ajouterais vraiment de la peinture. a me permettrait de m’exprimer beaucoup plus.

C. R. : En tout cas, l’Espace expression libre de Divergence a t cr pour les plasticiens et a continuera.

J. G. : Juste un dernier p’tit mot. Aujourd’hui, on se retrouve avec des lieux d’exposition qui sont extraordinairement diversifis. Y’a des galeries, y’a des endroits... d’expo, et puis y’a les cafs, y’a mme des hangars, y’a mme des garages. Moi, j’veux bien, mais ds lors qu’on considre la peinture comme un lment de dcoration et non plus comme un lment d’expression essentielle, d’un lment artistique, et bien forcment on dvalorise le travail. Et je crois que la place de la peinture - alors tant pis ! Je l’assume ! -, la place de la peinture c’est dans des galeries, dans des endroits o on se dplace pour aller VOIR de la peinture, et non pas pour aller boire un coup et qu’en levant les yeux on se dise tiens ! C’est bien dcor, ici . C’est pas du tout la mme chose, j’crois qu’il fait tre clair l-dessus. C’est bien qu’il y ait des cafs qui exposent les oeuvres, mais c’est mieux quand c’est dans des galeries.

C. R. : Voil, c’est un parti pris...

J.-P. V. : Pour rebondir sur ce que dit Jean, j’aimerais qu’on me donne le nom d’une galerie qui expose des peintres pas connus !

C. R. : L’appel est lanc. Merci messieurs d’tre passs nous voir.

J.-P. V. : Merci.

P.-S.

On peut aussi voir des travaux de Jean-Paul Vianes en ce moment rue de l’Aiguillerie à Montpellier, chez Harmonia Mundi.


 
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