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Jacques Arlandis


dimanche 17 juin 2001, par Gilles Gouget, Jean-François Rigaudin

Et pourtant... et pourtant ces clichés un peu imaginaires nous renvoient des idées et des émotions bien tangibles, mise en scène de l’architecture, des fenêtres non innocentes par lesquelles on perçoit l’usage des sens de la couleur, des couleurs omniprésentes dans cette exposition du travail de Jacques Arlandis.

Jean-Franois Rigaudin : Ce sont des photos que vous avez ramenes de vos nombreux voyages, en Amrique Latine, en Europe ou en Asie... Mais d’abord pourquoi ce titre, "un certain Tuvalu" (on prononce ’Touvalou’) ?

Jacques Arlandis : Ce titre parce qu’en fait, on runit ici une trentaine de photos... il faudrait dire ’images’ plutt que photos, car on va oublier la photo pour parler des images. Ces images pourraient tre celles d’un voyage dans un pays... un pays, d’ailleurs, dans lequel je ne suis jamais all, c’est pour a que j’ai choisi le nom de Tuvalu, parce que ces images sont un petit peu celles d’un itinraire intrieur, une forme d’expression " partir" de photos que j’ai prises (...). Mais au fond, maintenant, j’oublie un peu les photos d’origine, et quand je regarde ces images la, je ne vois que ce qu’elles sont, et ce qu’elles me racontent.

J.-F. R. : Quand on les voit, on est surpris de l’assemblage de quelques lments, on va en parler, mais d’une manire gnrale, j’ai envie envie de dire qu’on trouve pas mal de posie, regarder ces clichs, ces instants, un ct estival qui va bien avec l’air du temps.

J. A. : Oui... peut-tre le fait de la couleur, puisque ce sont quand mme des images o la couleur a une importance relle, des images dans lesquelles la lumire a aussi une importance trs marque, et effectivement, dans la mesure o elles voquent des lieux inconnus pour toute personne qui regarde (presque pour moi aussi), a appelle le voyage. Des gens qui ont vu les photos m’ont dit "a donne envie d’aller Tuvalu", alors qu’aucune des photos n’a t prise Tuvalu, Valu est un petit archipel du pacifique, du ct de Samoa... dans lequel j’irai peut-tre un jour.

J.-F. R. : Parlons maintenant technique, sur ces 27 photos de voyage, ce sont plutt une vingtaine de montages, de juxtapositions d’images... expliquez nous un peu cette dmarche.

J. A. : l’origine, c’est une rencontre que j’ai faite avec un photographe assez rput qui s’apelle Milo Vanov. Je l’avais crois en Arles, et il disait qu’au fond il tait difficile de s’exprimer simplement en une seule photo. Donc lui, il proposait en particulier des tudiants, ou des lves, il proposait de travailler sur plusieurs images, d’essayer d’exprimer quelque chose travers plusieurs images. Et c’est partir de cette ide l que j’en suis venu purer un peu la dmarche et faire se rencontrer simplement deux photos, recrer partir de deux photos un univers particulier, avec un outil, la numrisation des diapos, mais avec quand mme le souci de ne pas se faire manger par la technique, qui ne sert rien si l’on a pas de propos. C’tait donc l’ide d’utiliser la technique ’a minima’ et de faire en sorte, justement, qu’elle m’aide faire apparatre une image, l o l’on part de deux. Par exemple, la premire qui est prsente, d’un ct c’est une photo que j’ai prise dans une ville coloniale au Mexique, de l’autre une photo que j’ai ramen d’Islande, et au total on est assez interpel et a fonctionne parce que du point de vue formel, couleur, a devait fonctionner, avec en plus ce quelque chose de compltement improbable.

J.-F. R. : Avec des univers tellement diffrents... C’est une bonne introduction, car cela cre un ct un peu magique, inquitant aussi.

J. A. : Cette premire photo est un peu emblmatique de ce travail. La partie gauche de la photo est paradoxale parce que c’est une rue d’une ville coloniale au Mexique, et la couleur ne correspond pas ce qu’on voit habituellement. C’tait un aprs midi d’orage, du coup cette rue et cette maison ont prit un peu malgr elles des couleurs un peu bleutes, violaces, et donc appelaient quelque chose qui tait son complment. Au dpart, comme titre cette photo, j’avais prit "au bout de la rue". Cette image, quand on connat le procd, on se rend bien compte qu’il y a deux images, mais si on ne le sait pas trop, je pense que a interpelle, et qu’on peut avoir un certain nombre de doutes, et cette ide de sortir de la rue pour dboucher sur un glacier, moi quand je l’ai construite, elle m’a beaucoup plu, mais j’imagine aussi que le trait d’union entre des pays et des univers diffrents, c’est sa propre personne. Moi, quand j’y suis all, j’ai t tmoin de ces deux instants, et donc je les ai runis, parce que a m’voque quelque chose. L’vocation n’est srement pas suffisante, je pense qu’il y a un travail formel ncessaire... Quand je parlais de travail minimaliste par rapport l’outil informatique, sur cette image la, de photo, y’a simplement... avoir remis un peu de tourbe sur le trottoir, de faire en sorte qu’on ai l’impression que ce trottoir de rue, de ruelle, rentre dans ce paysage un peu lunaire...

J.-F. R. : C’est dire que vous n’avez pas touch aux couleurs, elles n’ont pas t modifies.

J. A. : Non, il n’y a rien eu de touch, ce sont vraiment les clichs d’origine, part quelques petites retouches pour assurer la transition, pour que l’oeil ne s’arrte pas sur un dtail qui l’aurait choqu. Au fond, au bout du compte, on oublie les deux photos.

J.-F. R. : La technique informatique que vous avez utilise, ce n’est plus l’poque du ciseau ?

J. A. : C’est ce que j’ai fait au dbut. Je les avait tires sur papier, puis colles l’une aprs l’autre. C’tait inachev mais c’tait la technique du travail. Au dpart, quand j’ai trouv du plaisir faire ce genre de travail la, j’en ai fait quelques unes, et puis quand je me suis aperu que j’avais envie de continuer, c’tait dans les annes 97-98, au moment o je commenais m’quiper moi-mme en informatique, et donc assez rapidement j’ai scann les diapos, et je suis pass un travail... tel point qu’aujourd’hui le processus est particulier puisque j’ai numris un certain nombre de photos, et que mentalement, je fais dfiler, dans les hmisphres gauches la moiti, et dans les hmisphres droits la moiti, de faon ce qu’ un moment donn les deux hmisphres s’arrtent sur quelque chose qui soit possible. Au bout du compte, on arrive sur deux ou trois ans produire une trentaine d’images intressantes... sur un certain nombre de clichs... Sans faire de suralisme, les rencontres sont assez peu probables, parce que le stock est limit... les rencontres de ces deux photos.

J.-F. R. : Depuis que vous avez entrepris cette dmarche, est-ce que quand vous allez dans un pays... cela n’engendre pas une dformation qui vous pousserait aller dans des lieux o vous vous diriez "si je prenais cette photo avec ce que j’ai la maison a ferait un truc bien" ?

J. A. : J’essaye de ne pas aller dans cette direction l, de profiter du plaisir simple de la photo, de la rencontre, de l’instant, etc... Donc j’essaie de garder cette disponibilit normale que tout le monde peut avoir quand il voyage. Mais avec ce travail l, il m’est arriv de ne pas liminer des photos que je trouvais moyennes... En gnral, j’essaie de travailler sur mes meilleures photos, mais je me suis aperu ces derniers temps, qu’il m’arrivait de numriser certaines photos que je trouvais intressantes dans la perspective d’un montage, mais quand je voyage, non. C’est dj assez difficile de faire de bonnes photos... ou plutt des photos honntes car la bonne photo, c’est un autre monde...

J.-F. R. : Parmi vos images... il y a une srie de portes ouvertes sur... l on est vraiment dans votre imaginaire... par exemple, il y a ces deux clichs qu’on dirait pris Cuba ?...

J. A. : Ces deux photos sont prises au Mexique...

J.-F. R. : L, votre technique est assez simple, il s’agit de mettre dans l’encadrement d’une porte des scnes qui n’ont... rien voir avec le premier plan...

J. A. : Oui... Disons qu’il y avait une rgle du jeu, et que je fais quelques entorses la rgle du jeu. La rgle du jeu, c’tait la juxtaposition. Et la plupart des images en sont issues, et il s’agissait de gommer la frontire pour qu’on ne la voie pas, et qu’on ai l’impression d’avoir une seule image. J’ai fait quelques exceptions, parce que l’incrustation est plus facile faire, mais d’un autre ct en photo, le thme des fentres et des portes est un thme archi rabattu, archi classique, etc... et j’avais moi-mme travaill ce thme la... L, vous avez une photo qui a t prise... la porte a t prise Chypre, et l’arrire plan est dans les Cvennes. Donc j’avais ce stock la, et je pensais que je pouvais faire une exception et faire quelques incrustations, parce qu’en plus, parmi cette srie, il y en a une qui est une photo... je dirais... "sche", naturelle, non compose. Et quand je fais le test de demander laquelle des trois est non compose, les gens se trompent rgulirement. Ce n’tait pas un propos dlibr, c’est dire que dans cette expo, il y avait des photos qui avaient leur part de mystre sans qu’il soit besoin de les retravailler.

J.-F. R. : L, vous avez vraiment souhait mettre des titres, qui peuvent tre trs potiques, "la ruelle du baiser"...

J. A. : Oui... videmment, tout est cod, on a pas la cl, et quelque part cela m’amuse de coder. Ensuite, c’est que plus a va, plus j’ai envie de mettre un peu de texte avec la photo. L je me suis content de mettre juste un titre pour ce travail, qui faisait soit le contrepoint, soit qui prolongeait le mystre, ou qui potisait un peu l’endroit... au hasard des photos, avec l’ide que a pouvait reflter une ballade dans ce pays de Tuvalu.

J.-F. R. : Cette exposition, vous avez souhait... non pas la mettre dans des cadres stricts, mais plutt les mettre sur des transparents, sous forme de triptiques... pourquoi ?

J. A. : Parce que c’tait peut-tre une autre faon de crer des sous-univers dans l’univers. Le triptique est en lui-mme porteur d’une certaine lecture. La plupar du temps, sans avoir donner les cls, les photos s’organisent bien de cette faon la. Le suport est trs transparent... j’avais pas envie de trs grandes photos, et je voulais trouver une prsentation qui cadre avec cet univers... un peu ethr...

propos recueillis par Jean-Franois Rigaudin.


 
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