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- Interview avec Badi Assad
Araponga 34 - émission du jeudi 20 octobre - par Marta Marinho
jeudi 20 octobre 2005, par
Pour sa 34ème émission Araponga vous offre en exclusivité une interview avec la guitariste, chanteuse et compositrice brésilienne Badi Assad, suivie à la trace lors de son dernier concert à Montpellier, le 12 octobre, dans le cadre des Internationales de la guitare.
En compagnie de Badi Assad, qui a gentiment accept de rpondre quelques questions pour les auditeurs d’Araponga et pour le public montpellirain...
MM : Badi, il est difficile de dfinir ton travail d’artiste. Instrumentiste, chanteuse, compositrice, percussionniste ; musique brsilienne, guitare brsilienne. Comment tu prfres qu’on te prsente ?
BA : C’est un mystre pour moi aussi ; aujourd’hui encore je disais qu’il va falloir donner un nom ce que je fais. Je mlange beaucoup de choses mais tout ce que je fais a le mme poids et la mme mesure. Dire que je suis simplement une guitariste ce n’est pas vrai, seulement une chanteuse, non plus. Comme style ce n’est pas que de la musique brsilienne que je fais ; j’ai beaucoup d’influences. Ma manire de jouer la guitare est rudite mais j’ai transpos ce que j’ai appris vers un univers plus populaire ; donc je dirais que je fais une musique populaire plus sophistique avec des influences du jazz et de la world music aussi.
MM : Lorsqu’on coute tes albums (Solo, Chameleon, Verde et Ondas mini) et qu’on observe l’volution de ton travail on a l’impression que le passage d’instrumentiste chanteuse a t graduel...
BA : C’est vrai, c’tait graduel. Solo, mon premier disque, est moiti instrumental, l’autre moiti je chante. La voix est entre petit petit ; pas seulement avec le chant mais aussi comme exprimentalisme vocal. C’tait effectivement graduel. Ceux qui ont mes albums se rendent compte ; par contre quand on a le premier [Solo] et le dernier [Verde] on se dit qu’est que s’est pass ?
MM : Le changement a t radical...
BA : Entre Solo de 1995 et Verde de 2005, 10 ans sont passs, n’est ce pas ? Je ne reste pas tranquille par rapport ce que je fais, je suis toujours la recherche de choses diffrentes, pour ma propre sant...(rires)...
MM : Et le pas de l’rudit vers le populaire c’tait de la mme manire ?
BA : C’tait de la mme manire mais le changement de style a t plus rapide que la voix dans mon travail. Quand j’ai dcouvert trs tt que l’rudit c’tait une histoire, une trajectoire qui appartenait mes frres et pas moi, j’ai commenc introduire la musique populaire dans mon travail, jusqu’au moment o j’ai commenc composer aussi. Ce que je compose a aussi cette caractristique. Je ne compose presque pas de la musique instrumentale (une par ci une par l). A la base je compose des chansons...
MM : La divulgation de ton travail au Brsil est rcente... Comment se passe cette reconnaissance au Brsil ? Les medias et le public brsilien sont plus exigeants avec l’artiste qui atteint le succs d’abord l’tranger ?
BA : Pas le public...
MM : Un public plus intellectuel...
BA : L’intellectuel oui, les intellectuels ont tendance tre plus critiques, couter plus la musique avec la tte qu’avec le cur [rires], surtout la critique. J’ai eu la chance de ne pas tomber sur ces difficults l mais elles existent vraiment. Il est clair que ma musique n’est pas une musique trs populaire (varit). Et s’agissant du Brsil, o les medias sont compltement tourns vers une lecture simpliste, parfois mme trs vulgaire, je ne rentre pas dans ce profil l. Et d’une certaine manire, seulement quelques radios vont diffuser ma musique, seulement quelques missions de tlvision o je me prsente, et ce sont ces moyens l qui malheureusement te permettent d’aller plus vite. Comme mon chemin n’est pas celui l, c’est plutt travers les concerts. Les personnes assistent au concert, achtent le disque ; donc c’est plutt par le bouche oreille que par les medias. Ceci dit, je travaille de plus en plus au Brsil et cela cre un intrt de la part des medias alternatifs, et quand les autres medias voient faire l’alternatif ils s’intressent aussi [rires] ; et la charrue marche...
MM : Pour a, j’ai l’impression que So Paulo a plus d’espaces alternatifs que Rio....
BA : Oui, Sao Paulo est plus intressante que Rio, malgr que Rio soit la faade, la fentre culturelle du Brsil, surtout pour la musique. Peut tre parce que Globo (chane de tlvision) est l bas. Mais c’est une faade qui est fausse. Il n’y a pas de salles correctes pour faire un concert. Il y a de grandes salles (3000, 4000 places) mais pas de salle moyenne. On paie pour faire un concert dans un local correct Rio. On va faire par exemple un concert dans une bonne salle de capacit moyenne et il y a des rats qui passent sur tes pieds dans les coulisses. Rio n’a plus les structures mais continue avoir la rputation et a rend difficile le travail l bas. Mais, j’ai trouv par exemple un super espace et j’irais faire des concerts pendant le mois de janvier prochain ; c’est dans un centre culturel et ce sont ces espaces l qui commencent investir dans une autre qualit de musique.
MM : Des espaces alternatifs...
BA : Oui parce que les autres sont un peu contamins d’une certaine manire.
MM : Et la rpercussion de ton travail en France ? a fonctionne ?
BA : a marche. On va dans un “crescendo” ici. C’est un travail de petite fourmi comme partout. On fait le disque, on diffuse, on vient faire des concerts et une chose amne l’autre ; ton nom commence circuler et c’est comme a que a fonctionne. Ceci dit, j’ai eu une longue pause dans mon travail, entre mon dernier disque et celui-ci et je me sens comme si je recommenait. Le disque Verde m’a relanc pas seulement en France mais aussi en Europe, au Brsil et aux Etats-Unis...
MM : Et l’impression que tu as du public franais, il est ouvert ? exigeant ?
BA : Il est trs curieux le public franais... et ouvert aussi. Ils sont chaleureux sans tre exagrs, sans rajouter trop. Il est contenu, le public, au moins pendant mes concerts ; mais par exemple il est difficile de faire seulement un rappel ici...
MM : Toujours (rires)
BA : Il veut toujours plus, il veut participer plus...
MM : Je crois que la France c’est l’endroit au monde o on fait le plus de rappels (rires). Je suis alle une fois une pice de thtre et ils ont fait dix rappels (rires) ; incroyable !
BA : a c’est chouette. C’est une faon qu’a le public de montrer qu’il a apprci.
MM : On pense souvent que trop de technique rend l’artiste rigide. J’ai lu quelque chose que tu aurais dit de trs intressant (tu me dis si c’est pas vrai parce que ce sont des interviews que j’ai lu par Internet), tu dis que la technique au contraire donne de la libert l’artiste, la libert de crer .
BA : condition que tu ne sois pas esclave de la technique et qu’elle te serve quelque chose. partir du moment o tu la met ton service ce sont des ailes pour voler, sans se proccuper, sans se dire je ne sais pas faire a . Tu te dis plutt je sais faire a, mais maintenant j’ai envie de faire quelque chose d’autre . Tu as le contrle...
MM : C’est dans ce sens, une fois que tu dominais la technique que tu as dcid de crer, d’utiliser ces ressources percussives et vocales que tu utilises ?
BA : En ralit, cette dcouverte est arrive avec ma propre exprience ; Quand on commence comme guitariste rudite, comme j’ai commenc, on se ddie la technique. Quand on participe des concours de guitare, c’est la technique qui compte ; ce sont des heures et des heures de travail. Et quand j’ai commenc faire autres choses j’avais dj la technique, je n’ai pas eu besoin d’tudier ceci pour faire cela, le processus a t naturel. Avec la voix a s’est pass de faon spontane, la technique a t acquise comme a, parce que beaucoup des choses que je fais ne demandent pas un professeur ; on les dveloppe toute seule et cela dpend de toi. Il faut essayer et travailler jusqu’au moment o on arrive le faire...
MM : Je vais te raconter quelque chose de drle...Tu as fait des cours de percussion corporelle avec le groupe Barbatuques n’est ce pas ?
BA : Oui, Oui...
MM : Tu sais le gnrique d’Araponga est un mixage de Tet Espindola qui chante Araponga et de la gote des Barbatuques ; la gote que tu as fait pendant le concert. Et quand la gote tombe, je commence avec Araponga... (rires)
BA : Sympa...
MM : J’ai ramen le disque du Brsil, l’anne dernire et pour moi c’tait nouveau ; ils sont trs intressants.
BA : Ils sont merveilleux, cratifs, comptents, trs professionnels.
MM : Ils sont pass en France cette anne la cit de la musique.
BA : Je ne savais pas...
[On nous demande de nous dpcher]
MM : On a presque termin...
BA : (En plaisantant) On commence entendre des bruits bizarres dans les coulisses...
MM : Dans la musique brsilienne on a d’excellentes interprtes fminines mais par rapport notre production musicale qui est norme, on a encore peu d’instrumentistes et compositrices.
BA : C’est intressant ; des instrumentistes femmes, on n’en a presque aucune et les seules qu’on a d’un niveau international sont l’tranger. Par contre des compositrices, dans cette nouvelle gnration, il commence a en avoir pas mal.
MM : Effectivement dans la musique populaire il commence en avoir pas mal.
BA : C’est intressant de savoir pourquoi le Brsil a cre cette culture de femmes surtout chanteuses, interprtes. Je ne sais pas ici comment a se passe mais aux Etats-Unis par exemple, o j’ai vcu, la majorit des femmes chantent leurs propres musiques. Mariah Carey, Madonna, par exemple, chantent leur propres musiques (rires). Je crois que a fait partie de la culture brsilienne. Au point o, souvent on dit d’un morceau tel morceau d’Elis Regina ...
MM : (rires) On confond l’interprte avec l’auteur...
BA : Totalement. Cela n’arrive pas aux hommes ; la majorit des chanteurs interprtent leurs propres musiques.
MM : De plus, les femmes guitaristes sont rares ! Ce n’est pas difficile pour toi d’tre une des rares guitaristes brsiliennes ?
BA : Tu sais que non...
MM : De temps en temps, mme si tu as envie d’tre seulement une chanteuse (parce que tu peux le faire), tu ne te dis pas justement je dois continuer comme guitariste parce qu’on est rare . Combien vous tes ? Toi, Rosinha de Valena et qui d’autre ?
BA : Ecoute, j’ai eu un problme avec ma main et je suis rest sans guitare. C’est pour a que je me suis arrt en 98. Ce problme (une maladie rare) m’a empch de jouer pendant 2 ans et alors je suis rentr dans un endroit profond en moi-mme jusqu’au moment o j’ai dcouvert que la musique tait en moi et pas dans ma guitare ni dans ma voix. L’art tait en moi et ne dpendait pas du vhicule que j’utilisais. C’est entre autres pour cette raison l aussi que la voix est plus apparue dans mon travail. Je pense que ce qui me rend spciale est de faire les deux choses.
MM : Je pense aussi. Mais par exemple tu as t une des seules femmes guitaristes a avoir particip rcemment au projet guitares brsiliennes comme interprte (interprte de grands matres).
BA : Je participe des projets comme guitariste, comme j’ai particip aussi par exemple du DVD de Toquinho o je ne fais que chanter et lui il joue. J’ai particip aussi un documentaire belge o je rentre avec ma voix, en faisant des sons exprimentaux. Donc l’ventail reste ouvert. Mais je pense que mon histoire, ma place au soleil (rires) est dans la particularit de pouvoir mlanger. Le monde est trs comptitif aujourd’hui et la musique aussi. Et la musique c’est notre profession. Quand on arrive se dfinir c’est dj pas mal.
MM : Tu as trouv ton originalit qui est justement de pouvoir jouer de la guitare, chanter, danser, faire des percussions...
BA : Exactement.
MM : Est-ce que tu penses que, depuis quelques temps, la musique instrumentale commence avoir plus de divulgation, plus de valeur au Brsil ? Elle n’en avait pas avant.
BA : On avait compltement perdu cette valeur. A la fin du sicle avant-dernier, dbut du sicle dernier - Oh ! l ! on commence tre vieuxb (rires)-, c’tait merveilleux ! La musique instrumentale, le chorinho, Pixinguinha, Jacob (Jacob do bandolim), c’tait le sommet de la musique instrumentale brsilienne. Cela a commenc se perdre avec le temps. Puis il y a eu un moment dans l’histoire de la musique brsilienne o un producteur de So Paulo, qui est devenu par la suite un ami, Solon Sminovitch, ensemble avec le musicien Andr Gereissati, ils ont lanc un projet dans le sens de restaurer la musique instrumentale (ce projet a eu l’appui d’entreprises). Ils sont les responsables de la rapparition de la musique instrumentale. C’est partir de l (annes 90) que la musique instrumentale est de retour. Des musiciens qui taient oublis ont recommenc jouer, Altamiro Carrilho par exemple, qui, pour ceux qui ne connaissent pas, est un grand fltiste et l’poque il avait dj presque 80 ans. Altamiro ne vieillit pas ! Ces personnes l sont revenues au scnario et les gens ont commenc ouvrir leurs oreilles... Maintenant nous avons des musiciens jeunes comme Yamandu [Yamandu Costa], qui jouent super bien et qui passent par les circuits de musique populaire.
MM : C’est justement pour a que j’ai senti la diffrence. L’anne dernire j’tais chez ma famille qui regardait un excellent musicien qui passait la tl, chez Globo je pense (chane brsilienne) et c’tait justement Yamandu Costa.
BA : C’est un processus, et dornavant d’autres musiciens vont apparatre, vont jouer...
MM : J’espre que a va continuer...
[On nous demande de terminer]
MM : C’est la fin...
MM : Dernire question ; Comment a va se passer la suite de ton travail ?
BA : (Rires)
MM : Je sais qu’il y a un nouvel album. C’est dans la mme ligne de Verde ? Tu continues au Brsil ?
BA : C’est une continuit...
MM : Tu es arrive l bas pour fainanter ou pour rester (allusion au premier morceau de son album Verde) ?
BA : (rires) Je suis arrive l bas pour les deux... mais le prochain disque qui n’a pas encore de titre c’est la continuit...
MM : Dans la mme ligne de Verde...
BA : Dans la mme ligne. Le rsultat final on verra quand a sera prt.
MM : Super ! Badi, merci beaucoup. Merci Dimitri aussi (Dimitri Vakros, impresario et mari de Badi Assad).
BA : Des bisous pour les auditeurs d’Araponga.
MM : Merci
PLAYLIST
| titre | album | anne | label | dure |
| waves | chameleon | 1998 | Polygram | 452 |
| asas da pan air | Ondas mini | 2003 | GHA | 4’38 |
| ai que saudade d’oc | Chameleon | 1998 | Polygram | 4’00 |
| ponta de areia | Chameleon | 1998 | Polygram | 4’00 |
| while my guitar gentle weeps | Chameleon | 1998 | Polygram | 5’10 |
| implorando | Verde | 2004 | Universal/edge | 1’42 |
| o verde maravilha | Verde | 2004 | Universal/edge | 2’27 |
| basica | Verde | 2004 | Universal/edge | 3’48 |









