Araponga 72
jeudi 20 déc 2007 - 20h, rediff. dim 23 - 10h
mercredi 19 décembre 2007, par
Programme en deux parties : petit hommage à la grande chanteuse brésilienne (et compositrice) Maysa Figueira Monjardim Matarazzo (1937-1977) et découverte de 4 albums révélations de l’année 2007.
L’histoire de Maysa est avant tout celle d’une femme libre. Une femme passionnelle et intense, belle et riche, courageuse et fragile, dotée d’une voix profonde et des yeux tristes et foudroyants.
Maysa, tout simplement
Née dans un milieu riche et traditionnel, mariée vers la fin de l’adolescence (dans les années 50) à l’héritier Matarazzo (la famille la plus riche du Brésil à l’époque), cette femme a préférée la vie d’artiste, tumultueuse et extrême, aux diamants de la haute société de São Paulo. De charmante jeune fille précoce (qui écrivait des poésies et chansons à l’adolescence) elle est devenu l’icône du monde bohémien pré Bossa Nova puis Bossa-noviste. Muse et en même temps poétesse, elle décrivait dans ses chansons les sentiments, les désillusions, les déchirements nocturnes.
Vers la fin des années 50, cette jeune femme, âgée d’à peine 20 ans, a connu un succès fulgurant et était devenue une vraie étoile. Une étoile mélancolique et explosive dont, les scandales faisaient ravir la presse. Une vie agitée par des romances turbulentes, alcool, tentatives de suicides, problèmes de poids.
Connue au départ pour ses interprétations viscérales de samba-chansons, son style s’est révélé par la suite beaucoup plus versatile. Elle a rejoint vers 1961 la Bossa Nova, dont elle est devenue une des premières interprètes, surtout à l’étranger. Elle a vécu donc cette transition importante entre la Samba-Chanson et la Bossa Nova (le premier enregistrement de « O barquinho » c’était elle). Maysa a séjourné à Paris, à Buenos-Aires, à Madrid, à New York ; elle chantait en Français, en Espagnol, en Anglais et, en plus de la musique brésilienne, a donné son interprétation très particulière à plusieurs standards de la chanson française, de la chanson espagnole et du jazz. Tout comme Caetano Veloso (avec Cucurucucu Paloma), sa très belle version de Ne me quitte pas (Jaques Brel) a été choisi par Pedro Almodovar dans la bande son de son film La loi du désir (1986). Maysa avait aussi cette capacité, qui ont certains artistes, de mettre en valeur ce qui est nouveau en matière de musique (par exemple, en 1969 elle a enregistré Egberto Gismonti, encore inconnu à l’époque).
Une excellente et très documentée biographie « So numa multidão de amores » (Lira Neto), sortie cette année au Brésil, montre que la personnalité de Maysa était en réalité beaucoup plus complexe que ce qu’on connaissait et beaucoup plus fascinante. Maysa plongeait dans le monde nocturne aussi pour s’inspirer, pour nous le racconter. Elle avait besoin de vivre de manière très intense. Pour l’anecdote : lors de l’un de ses divers séjours à Paris (elle s’est présentée à plusieurs reprises à l’Olympia), Maysa disparaît pendant plusieurs jours laissant ses proches très inquiets ; elle est retrouvée quelque temps après, aux bords de la seine, où elle s’était installée avec les SDF. Elle était comme ça Maysa : intense mais lucide et consciente ; sensible aux questions culturelles de l’époque mais aussi à la vie littéraire, au théâtre. Le poète brésilien Manuel Bandeira a écrit pour elle un joli poème, dont voici un extrait :
Maysa n’est pas ceci, Maysa n’est pas cela
Maysa n’est pas ceci mais elle a cela
Maysa n’est pas cela mais elle a ceci
Les yeux de Maysa sont deux océans non pacifiques
La bouche de Maysa est ça, ceci et cela
Qui parle plus, sa bouche ou ses yeux ?
- Ses yeux et sa bouche se comprennent
Quand ses yeux parlent sa bouche sent, se contracte, se tord
Quand la bouche de Maysa touche le coin, ses yeux deviennent sérieux !
Mon Dieux ! Comment ses yeux peuvent être si sérieux et sa bouche si amère !
Maysa est de retour ?
Elle a maigri ?
Elle est mieux comme ça ?
- Ni mieux ni pire
Maysa n’est pas un corps
Maysa ce sont deux yeux et une bouche
Manuel Bandeira (“Estrela da Vida Inteira”, 1973)
La voix, la bouche, les yeux, la personnalité, la passion, l’angoisse existentielle ont forgé l’artiste et l’artiste, tout comme Barbara en France, a sublimé la chanson, ses chansons.
Bons albums de 2007
Même si les albums cd ont leurs jours comptés, de la bonne musique et des bons disques continuent à apparaître. La critique brésilienne (celle réputée sérieuse) reste attentive à la bonne musique, aux bons albums. L’année 2007 a été, malgré la crise, une année de bons crus (Paulinho da Viola, Roberta Sà, Maria Rita, Maria Bethânia, Luiz Melodia). En voici 4 artistes, plutôt de révélations, qui sortent également du lot.
Edu Krieger est un compositeur (et guitariste) carioca inspiré. Il fait partie, depuis peu de temps, du répertoire des nouvelles chanteuses brésiliennes (Maria Rita, Roberta Sa). Il sort un premier album solo, éponyme, où il chante ses propres musiques, un répertoire formé en partie de sambas, enrichies par des sons de mandoline (Nilze Carvalho), violon (le musicien français Nicolas Krassik), la guitare et la voix de Geraldo Azevedo .
Un autre compositeur très disputé par la nouvelle génération de chanteuses de la musique populaire brésilienne est le musicien intégrant du groupe Bangalafumenga, Rodrigo Maranhão. Dans son premier album solo “Bordado” il chante ses chansons, inspirées dans les rythmes brésiliens traditionnels (ciranda, samba de roda, baião et milonga gaúcha).
Jeune chanteuse brésilienne d’origine cubaine (mère brésilienne , pére cubain), donc, avec des influences multiples (née à Bahia, élévée à Rio et à Minas Gerais), Marina nous régale avec un premier cd (enregistré en partie à Cuba) où Cuba et Brésil se rencontrent. Epaulée par la participation de Chico Buarque et Davi Moraes (Tribalistas), l’album est, comme la chanteuse, multiculturel : musiciens brésiliens (de toutes régions) et cubains (de l’école de Buena Vista) ; Il y a du Son cubain en forme de samba et vice versa.
Chanteuse du groupe Pop Patu Fu (de Minas Gerais), Fernanda Takai sort un premier album solo, assez ludique « Onde brilhem os olhos teus », entièrement inspiré du répertoire de Nara Leão, muse de la bossa nova. Fernanda Takai a en effet, quelque chose de Nara Leão : une petite voix, juste et douce et beaucoup de liberté dans son interprétation ; C’est du Nara Leão en beaucoup plus pop, avec une dose de « mutante » et une autre de « tropicaliste ».
Playlist
Hommage à Maysa
| Artiste | titre | album | année | label | durée |
| Maysa | Louca de saudade | Cançao do amor mais triste | 1962 | RGE | 3’08 |
| Maysa | Quem quiser encontrar amor | Maysa | 1964 | Elenco | 2’28 |
| Maysa | Les Inconscients | Maysa | 1963 | Barclay | 2’36 |
| Maysa | Chega de saudade | Maysa | 1963 | Barclay | 1’47 |
| Maysa | Agua de beber | Cançao do amor mais triste | 1962 | RGE | 2’44 |
| Maysa | Reza | Maysa Matarazzo | 1968 | Rca Victor | 1’55 |
| Maysa | Bloco da solidão | Maysa | 1969 | Copacabana | 2’30 |
| Beth Carvalho | Bom dia tristeza | Essa chama que nao vai passar | 2007 | biscoito fino | 3’11 |
| Alzira Espindola | Resposta | Ninguem pode calar | 2000 | Dablui discos | 3’35 |
Bons crus de 2007
| Artiste | titre | album | année | label | durée |
| Edu Krieger | A lua é testemunha | Edu Krieger | 2007 | biscoito fino | 3’47 |
| Edu Krieger | A escada | Edu Krieger | 2007 | biscoito fino | 3’41 |
| Marina de la Riva | Ta hi (para você gostar de mim) | Marina de la Riva | 2007 | universal | 4’24 |
| Marina de la Riva | Adeus maria Fulô (la mulata chancletera) | Marina de la Riva | 2007 | universal | 4’07 |
| Rodrigo Maranhão | O osso | Bordado | 2007 | MP,B Discos/Universal | 2’42 |
| Rodrigo Maranhão | Baiao digital | Bordado | 2007 | MP,B Discos/Universal | 3’17 |
| Fernanda Takai | Insensatez (part R Menescal) | Onde brilhem os olhos teus | 2007 | Tratore | 3’36 |
| Fernanda Takai | Trevo de 4 folhas | Onde brilhem os olhos teus | 2007 | Tratore | 1’59 |
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