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- HADOPI, LOPPSI : Mass-Manip / neutralité du réseau - Benjamin Bayart
Divergence Numérique 66
jeu 4 mars 2010 - 19h, rediff. sam 6 - 18h
jeudi 4 mars 2010, par ,
Pascal Rullier et Anaël Navarro vous font survoler les turpitudes d’une démocratie numérique dont l’avénement est chaque jour freiné par les conservatismes les plus obscurs... Vous l’aurez compris les nouvelles du front traîteront aujourd’hui encore d’Hadopi, de la malveillance de certains medias - ou plus poliment des manquements au « devoir de rigueur dans le traitement de l’information », de LOPPSI, de la neutralité du réseau dont les parlementaires n’ont pas tous compris l’importance (aidez vos députés !)...
Et de la musique, bien sûr !
Hadopi, TF1 et l’hémicycle : le CSA exige la lecture d’une lettre
TF1 (p)répare ses devoirs
Épilogue dans l’opposition entre le CSA et les chaînes TF1 et Canal+ ? Après une phase de résistance, le CSA a finalement adopté en séance plénière la lettre que devront impérativement lire à l’antenne les deux chaînes, indique Satellifax. On évoque des manquements au « devoir de rigueur dans le traitement de l’information ».
Pour TF1, c’est notamment cette fameuse image du J.T. montrant un hémicycle rempli durant le vote d’HADOPI 1 alors que, comme les branquignols de PC INpact le remarquaient, il n’y avait que 16 parlementaires présents pour se pencher sur le texte cher à Nicolas Sarkozy. « La lecture du communiqué sur TF1 devrait intervenir durant les JT de 13 h et de 20 h, une fois en semaine et une fois le week-end » indiquent nos confrères qui soulignent qu’il s’agit « d’une première » en matière de sanction.
Une première, mais peut-être pas une dernière : TF1 a réitéré dans cette façon d’illustrer l’engagement parlementaire cette fois avec la LOPPSI. On voyait un Brice Hortefeux s’adressant à un hémicycle plein à craquer alors que la réalité s’approchait plus de la campagne de Coulommiers telle que décrite par Jean Pierre Brard.
Marc Rees : http://www.pcinpact.com/actu/news/5...
LOPPSI : les FAI font bloc contre le blocage des sites
Les FAI et opérateurs français, regroupés au sein de l’Association des Fournisseurs d’Accès et de Services Internet (AFA) viennent de s’opposer ouvertement aux solutions préconisées par le projet de loi LOPPSI 2, en matière de pédopornographie.
Les intermédiaires techniques ciblent l’article 4 du texte. Celui-ci prévoit l’obligation pour les FAI de bloquer l’accès aux sites pédopornographiques, après accord de l’autorité judiciaire. Et ? Selon Carole Gay, responsable des affaires juridiques et règlementaires de l’AFA, la mesure est contre-productive car il est plus utile d’agir à la source.
« Il est toujours plus efficace d’agir à la source même du contenu, en le faisant retirer par l’hébergeur du site internet, plutôt que de le faire bloquer par les FAI français. Lorsqu’un contenu est bloqué, il reste en ligne, et n’est que temporairement inaccessible puisque la mesure de blocage est facilement contournable. »
Pour l’AFA, le blocage revient à mettre un cataplasme sur une jambe de bois. Le propriétaire du contenu a toujours la possibilité de changer d’URL, de nom de domaine pour rediriger les visiteurs sur ce même contenu.
« L’internaute souhaitant accéder au site qui fait l’objet du blocage dispose de plusieurs outils de contournement ; il peut notamment demander l’accès au site de façon anonyme, par l’intermédiaire d’un « anonymizer », qui lui permettra d’utiliser un DNS non sujet à restrictions. L’internaute peut encore utiliser le DNS d’un FAI étranger, en modifiant l’un des paramètres de sa connexion internet. Enfin, le blocage n’empêchera pas la diffusion de contenus de pornographie enfantine, très nombreux, via les réseaux peer to peer ».
Bref : de l’inefficace, pur jus.
L’AFA rappelle le gouvernement à son bon souvenir avec notamment le service d’assistance en ligne Point de Contact né en 1998, renforcé par la LCEN et par la charte sur les contenus odieux de 2004. Depuis, « le service « Point de Contact.net » devient le relais de l’obligation légale de ses membres : tout contenu potentiellement illégal selon l’article 6 I 7 al.3 de la LCEN est transféré aux autorités compétentes (OCLCTIC), à l’hébergeur du contenu si ce dernier est membre de l’AFA, ou à un partenaire du réseau Inhope selon le pays d’hébergement du contenu, afin d’être retiré ».
Le signalement d’un site hébergé à l’étranger par Point de Contact est pris en charge par ce fameux réseau Inhope, fédération internationale de hotlines. A charge pour celle du pays d’hébergement d’agir utilement pour faire effacer le contenu ligitieux, au besoin par une procédure en justice.
Conformément à la loi sur la confiance dans l’économie numérique, le droit actuel repose sur le principe de subsidiarité. Face à un contenu illicite, on frappe d’abord à la porte de l’éditeur (celui qui a mis en ligne), puis à celle de l’hébergeur (celui qui abrite ce contenu) avant de se tourner au final vers les FAI, « solution de dernier recours, en cas d’échec des demandes précédentes ».
Selon l’AFA, le blocage aura surtout le détestable effet de faire connaitre le site qu’on cherche à cacher.
« Une mesure de blocage par l’autorité judiciaire peut avoir des conséquences contraires à l’objectif visé, comme cela a été le cas pour le site négationniste « Aaargh », hébergé aux USA : la décision de bloquer ce site en France a contribué à la diffusion de son contenu, et la publicité faite autour de l’affaire a largement participé à la notoriété d’un site au départ confidentiel. Son contenu s’est retrouvé dupliqué très rapidement sur de nombreux sites miroirs, échappant de cette manière aux mesures de blocage mises en place ».
Rappelons que juste avant les débats LOPPSI, une décision de justice montrait comment, en quelques heures, un site de phishing avait pu être déminé dans les mains de l’hébergeur, et ce, juste avec l’aide du droit actuel… Le gouvernement a également été épinglé au Conseil d’Etat pour le non respect du financement depuis 3 ans, de la protection de la jeunesse en danger.
Source : Marc Rees http://www.pcinpact.com/actu/news/5...
Aidons les députés UMP sur la question de la neutralité du réseau
Par Benjamin Bayart
Le groupe UMP à l’Assemblée Nationale a ouvert le site web Éthique du numérique. J’y ai déposé une contribution, longue, dans la rubrique sur la neutralité du réseau. Je reprends ici cette contribution, in extenso.
Cette contribution est longue, je m’en excuse, mais le sujet est riche... Elle reprend en partie des arguments développés le 23 février devant le Groupe d’Étude "Internet, audiovisuel et société de l’information", mais en partie seulement, le sujet évoqué ici n’ayant pas tout à fait le même angle.
La neutralité du réseau est un concept fondateur d’internet. Il implique que les fournisseurs d’accès à internet n’interviennent pas dans le contenu des données transmises ou dans leur vitesse de circulation.
La neutralité du réseau n’est pas un concept. C’est quasiment la définition d’Internet.
En effet, Internet n’est que l’accord technique d’interconnexion des 40.000 réseaux publics routés par le protocole IP. C’est-à-dire l’accord sur le respect d’un certain nombre d’éléments, très peu nombreux, techniquement plutôt simples, et qui ne parlent que de technique. Internet est donc composé de ces 40.000 réseaux, de toutes nationalités (parfois sans nationalité véritable, d’ailleurs), et des centaines de milliers d’interconnexions entre ces réseaux.
Internet n’étant, au final, qu’un accord technique entre des opérateurs, sa neutralité est presque sa définition. Si chaque opérateur, sur son petit réseau à lui, décide de porter atteinte à la neutralité, alors, on aura la somme de ces 40.000 atteintes comme résultante, qui donnera un réseau qui ne fonctionne pas. Bien entendu, la neutralité n’a jamais été un principe absolu, une sorte de Saint Graal imposé par la force aux opérateurs. Simplement, des atteintes trop brutales à cette neutralité mènent rapidement à des désaccords forts, et donc à ce que les opérateurs concernés se retrouvent rapidement exclu du jeu (qui s’adresserait à un service postal qui, sur des critères qui lui sont propres, décide de perdre exprès une partie des colis...).
La neutralité n’est donc pas un concept abstrait, mais une des conditions impératives de l’existence même d’Internet. Par une condition conceptuelle imposée, mais une condition pragmatique.
Doit-on respecter cette neutralité même si elle implique la circulation de contenus illégaux ?
La question est fort mal formulée. D’abord parce qu’elle incite à répondre de travers. En effet, si la neutralité du réseau doit dévorer les petits enfants ou égorger les vieilles dames, alors, forcément, on est contre.
Internet n’est qu’un outil. On ne peut pas demander à un outil d’empêcher un usage. Quelles que soient les sécurités qu’on placera sur un marteau, on pourra toujours se taper sur le doigt, ou tuer son voisin avec. Doit-on respecter la fermeté des marteaux, même si elle implique des coups mortels ? Bin... Heu... Oui... C’est-à-dire que sinon, c’est plus marteau...
La bonne formulation est : le réseau Internet étant par nature neutre, et donc permettant de transporter tous les contenus, comment lutter contre les contenus illégaux ? Ce qui en un autre domaine pourrait se transposer en : l’espace public étant par définition public et ouvert, et permettant donc toutes les rencontres les plus odieuses et les plus néfastes, comment empêcher autant que possible les drames ?
Dans les deux cas, la réponse s’impose d’elle-même. Simplement, on gère l’espace public (la rue, pour faire simple) depuis longtemps, et donc la réponse est naturelle, alors qu’on ne gère l’espace public numérique que depuis peu, et donc l’évidence s’impose moins. La mère de toutes les réponses est l’éducation. La rue est un espace par nature dangereux. C’est pourquoi, dès le plus jeune âge, on apprend aux enfants à regarder avant de traverser. C’est un espace que nous avons appris à domestiquer. La réponse la plus forte à la croissance rapide du monde du numérique se trouve dans l’éducation populaire. D’abord, former les formateurs, qu’ils apprennent à maîtriser cet espace nouveau, pour pouvoir ensuite en apprendre les règles à tout le monde. Et je parle bien ici, volontairement, d’éducation populaire. On ne peut pas de contenter de former les enseignants, puis les enfants, Il faudrait alors un demi-siècle pour que toute la population soit formée. Il faut aussi prévoir de former les adultes, y compris les anciens.
Et, bien entendu, pour les cas les plus extrêmes, mais aussi les plus marginaux, il faut que la police ait les moyens d’intervenir. Comme elle intervient dans la rue. Non pas en contrôlant à priori tous les déplacements, mais en intervenant ponctuellement, là où c’est nécessaire. Chercher à régler des comportements illégaux par une atteinte à la neutralité du réseau, c’est demander aux sidérurgistes de fabriquer de l’acier qui ne peut pas faire une lame de couteau qui puisse assassiner les gens. Idiot, et irréaliste.
Comment s’assurer que les Fournisseurs d’accès à Internet ne profitent pas de leur position pour favoriser certains contenus au détriment d’autres ?
Ça, c’est une vraie bonne question. Le fond de la réponse tient en deux principes en apparence contradictoire, mais qui dans les faits se complètent.
Le premier est de ne pas les rendre responsables de ce qui circule. En effet, si les FAI sont responsables de l’usage qui est fait du réseau, ils vont cesser toute interconnexion, tout filtrer, et préférer bloquer des contenus parfaitement légitimes plutôt que de prendre le moindre risque. Il est donc fondamental que le FAI ne soit pas responsable de l’usage qui est fait du réseau, comme le marchand n’est pas responsable de l’usage qui est fait du marteau.
Le second est de rendre les FAI responsables de ce qu’ils font. En effet, comment s’assurer que les médecins ne profitent pas de leur position pour abuser leurs patients ? Simplement, en les rendant responsables. Non pas des bêtises de leurs patients (ce serait idiot, on l’a vu), mais en les rendant responsables de leurs actes. La neutralité du réseau doit faire partie des obligations des opérateurs (et pas seulement des FAI, qui ne sont qu’une variété d’opérateurs), et les atteintes à cette neutralité, qui ont toujours pour conséquence des entraves à la concurrence et des atteintes à la liberté d’expression, doivent être très lourdement sanctionnées.
Les producteurs et diffuseurs de contenus doivent-ils contribuer aux financements des réseaux ?
Oui. Et ils le font.
Sauf erreur de lecture de ma part, un diffuseur de contenu, pour diffuser son contenu sur Internet, doit s’y raccorder, et pour cela le plus souvent fait appel aux services, rarement gratuits, d’un opérateur de réseau. De même que le destinataire du contenu paye son raccordement au réseau.
Ainsi, vous payez l’hébergement de votre site web, et je paye l’accès Internet qui me permet de le consulter. Les opérateurs, qui ne sont que le transporteur dans cette histoire, sont bien rémunérés. Bien entendu, les opérateurs intermédiaires, qui ne sont ni mon FAI, ni votre hébergeur, ne sont pas rémunérés de manière directe. Tout comme, quand j’envoie un colis en Allemagne, je ne paye que La Poste, qui se débrouille de ses accords commerciaux avec ses partenaires, les opérateurs s’arrangent entre eux pour s’entre-facturer le trafic qu’ils transportent pour compte de tiers.
Il est donc parfaitement illégitime de considérer une rémunération qui soit, par exemple, liée à la valeur marchande du contenu transporté (La Poste est rémunérée autant qu’elle transporte un kilo de plomb ou un kilo d’or), et parfaitement illégitime de considérer que les producteurs de contenu doivent financer un autre accès à Internet que le leur.
Si oui, comment faire pour que cela ne menace pas le développement des services ?
La vraie question sous-jacente est subtilement différente. Les FAI estiment (à bon droit ou non, finalement, qu’importe) qu’il leur faut augmenter leur niveau de revenu pour pouvoir investir. Ils envisagent pour cela de ne pas respecter la neutralité du réseau, et donc de facturer les diffuseurs de contenu à forte valeur ajoutée, exerçant une forme de racket tout à fait lucrative. C’est là une politique tout à fait condamnable à plusieurs titres :
- d’abord, un non-respect du consommateur, qui pense avoir acheté un accès à Internet, à tout Internet, et pas seulement au catalogue publicitaire sponsorisé de son FAI ;
- ensuite, c’est un abus très clair de position dominante (ayant une clientèle captive d’abonnés, l’opérateur s’en sert pour faire levier et étendre son influence sur un marché où il n’est pas légitime) ;
- c’est une entrave très sérieuse à l’innovation, incitant les entreprises novatrices à aller s’installer sur un marché où elles pourront prospérer librement avant de s’intéresser au marché français ; on peut par exemple s’intéresser au cas de Google, que tous les opérateurs de France aimeraient racketter, mais dont aucun ne le fera (qui resterait abonné chez un FAI qui filtre Google ?), Google étant devenu trop gros.
La bonne approche sur ce dossier-là est relativement simple : un FAI doit vivre des abonnements qu’il vend. S’il s’est mis, pour des raisons de marketing, en position de perdre de l’argent en faisant son métier, c’est bien triste pour lui, mais c’est une affaire privée, qui ne l’autorise en rien à racketter. Si la pression concurrentielle est telle que certains FAI savent produire des accès rentables avec les prix actuels du marché, alors que d’autres n’en sont pas capables, la réponse est assez probablement dans des recherches de gain de compétitivité, ou dans de la différenciation de service. Non pas en fournissant un accès Internet différent (on l’a vu, ce serait une atteinte à la neutralité, et donc ce ne serait plus Internet), mais en fournissant des services qui permettent de recruter de nouveaux clients (par exemple une assistance qui marche, par exemple des services de formation, par exemple...).
Questions qui ne sont pas posées, mais auraient dû l’être :
Quelle importance à défendre la neutralité du réseau ?
Cette question recouvre deux éléments distincts :
- La neutralité étant, on l’a vu, consubstantielle à Internet, quelle importance à préserver Internet ?
- En admettant l’importance d’Internet, quelle importance que l’on défende la neutralité ou qu’on laisse faire ?
Il est important d’avoir bien les deux éléments, un seul de ces deux aspects ne permettant pas de réfléchir convenablement. Internet représente une avancée, essentiellement, dans deux domaines. D’une part, un facteur de croissance économique, puisque c’est, incontestablement, l’épine dorsale de toute l’économie du numérique, et donc de la Société du Savoir. Le modèle actuel d’Internet garanti, dans le domaine économique, la capacité d’innover sans permis. C’est-à-dire que toute personne ayant une idée, bonne ou mauvaise, de service, peut la mettre en oeuvre, dans demander d’autorisation à personne, à partir de n’importe quel accès Internet, et en valider intégralement le fonctionnement. C’est cet élément qui a permis à tous les grands groupes actuels dans le monde du réseau de naître. Ils ne sont pas nés de l’investissement massif d’un grand groupe, ils sont nés, tous, d’une idée géniale, mise en oeuvre "dans un garage", puis développée par une entreprise d’abord petite, puis qui a grandi. C’est à l’opposé des réseaux de services numériques qu’on à connu avant Internet, comme les réseaux câblés (peu développés en France, mais très développés dans d’autres pays, où on trouve sur le câble beaucoup de services, mais pas la croissance explosive d’Internet), ou comme le Minitel.
Internet, tel qu’on le connaît aujourd’hui présente également un atout formidable de démocratie (y compris avec ce que ça peut avoir d’agaçant quand on est habitué aux corps constitués pour servir d’intermédiaire). D’ailleurs, le Conseil Constitutionnel ne s’y est pas trompé, et indique fort bien dans sa décision de juin dernier qu’Internet est aujourd’hui indispensable à l’exercice pratique de la liberté d’expression telle que définie par l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme de 1789. Or, cette liberté repose en très grande partie sur la neutralité du réseau. Oh, il n’y a pas de doute, même si les opérateurs français filtraient, un site comme celui-ci continuerait d’être accessible. D’abord parce que porté par la majorité parlementaire. Ensuite parce que la France reste une démocratie, et donc même porté par une opposition minoritaire, un site comme celui-ci resterait accessible. Mais c’est bien à la neutralité d’Internet, et à la très grande difficulté de son contrôle qu’on doit d’avoir vu filtrer des informations d’Iran... Si les fondements structurels du réseau n’étaient pas une neutralité technique imposée par la forme même du réseau, le régime iranien réussirait bien mieux son filtrage, et donc à faire taire les opposants.
Ainsi, il est primordial, en termes de libertés d’expression comme en terme de développement économique, de préserver Internet pour ce qu’il est, à savoir non une vache sacrée, mais un outil actuellement insurpassable.
Maintenant, étant entendu qu’il est souhaitable de préserver Internet, que peut-on gagner à défendre sa neutralité ?
On l’a vu, une défense de la liberté d’expression. En termes de préoccupations politiques en France, ça ne vaut pas la mobilisation des foules (toute langue de bois mise à part), mais ça vaut au strict minimum un œil attentif et bienveillant.
Reste qu’en termes stratégiques et économiques, il est de l’intérêt de la France et de l’Europe de lutter pour préserver cette neutralité. En effet, elle apporte certains effets économiques importants :
- L’innovation sans permis, on l’a déjà vu
- En lisant cela en contraposé, c’est la seule chance de voir émerger de nouveaux acteurs européens dans le monde du service et du contenu, les positions dominantes actuelles étant américaines, c’est bien une condition nécessaire, et pas suffisante (d’autres conditions sont nécessaires, comme la défense des petites entreprises, et l’accompagnement de leur croissance, étant des lacunes fortes du modèle économique français, mais ce n’est pas le propos ici) ;
- Préserver la concurrence, au sens du libre choix du consommateur, puisqu’on l’a vu, la volonté de certains opérateurs de porter atteinte à la neutralité du réseau et presque toujours liée à la volonté de mettre en avant, puis d’imposer, le choix de leurs partenaires commerciaux, et donc de fermer le jeu économique, en créant de gigantesques oligopoles mêlant réseau, service, et contenu, garantissant des clients captifs ;
- Permettre la diversité des services, et donc l’existence de marchés y compris pour des marchés de niche, qui n’ont pas de sens à l’échelle d’un opérateur, mais qui peuvent trouver des débouchés à échelle de la planète, par exemple dans les services ultraspécialisés.
http://blog.fdn.fr/post/2010/02/24/....
L’inquiétant colloque de l’ARCEP sur la "quasi-neutralité du réseau"
L’ARCEP organise le 13 avril 2010 un colloque sur la neutralité du réseau, dont la seule lecture du programme fait comprendre qu’elle est déjà abandonnée au profit d’une "neutralité tempérée" ou "quasineutralité" du réseau. Plus grave, il entérine une vision purement consumériste du réseau.
Qu’on se le dise, la neutralité du réseau sera le sujet chaud de cette année 2010. Pour s’y préparer, l’Autorité de régulation des communications et des postes (ARCEP) organise le 13 avril prochain à Paris un colloque de haut rang, qui sera très riche d’enseignements. Mais déjà rien que le programme nous en apprend beaucoup sur la vision de la neutralité du réseau qui sera présentée par l’ARCEP lors de cette journée où se rendront entre autres universitaires américains, représentants de la FCC, Pdg de France Telecom, directeur général de Bouygues Telecom, directeur de la stratégie de SFR, directeur général de Free, lobbyiste en chef de Google, membre de l’Hadopi, présidente du Forum des droits sur Internet, député, sénateur, et même secrétaire d’Etat à l’économie numérique.
Comme le pointe du doigt Pierre Col, il y a de quoi s’inquiéter à la lecture du programme. Le débat sur la "gestion du trafic, tarification et partage de la valeur" introduit ainsi une idée de "neutralité témpérée" :
La question de la neutralité s’applique d’abord aux relations entre opérateurs de réseaux, hébergeurs et éditeurs de contenus. La gestion du trafic, nécessaire au bon fonctionnement et à l’optimisation de l’architecture des réseaux, soulève plusieurs questions : quel est l’arbitrage efficace entre « priorisations » de trafic et investissements de capacité ? La gestion du trafic peut-elle s’accompagner de différenciations tarifaires induisant une nouvelle répartition de la valeur le long de la chaîne contenants-contenus ? Quelles sont les pratiques de gestion qui respectent le mieux le principe de neutralité et conduisent à un équilibre de « neutralité tempérée » qui soit acceptable par les acteurs du marché et par les consommateurs ?
Idée reprise par le débat suivant, sur les "modalités d’accès aux contenus" :
La finalité essentielle des communications électroniques est l’accès des consommateurs aux contenus au travers des réseaux. Si le principe d’une neutralité tempéré, ou " quasineutralité ", garantit un accès équitable et efficace, de nombreuses questions demeurent posées quant aux modalités de mise à disposition des contenus : la prévention de comportements anticoncurrentiels, le respect de la vie privée, la protection de la propriété intellectuelle, la lutte contre les contenus illégaux, la numérisation des données, etc.
Outre la mise comme une évidence de l’acceptation du principe d’une "quasineutralité" qui serait admise par chacun comme garantissant l’accès équitable et efficace, c’est en fait aussi et surtout la première phrase qui choque et qui est parfaitement rétrograde. "La finalité essentielle des communications électroniques est l’accès des consommateurs aux contenus au travers des réseaux".
Comme si, comme sur la télévision de papa et le magazine de maman, la finalité d’Internet n’était que d’accéder à des contenus, pas d’en créer et d’en échanger. Or la finalité des communications électroniques, c’est bien avant tout d’échanger des informations, pas simplement d’en recevoir. La subtilité est loin d’être neutre d’un point de vue technique. C’est le sort réservé à l’upload et à des protocoles comme le P2P qui est en jeu.
Déjà le choix technique de l’ADSL relevait d’un choix idéologique. L’Asymmetric Digital Subscriber Line déséquilibre par définition le rapport entre l’upload et le download, au bénéfice de ce dernier. L’issue du débat sur la neutralité du net pourrait radicaliser cette vision, en bridant les communications qui n’arrangent pas les plans commerciaux des fournisseurs d’accès à Internet, et en particulier leurs partenariats avec certains fournisseurs de contenus.
Cette vision énoncée par l’ARCEP confirme en tout cas les craintes que nous avions lorsque Jean-Luc Silicani en a été nommé président. "Une nomination qui pourrait être lourde de conséquences pour le filtrage des contenus", avions-nous écrit en rappelant qu’il était auparavant le président du Conseil Supérieur de la Propriété littéraire et artistique (CSPLA), qui a milité pour le filtrage des réseaux P2P.
"Si sa personne n’est pas en cause, cette nomination introduit un mélange des genres, qui ne contribuera pas à l’apaisement. Là où l’intérêt général devrait prédominer, nous craignons que des intérêts corporatistes et financiers l’emportent", s’était d’ailleurs inquiété le député socialiste Patrick Bloche.
http://www.numerama.com/magazine/15...
Libérons les bureaux de vote !
Regards Citoyens a rencontré pas mal de problèmes pour accéder aux données publiques sur les bureaux de vote (adresses, circonscriptions d’attribution, votes, zones géographiques correspondantes...). En décembre de cette année, le collectif, actif en France dans le mouvement de l’Open Data avait sorti une étude sur le redécoupage électoral en projetant les résultats des législatives de 2002 et 2007 sur la nouvelle carte prévue pour 2012. Pour réaliser ce travail, il fallait avoir les adresses des bureaux de vote concernés par le redécoupage.
Cette information n’étant pas publique, il avait fallu appeler les mairies d’une quarantaine de villes et préfectures pour obtenir les adresses. Toutes les données de cette étude sont librement accessibles et téléchargeables afin que chacun puisse se les approprier et les réutiliser.
Le collectif ouvre cette semaine une nouvelle plateforme de partage de données électorales avec d’autres acteurs tels que 22mars : ils utilisent SVN et Trac pour collecter les documents préfectoraux ainsi que les données qu’ils arrivent à en extraire. Ce gros travail d’extraction de données qui devrait être publiques est encore loin d’être terminé.
Regards Citoyens invite donc toutes les personnes motivées pour libérer les données relatives aux bureaux de vote à venir les rejoindre : entre appeler les préfectures récalcitrantes, trouver de nouvelles formules pour traiter des PDF et en extraire les données ou passer cinq minutes à une validation croisée massive (crowdsourcer) la lecture des documents, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues ! Toutes les données produites sont publiées sous la licence ODbL.
http://www.regardscitoyens.org/libe...
Nouvelle version majeure de NuFW
La société EdenWall Technologies, anciennement INL, a annoncé ce 2 mars 2010 la sortie de NuFW 2.4.0 après deux ans de travail. Cette nouvelle version du pare-feu identifiant sous licence GPL apporte des gains conséquents en terme de performance et d’extensibilité.
On notera notamment un protocole extensible par des greffons coté client et serveur ainsi qu’une optimisation drastique des temps de réponse sur les réseaux à forte latence.
Enfin, le projet NuFW a un nouveau site web rassemblant les différents logiciels liés au pare-feu identifiant.
http://www.nufw.org/projects/nufw
Linux aux petits oignons : texte intégral gratuit en ligne
Le 11 juin 2009, l’éditeur Eyrolles a publié "Linux aux petits oignons", une introduction complète et détaillée à Linux (voir l’article correspondant du 13 juin 2009 sur linuxfr.org). J’ai voulu rester fidèle à l’esprit de partage des connaissances cher au logiciel libre, et j’ai donc décidé de rendre le livre entièrement accessible en ligne (sous licence Creative Commons BY-NC-ND choisie par Eyrolles).
"Linux aux petits oignons" s’adresse certes aux débutants, dans la mesure où la lecture de l’ouvrage ne nécessite aucun pré-requis, si ce n’est une saine dose de curiosité. Toutes les explications du livre sont fournies pas à pas, dans un ordre qui me semble être logique, et qui évitera au lecteur d’avoir à se procurer de la documentation supplémentaire parce qu’il décroche à partir du troisième chapitre.
En revanche, la métaphore culinaire n’y est peut-être pas pour rien : "Linux aux petits oignons" est écrit comme un livre de cuisine... et tout comme un livre de cuisine, il s’attend à ce que le lecteur se salisse les mains. Qu’il coupe les oignons, qu’il épluche les patates et râpe les carottes. Une grande partie du livre est ainsi consacrée aux concepts UNIX fondamentaux, en un mot, à ce qui tourne sous le capot dans une distribution Linux.
http://linuxfr.org/2010/02/27/26518.html
Agenda du libre http://www.agendadulibre.org/
Les AteLibres de Montpel’libre - Mars
Les AteLibres sont des ateliers pratiques sur le thème des logiciels libres organisés et animés par Montpel’libre et ses partenaires.
Dans la thématique des "Points Communs" de Kawenga, Montpel’libre vous propose d’assister aux "Points Libres". Le grand rendez-vous de tous les passionnés du logiciel libre. Cet atelier vous propose de découvrir Processing, un outil de création numérique libre et gratuit. Suite au succès toujours plus grandissant, il sera suivi par un Apéro-SPIP qui vous initiera aux bases d’apprentissage d’un système de publication pour l’Internet. Vous pourrez ainsi créer un site internet en deux temps trois mouvements.
Le vendredi 05 mars 2010, de 14h00 à 19h00.
Kawenga – 21, boulevard Louis Blanc 34000 Montpellier
Tramway Corum
Le lundi 08 mars 2010 de 18h30 à 20h30.
MPT Chopin 9, rue de la poésie 34000 Montpellier
Tramway Beaux-Arts
Tous les mardis de février de 14h30 à 16h30.
MJC Centre André Malraux - 10, avenue de la Moutte 34170 Castelnau-le-Lez
Bus Ligne 35 arrêt Collège Bazille
Public : Tous niveaux. Entrée libre et gratuite.
Partie musicale piochée sur http://www.dogmazic.net/
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