- Accueil du site
- Espace Expression Libre
- Georges Risgallah
mardi 27 juillet 1999, par ,
Avec l’internet, se perd peut-être un peu plus chaque jour l’art d’écrire, pour la beauté des caractères sur la feuille...
Né à Alexandrie en 1960, Georges Risgallah y a fait ses études et vient en France à l’âge de 25 ans. Trois années aux beaux Arts de Montpellier, qu’il décide de quitter...
Jean-François Rigaudin lui a demandé pourquoi...
Georges Risgallah : Disons que l’cole des Beaux Arts, Alexandrie, s’appelle "la fac des Beaux Arts " ; c’est trs classique. Ici Montpellier et en France, l’cole des Beaux Arts, c’est trs moderne. On vous laisse... on vous dit "bon, vous travaillez seul, dbrouillez-vous tout seul" ; il n’y a pas de juste milieu, et cela ne m’a pas plt dans les deux cas.
Jean-Franois Rigaudin : Quand vous dites trs classique Alexandrie, c’est dire ?...
G. R. : Comme les coles italiennes, trs anciennes, avec le nu, un module de calligraphie, tout a... Un enseignement trs trs clmassique que l’on ne donne pas Montpellier. Vous rentrez, et en cours de sculpture, on vous dit "allez chercher des dtritus et faites quelque chose avec". C’est bien, mais bon, j’aimerais bien connatre, comme un mdecin, l’anatomie du corps humain, des choses comme a.
J.-F. R. : Alexandrie, l’art arabe doit tre trs prsent au fil de l’histoire et au travers de l’architecture, de l’criture...
G. R. : Pour Alexandrie, je ne dirais pas l’art arabe, je dirais plutt universel. Jusqu’ nos jours, il y a des influences de l’art grec, de l’art romain, de l’art copte, gyptien, islamique ou arabo-musulman, arabe ne voulant pas dire musulman et vice-versa. Il y a donc un mlange de tout, quoique certains se spcialisent dans la calligraphie arabe et ne font que a, ce qui n’est pas un dfaut, c’est une faon de faire et de voir.
J.-F. R. : Vous vivez en France, vous avez fond votre famille ici, mais cela ne veut pas dire pour autant que vos origines, vous les avez compltement oublies, puisque vous animez deux ateliers, de dessin et de calligraphie arabe, au centre Andr Malraux de Clapiers.
G. R. : Jamais de la vie !..
J.-F. R. : Vous aviez dj expos dans nos murs en 1996, et ce qui m’avait frapp c’tait une puret de ligne... vous avez apparemment horreur des choses... tarabiscotes...
G. R. : Exactement.
J.-F. R. : Pourquoi a ?
G. R. : Je ne sais pas... c’est, comment dirais-je... Lorsque je m’exprime, mme comme a, en parlant, je crois que je vais droit au but, mme dans ma faon de m’exprimer plastiquement. Et je crois que la calligraphie, dans un certain sens, m’intresse en a. Le trait, le trait pur, au lieu d’aller chercher des formes n’en plus finir. Je ne reproche rien aux autres, chacun a son style. Ma faon de faire, c’est d’essayer d’purer, c’est le plus court chemin pour arriver un certain but.
J.-F. R. : Un bref retour sur la calligraphie. On sait ce que c’est, mais ce n’est pas toujours trs prcis. A vous couter, on a l’impression qu’il n’y a pas de code mais que c’est trs ouvert.
G. R. : C’est sr. Que ce soit crire, peindre ou faire de la calligraphie, il vaut mieux s’exprimer comme on veut. Il y a des bases, c’est certain. Il ne faut pas les oublier. Par exemple, dans la calligraphie arabe, il y a 5 styles, 5 faons d’crire, 5 calligraphies. L’criture de l’imprimrie, l’criture rapide, personnelle (qui est aussi de la calligraphie), il y a une calligraphie qui est une synthse de ces deux critures, il y a une calligraphie qui ressemble au gothique qu’on appelle coufi (phontique, ndlr) et il y a la calligraphie persanne. Certains crivent avec du roseau, d’autres avec une plume, d’autres encore au pinceau, ainsi de suite. Personellement, je travaille en deux tapes, avec deux crayons pour les contours, puis l’encre de chine pour faire les contours et les remplissages ; d’autres font a directement au pinceau ou au roseau. Il y a aussi la calligraphie "plastique", o l’on peut faire des formes, ce que beaucoup font. Dans un de mes tableaux, j’ai fait la forme d’une souris : j’ai pris le mot, je l’ai dform pour convenir au graphisme de la souris. L, je suis libre et je me dtache de tout ce que je connais sur la calligraphie traditionnelle.
J.-F. R. : On communique de plus en plus au travers du clavier informatique, sans crire de ses mains, sans lire quelque chose crit la main, comment le mtier de calligraphe va pouvoir survivre cette faon de "laminer" toujours... votre avis ?
G. R. : C’est comme avec la peinture, une poque, quelqu’un dit "avec la photo, la peinture est morte". D’une certaine faon, elle est morte, mais il y aura toujours des admirateurs du travail manuel, du travail d’inspiration, du travail de l’humain. Il ne faut pas oublier que l’ordinateur n’est qu’un outil, il rentre dans l’art, mais comme un pinceau, comme la photographie est entre en tant qu’outil dans la peinture de certains peintres. Rapellez vous du collage de Picasso qui a fait entrer des photos, des journaux, dans ses peintures. L’essentiel, c’est d’avoir des ides.
J.-F. R. : Dans l’informatique, il y a aujourd’hui des cratifs qui essaient d’inventer en permanence des nouvelles polices de caractres, est-ce que a pourrait tre pour vous un prolongement dans le travail ?
G. R. : C’est exactement ce qu’il se passe depuis des annes. L’ordinateur est aussi entr dans les pays arabes, et des calligraphes, des gens cals en informatique ont dvelopp de nouveaux caractres d’imprimerie ou de calligraphie ; on le voit sur les affiches de cinma, la publicit, les enseignes, etc... a fait partie de la vie de tous les jours. C’est comme en Europe. Par ailleurs, nous avons aussi cette tlphonomania des portables (rires).
J.-F. R. : Dans la calligraphie il y a beaucoup de posie. On fait travailler son intellect, et aussi l’imaginaire de celui qui va regarder. Comment vous situez-vous ?...
G. R. : Il y a beaucoup de posie, beaucoup de gestes, de mouvements dans le travail de calligraphie. Par rapport des calligraphes qui sont connus ici en France, pas dans le monde arabe, mais ici en France...
J.-F. R. : Il y a Massoudi...
G. R. : Oui, par exemple, lui, prend des versets du coran, des vers de certains potes. Il aime bien les travailler lui-mme, et c’est l qu’il y a cette posie.
J.-F. R. : Votre rponse m’interpelle. Comment ragit l’Islam, la religion, par rapport cette faon d’essayer de retraduire graphiquement des mots. Est-ce que ce n’est pas une hrsie pour l’Islam que d’essayer de rinventer systmatiquement ?
G. R. : Pour une fois, je crois que les docteurs de l’Islam ne ragissent pas. Ils laissent passer. Au moins, pour une fois, ils sont ouverts... au moins pour une fois. Je le rpte, car il ne faut pas oublier que l’art doit tre laque, il ne faut pas que la religion se mle de tout a. Il faut que les docteurs en religion laissent les gens s’exprimer comme ils veulent, surtout pour que les choses voluent.
Propos receuillis par Jean-Franois Rigaudin.









