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Général Alcazar


vendredi 15 novembre 2002, par Gilles Gouget

Le titre de son dernier album, Le rude et le sensible, colle parfaitement à la peau de Patrick Chénières, capitaine de frégate sur Général Alcazar. C’est toujours un plaisir de voir le Général sur une scène montpelliéraine, et c’est celle du JAM qui accueillait la formation, agrémentée de deux cuivres venus tout droit de Barcelone...

G.G. : On est ravi de t’avoir sur les ondes de Divergence. Barcelone, c’tait dj Plaza Real en 1985 je crois...

P.C. : En 85 effectivement, c’tait sur l’album Hunting Dogs. C’est une place que j’affectionne particulirement, o l’poque en tout cas y’avait un htel o j’aimais bien aller, 400 pesettes et c’est vraiment une place magnifique.

G.G. : Le fait d’inviter Gorca Benites, saxophoniste et fltiste, et Juan De Diego, trompettiste de la scne jazz barcelonaise, je crois que a fait partie d’une ide force, en quelque sorte.

P.C. : Ben c’est une ide qui s’est impose d’elle mme, comme on dit, par le fait que je vais assez souvent Barcelone en fait, essentiellement parce que je vais y jouer pour le Bel Canto avec Pascal Comelade. Et de fil en aiguille, je commence rencontrer des musiciens de la scne barcelonaise, dont ces deux la, et j’ai trouv intressant de faire une espce de jonction... dans la mesure o ces deux concerts vont se passer au JAM, d’apporter un petit plus par rapport au fait qu’on joue Montpellier assez rarement. Et d’essayer de tenter de crer une petite passerelle, parce qu’autant y’a pas mal de musiciens italiens de la scne jazz qui s’changent sur Montpellier, dans la rgion, autant du ct barcelonais - qui est pourtant une scne trs trs riche ce niveau l -, jusqu’ maintenant, j’ai jamais trop vu d’change. Donc, l’occasion faisant le larron, c’est pour a que je les ai invits.

G.G. : quoi c’est du ? Parce que Barcelone, c’est beaucoup plus prs de... Enfin en tout cas c’est une grosse ville qui bouge bien culturellement, et qui est plus prs de nous que l’Italie ou qu’une grosse ville qui bougerait bien culturellement en Italie.

P.C. : En mme temps c’est le genre de migration qui se passe d’individu individu. Plus que... une vague, comme a, qui s’auto rgnrerait...Comme souvent, les rencontres c’est une histoire sinon d’amiti, en tout cas de... plus de personnalit que de grand mouvement commun un style de musique. Donc c’est vrai peut-tre qu’ Montpellier, je pense entre autres des musiciens comme Grard Pansanel qui a pas mal d’accointances l’Italie, et donc tout naturellement par rapport ses amitis, il a plus tendance inviter beaucoup plus d’italiens que de barcelonais, mais ceci dit...

G.G. : Il a aussi travaill dans un champ musical peut-tre un peu proche de l’Italie... les musiques de Rota, des films de Fellini.

P.C. : Entre autre, oui, il a fait un trs gros travail sur les musiques de Nino Rota, et sans doute aussi il a eu l’occasion d’aller en Italie beaucoup plus que moi. Encore une fois, c’est l’occasion qui a fait le larron, et le fait que j’aille assez souvent Barcelone, en fait, a a procd ... ce que j’invite ces deux musiciens.

G.G. : On peut peut-tre les prsenter. Ce sont des gens que tu as rencontrs rcemment ou ?...

P.C. : C’est des gens que j’ai rencontr y’a un an ou deux. Comme toutes les rencontres, on commence par se sentir, se renifler, boire un coup ensemble, et puis dernirement, j’ai eu l’occasion de jouer la fte de la Merce Barcelone avec Pascal Comelade, devant la cathdrale. Et l, c’est une fte qui est assez monstrueuse, et qui rassemble vraiment des millions de gens dans la ville, et dans toute la ville y’a des concerts, tous genres confondus, sur la moindre place. Et donc j’ai eu l’occasion de les voir jouer, en ce qui concerne Jorca Benites et Juan De Diego, et a... a m’a vraiment enthousiasm, a m’a dcid leur faire cette proposition malhonnte.

G.G. : C’est des gens qui jouaient... jazz " jazz " ?

P.C. : Au dpart, en ce qui concerne Gorca, c’est un musicien issu du rock, qui avait mont un groupe dans lequel il tait chanteur, et par la suite, il a volu plus vers le monde du jazz, on va dire. Mais nanmoins, cette approche... dans ce qu’il a pu faire dans sa vie de musicien par le biais du rock, a lui donne aussi cette aptitude avoir de l’attaque, assimiler compltement ce que peut tre une chanson, parce qu’en fait Gnral Alcazar c’est surtout un cadre chanson. Donc on pourrait se dire a priori est-ce que c’est pas le mariage de la carpe et du lapin ?, ou...

G.G. : Oui, c’tait un petit peu ce quoi je pensais, oui.

P.C. : Ben pas du tout parce que finalement si on coute les premiers enregistrements du Gnral Alcazar en fait... Au dbut lorsqu’on tait en trio, y’avait un sax, et un clavier, une rythmique guitare, et donc c’est vrai que cette coloration jazz, pour moi elle a toujours t omniprsente, et malheureusement c’est pas vident toujours de tomber sur des personnalits qui correspondent ce qu’il se passe dans Gnral Alcazar, donc c’est vraiment encore une histoire de rencontre, et la scne venir pour ce week-end sera trs intressante ce niveau l.

G.G. : Le fait aussi de le faire sur deux soirs... parce que l, tu disais " le mariage de la carpe et du lapin ".... Moi, je pensais pas... enfin c’est pas comme a que je l’aurais formul. C’est vrai que le format Gnral Alcazar est pas super proche du jazz, mais par contre l’improvisation sur scne peut toujours faire partie de la musique du Gnral Alcazar, ce qui est pas toujours le cas dans... tu parlais de " chanson "...

P.C. : C’est essentiellement dans cet ordre d’ide que j’ai invit ces deux musiciens. Pour effectivement occuper cet espace qui est toujours amnag dans la musique du Gnral Alcazar pour l’improvisation possible, pour un exercice de musique vivante, et non pas uniquement l’excution d’un concert sur la place publique. Donc le pari, sur ces deux concerts, dans la mesure o on ne s’est pas concert normment, c’est que d’un soir l’autre les choses vont voluer dans ce qu’il va se passer entre nous. Et c’est une des raisons pour lesquelles on se produit sur deux concerts. Pour laisser vraiment toute la chance pour cette rencontre de s’exprimer, ce qui est pas vident dans le cadre d’un concert d’une heure et demi, deux heures.

G.G. : Donc il faut le dire, a vaut peut-tre le coup d’y aller les deux soirs !

P.C. : Je pense que les deux concerts seront diffrents de toute faon. C’est... quasiment...

G.G. : ...certain ?

P.C. : Certain, sinon... oblig, j’allais dire. C’est vrai que par rapport la scne, c’est plutt mon credo, tre sur une scne, c’est pas uniquement reproduire des morceaux dj excuts en studio ou existant sous forme de CD ou de vinyle, c’est aussi cette part la musique dite vivante. C’est un choix en tout cas. Moi, l’intrt de monter sur une scne c’est d’essayer de jamais faire vraiment le mme concert. (...) En tout cas ce sera pas un concert de free jazz, y’aura un minimum d’entente commune, et puis un maximum d’ouverture d’oreille, je pense.

G.G. : Pour revenir Barcelone, tu parlais de ta collaboration avec Comelade... sur un type de musique qui est peut-tre pas trs prsent en Espagne. Comment tes albums, ta musique sont perus Barcelone, au niveau des musiciens que tu as pu rencontrer ?

P.C. : Pour l’instant Barcelone, on est pas du tout peru, parce que...

G.G. : ...problme de distribution ?

P.C. : ...Quoiqu’elle est distribue, puisque j’ai la chance de travailler avec Chants du Monde, distribu par Harmonia Mundi (ils ont trois boutique dont une Grone, une Madrid et une San Sebastian je pense), donc je sais pour avoir jou Grone la semaine dernire, je sais que les trois disques, les trois derniers disques du Gnral Alcazar sont chez Harmonia Mundi. Ceci dit, c’est vident que c’est beaucoup plus simple pour quelqu’un comme Manu Chao de s’panouir et de trouver un public au del des Pyrnes que pour quelqu’un qui fait, on va dire, de la chanson franaise.

G.G. : Y’a la barrire de la langue et puis...

P.C. : Oui, la barrire de la langue... Et en mme temps, j’ai rencontr effectivement un espagnol qui venait d’acheter un disque de Gnral Alcazar dans une petite boutique vers Salamanque, et j’tais trs tonn, je lui ai demand pourquoi, et il m’a dit qu’il avait entendu dire que c’tait bien. Donc voil, moi je trouve que c’est une dmarche courageuse, et pour la personne qui a achet ce disque et pour la personne qui vendait, qui avait cette petite boutique de disque, parce qu’il a fallu qu’il fasse la dmarche effectivement, pour avoir ce disque. De toute faon j’ai jamais t... j’ai jamais t.... dynamis par un esprit de... de conqute ou de... ou de vente expantionnelle d’albums, c’est pas trop le propos. Moi je trouve mon compte avec le public au del des Pyrnes parce que, dj avec Comelade, et petit petit videment, on commence parler de Gnral Alcazar, il est peut-tre mme question qu’on fasse une srie de concerts en Espagne, mais c’est pas pour demain.

G.G. : Pour rester en Espagne pour qui est all Barcelone, et nombreux sont les montpellirains l’avoir fait, ben Barcelone, on fait la fte jusqu’ trs tard dans la nuit, y’a un rythme qui est trs trs diffrent alors que la distance, en kilomtres, elle est pas trs trs grande, pourtant on a l’impression que la frontire pour le coup s’en est vraiment une ! On parlait lundi des problmes de la musique actuelle en France... Est-ce que les horaires de fermeture des lieux musicaux influe sur les musiciens barcelonais ? Est-ce qu’ils sont de manire gnrale plus enthousiastes, plus pchus grce ces meilleures conditions ou pas ?

P.C. : Y’a une chose en tout cas qui m’a saut aux yeux quand je suis arriv Barcelone - est c’est vrai qu’il y a peu prs deux heures de route - c’est que la notion de sud montpelliraine, elle en prend un coup ! Parce qu’ 300 kilomtres prs, l du coup, c’est vraiment la vraie chose. Et au niveau des horaires, moi je pense que a influe beaucoup, il y a plus de mini concerts ou de gros concerts. Y’a un festival absolument fantastique Barcelone qui regroupe aussi bien les artistes internationaux que des groupes moins connus, plus alternatifs ou marginaux, enfin bref, toujours assimil, et c’est vraiment une ruche. Y’a aussi un apport... y’a beaucoup de musiciens cubains qui se sont installs, au niveau de la salsa, y’a beaucoup d’argentins aussi. En ce moment y’a une migration trs forte qui se dessine partir de l’Amrique du sud, et c’est visible mme Barcelone, qui n’est pas l’Espagne. Donc l’un dans l’autre a peut expliquer qu’il y ait un foisonnement de musiciens, d’individus, et qui sont tous aussi bons les uns que les autres. L’histoire des horaires explique aussi que ma foi, a laisse peut-tre plus de chance une soire ou un concert de....d’aller terme. Et il y a un sens de la fte qui est clairement tabli chez les catalans en tout cas. Quand je dis un sens de la fte c’est aussi cette faon absolument merveilleuse de savoir organiser une soire, de savoir organiser une fte de rue, de savoir organiser un concert... Ils ont a dans la tte, sinon dans le sang en tout cas. Je veux dire, le moindre petit concert, c’est un plaisir d’y participer, parce qu’il y a un sens de l’organisation, au niveau festif, qui... qu’on retrouve difficilement en France, en tout cas en ce moment.

G.G. : On ne peut que souhaiter l’harmonisation europenne par le sud des horaires d’ouverture des lieux o on a le droit d’couter de la musique live toute la nuit, ce qui est pas le cas dans notre beau pays dmocratique. Patrick on souhaite longue vie au Gnral Alcazar, mis a part ces deux concerts, on vous verra dans la rgion prochainement ?

P.C. : Dans la rgion non, par contre vous risquez de nous retrouver vers Tanger dans pas longtemps. L, j’ai entam les premires ngociations pour travailler avec des musiciens de Tanger sur quelques morceaux pour le prochain album. En fait, Montpellier, j’ai toujours essay d’viter de faire partie des meubles, donc c’est vrai que ces deux concerts a reste quelque chose d’assez exceptionnel, donc profitez en ! D’autant que l’ensemble visuel de la soire sera pris en main par le Grand David, qui est quand mme une rfrence qui vaut son pesant d’or...

G.G. : Merci.

P.C. : C’est moi qui vous remercie, bientt.

propos recueillis par Gilles Gouget.

P.-S.

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