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Florence Poignon
lundi 9 septembre 2002, par ,
Depuis 18 ans, le Festival Musical Régional assume la noble mission de diffuser la musique vivante dans des localité généralement mal loties en la matière, des communes de 250 à 5000 habitants. Dans toute la région. Pour cette 19ème édition, 13 formations traversent 32 villes, entre chanson et tango, jazz électronique folk alternatif, muzique tzigane et méditerranéenne.
Entretient avec Florence Poignon, coordinatrice du festival. Un festival placé cette année sous le thème de l’Accordéon.
J-F. R. : Voulez vous rappeler les principes de ce festival, un peu atypique, parce que c’est un festival qui dure un mois et demi.
F. P. : Dj, ce festival est organis par une association qui s’appelle Musique et Danse en Languedoc Roussillon, cette association a t cre il y a maintenant plus de 20 ans, 25 ans peu prs, de la volont de l’tat et de la rgion. Notre action gnrale est d’irriguer la musique et la danse en rgion Langedoc-Roussillon, et ce festival a t cr en 1984. Les principes fondateurs de ce festival sont toujours en vigueur aujourd’hui, et j’y tiens tout particulirement parce qu’il s’agit la fois de donner aux artistes de la rgion Languedoc-Roussillon - qui ne trouvent pas toujours la place sur les scnes en t -, de leur donner une place de choix, non seulement de choix, mais en plus on essaye mme de solliciter aussi des crations et de les financer autant que faire se peut, et ensuite et surtout d’aller partout dans la rgion. Donc c’est vrai que c’est un festival qui est compltement rgional et j’en veux pour preuve cette anne que nous allons de la Tour de Carole, quasiment la frontire espagnole, la frontire du Puy de Dme puisque nous serons Langogne.
J.-F. R. : Donc, le Festival Musical Rgional c’est 13 formations dans 39 villes. Quand on dit "ville", ce sont aussi de tous petits villages.
F. P. : Surtout de petites communes, oui, mais je crois qu’on peut dire qu’il y a 90% de villages, de villages de moins de 3000 habitants, et je dirais mme 40% de villages qui comptent 200 900 habitants peu prs& 1500 disons, pour la grosse majorit.
J-F. R. : Un festival qui est, les lus le souhaitent ainsi en tout cas, un vecteur de l’amnagement culturel du territoire.
F. P. : Eh oui ! bien sr. Et c’est pour a que notre prsence dans ces petites communes est importante, et c’est pour a qu’on les y aide, c’est pour a qu’on amne galement avec le concert des animations scolaires, on soutient des structures qui peuvent tre fragiles, on va dans les prisons, on va dans les maisons de retraite, on va dans les lieux de vie. Donc c’est pas seulement que de la diffusion, c’est tourn vers des publics nouveaux ; aller vers les gens qu’on oublie. C’est vrai qu’une maison de retraite, c’est pas toujours& facile. Et c’est vrai qu’on est toujours en gnral trs trs bien accueillis parce que les gens sont ravis qu’on ait pens eux, et a, a fait partie de l’amnagement culturel du territoire, bien sr.
J-F. R. : Vous irez aussi la maison d’arrt de Mende pour un concert...
F. P. : Tous les ans maintenant. Nous allons depuis trs trs longtemps en fait, la maison d’arrt de Mende. On travaille pour cela avec l’ADDM de Lozre et l’association culturelle de la maison d’arrt, et a se passe trs trs bien. Il y a des rencontres, il y a toujours un temps de parole aprs le concert, et c’est trs important, l aussi, d’tre l.
J-F. R. : Bien sr il y a de la musique, puisque c’est 90% du festival, mais il y a aussi des ateliers, des rencontres, des stages.
F. P. : On a des stages d’instruments. Par exemple cette anne des stages d’accordon. On fait galement des ateliers et stages de musiques actuelles, notamment avec le groupe Hlios. Hlios, c’est un groupe qui est essentiellement bas Montpellier, qui fait du jazz lectronique. Et le but, pour nous, tait effectivement de proposer des ateliers des jeunes qui parlent souvent de scratches, de synthtiseurs, tout a, sans trop savoir toujours comment s’en servir. Essayer de donner un sens, en s’appuyant sur le jazz, comme musique.
J-F. R. : Qui participe ces ateliers ?
F. P. : Ce seront des scolaires essentiellement, mais on a d’autres& par exemple le stage d’accordon, c’est une association d’accordon qui organise le stage. L, c’est pour tout public.
J-F. R. : Quand on voit votre affiche, avec cet accordoniste en Marcel, qui s’appelle Marcel , je crois ?
F. P. : Oui, je l’ai appel Marcel, ouais, c’tait tentant ! (rire)
J-F. R. : En tout cas on comprend que l’accordon va tre au centre de cette 19me dition, avec un sous-titre : "Soufflet, c’est jou".
F. P. : Oui, le beau soufflet de l’accordon, oui, un soufflet tout rouge. C’est pour a que tout est rouge, l’affiche est rouge aussi.
J-F. R. : Cette anne, mme sur Divergence, il y a une nouvelle mission qui ne traite que de l’accordon, c’est Le Piano Brettelles. Qu’est-ce qui nous vaut ce revival de l’accordon depuis une dizaine d’annes... depuis des groupes comme les Ttes Raides, Pigale...
F. P. : Il est nouveau dans l’air du temps, tout simplement. Parce qu’effectivement, je crois que ce sont les annes y-y, les annes rock qui l’ont ringardis, alors qu’en fait, les plus grands compositeurs... L’instrument date de 1830, le premier accordon c’est le Concertina, un brevet anglais, il y a eu un autre brevet en Autriche... Le premier, le brevet anglais en fait, donn naissance ensuite l’accordon chromatique, alors que du brevet autrichien dcoul l’accordon diatonique. Les grands compositeurs ont compos pour lui, Prokofiev, Chostakovitch, Tchaikosvi, alban berg, Jean Viener a cr...
J-F. R. : Y’a des concertos pour accordon ?
F. P. : Jean Viener a cre... Bon, jean Viener c’est plus prs de nous quand mme, mais il a quand mme cr un concerto pour accordon, et je crois mme que c’est Annie fratellini qui l’a jou. Et en plus, bon... Le choix de l’accordon pour le thme de ce festival, c’est aussi que 2002 c’est l’anne du cirque, et l’instrument roi, l’instrument... privilgi des clowns, c’est le Concertina. Donc j’avais envie de rappeler ce clin d’oeil l. Et puis en mme temps, faut dire que la musique d’aujourd’hui se prte a. On s’aperoit qu’effectivement le rock chass l’accordon, et puis c’est le rock qui l’a fait revenir. Oui, on parlait de Pigale des Ttes Raides, de La Tordue...
J-F. R. : Y’a plus longtemps de a Blanchard, Renaud...
F. P. : Oui bien sr, ces gens la l’ont d-ringardis, parce qu’on disait tout l’heure que c’est ringard... Yvette Horner... Moi j’ai vu Yvette Horner sur le plateau de Sauve y’a quelques annes, peu prs 10 ans. J’ai trouv a poustouflant, parce qu’elle a une technique de l’accordon qui est fabuleuse. Bon, c’est vrai que c’est un rpertoire qui peut tre ringard, ou enfin, qui passe comme ringard auprs des jeunes, mais en fait il l’est pas du tout. Il faut resituer dans son poque. C’est vrai que l’accordon fait les heures de gloire du bal musette, du swing musette, on parlait de Patrick Tandin et du label La Lichre. Bon ben l, c’tait le swing musette, les annes 40, 50, et c’tait fabuleux, y’a eu des musiciens extraordinaires, et puis ce blanc... ce passage vide. Et puis tout coup des gens nouveau qui s’y intressent, et aujourd’hui on est avec... c’est difficile mme de faire un choix. Beaucoup de jeunes musiciens, trs jeunes, d’une vingtaine d’annes, s’accompagnent l’accordon.
J-F. R. : C’est en plus un trs trs bel instrument qu’on a beaucoup de plaisir voir utilis par le musicien. Et puis qui peut donner un ct enjou comme un ct triste. Alors a commence dans un tout petit village, Le Pont de Monvert.
F. P. : Oui, c’est un tout petit peu au-dessus de Florac, un tout petit village, 200 habitants peu prs l’hiver, et j’espre qu’on aura au moins les 350 personnes qu’on a eu l’anne dernire au concert, surtout que c’est un duo de choc. Un duo extraordinaire et fabuleux, puisqu’il s’agit de Renaud Garcia Fons et de Jean Louis Matinier, qui a fait partie de l’ONJ, et qui joue avec les plus grands du jazz, qui a t l’accompagnateur de Juliette Greco et qui a rencontr le matre de la contrebasse 5 cordes, il s’agit bien sur de Renaud Garcia-Fons. L on parlait de nostalgie, mais on peut parler de lyrisme aussi, puisque c’est vrai qu’entre cette contrebasse et cet accordon& on assiste un dialogue extraordinaire qui est .. frissonnant et magique& Mme quand on habite Montpellier, je crois qu’on peut aller passer le week-end Pont de Monvert, et en plus c’est superbe !
J-F. R. : Vous avez tenu ne pas seulement mettre l’accordon en avant en tant qu’instrument, mais aussi en tant qu’accompagnement de la chanson.
F. P. : Oui, parce que c’est l que& bon, le jazz normment contribu... Galiano, Portal, Lubat sont des gens qui ont vraiment beaucoup travaill pour l’accordon, et qui ont contribu justement ce renouveau. Mais galement la chanson, bien entendu. On se rappelle "Chauffe Marcel", mais aujourd’hui il y a des jeunes de 20 ans qui font du "Chauffe Marcel" nouveau. Bnabar, je crois qu’il en a une trentaine. On le connaissait sous le nom de Bnabar et Associs, les programmateurs les avaient dj bien reprs. Et puis je crois que le grand public vient de le dcouvrir, parce qu’il a fait la premire partie de cette fabuleuse tourne d’Henri Salvador ! Donc on avait un monsieur d’un certain ge, et puis ce jeune groupe qui a une nergie incroyable, et des textes qui sont, eux, magnifiques. Et l’instrument roi de cette formation c’est l’accordon. En plus c’est vraiment un instrument qui accompagne trs bien ses paroles, parce que Bnabar nous raconte ses petites histoires, il nous fait rentrer dans son univers personnel, et ces petites touches d’accordon l’accompagnent bien, la fois ironique, nostalgique, mais en mme temps trs festif. Ce sera Mende.
J-F. R. : Il y a aussi Emmanuel Parisel et Christian Ma.
F. P. : On revient, ici, ... Je disais que le festival est essentiellement consacr aux gens de la rgion, puis l, on a parl des deux groupes invits. Emmanuel... je crois qu’il a fait ses premiers pas de musicien ici, il a particip beaucoup d’expriences. Il n’habite plus ici, mais il est toujours chez nous, et c’est pour a qu’on l’a programm, et le fait qu’il joue du Concertina. Il a bricol diffrents instruments, il en joue merveilleusement bien, et il chante aussi trs bien. Ce concert du 26 octobre tait un peu particulier, puisque la recette a t reverse la Croix Rouge, au profit des sinistrs des inondations du Gard.
J-F. R. : Divergence est partenaire de ce festival, on s’en rjouit, et Pascal Jaussaud a reu Emmanuel Parisel dans son mission Scne Libre, ainsi que Che Bando, pour ce qui est du tango, bien sr prsent dans ce festival.
F. P. : C’est Carlos Daniel Fayas qui est l’origine de ce groupe de musiciens montpellirains. Le tango c’est extraordinaire. Effectivement quand on parle d’accordon on ne peut pas s’empcher de penser au bandonon. Ce qui est un peu curieux pour la petite histoire, c’est que c’est un instrument qui, lui, est apparu au milieu du 19me sicle. Un instrument qui tait trs utilis dans le milieu protestant o il accompagnait les offices ou dans les milieux plutt bourgeois. Puis en fait, je crois qu’on pense que ce sont des marins allemands qui lui ont fait traverser l’atlantique, ce qui fait qu’il s’est retrouv dans les bordels de Buenos Aires, o on jouait le tango dj, bien sr, et puis o il a progressivement quasiment dtrn le piano, et c’est pour a que maintenant on entend du tango, comme a, avec du bandonon. Je trouve que c’est extraordinaire d’avoir ce parcours. Nous aussi on fera un joli parcours avec Che Bando qui proposent leur concert mais galement une version du concert avec danseurs et initiation au tango - on retrouve notre dmarche qui est toujours un peu pdagogique -, et galement Carlos Daniel Fayas est peintre, et donc dans certains lieux on aura mme droit une exposition. C’est en tout cas un moment trs festif et chaleureux, il faut y aller !
J-F. R. : Il y a aussi la Grande Bleue, les Croquants, La Varda, Doudou Gouriand-Pansanel-Suarez...
F. P. : Les Croquant et la Varda sont deux groupes qui sont associs, ils viennent de l’Aude. Ce sont deux groupes trs trs prometteurs. Les croquants, je pointe un peu, parce que ce sont eux qui donnent le plus de concerts dans le festival, ils ont remport la palme cette anne ! Ils sont trs jeunes, c’est un duo de trs jeunes musiciens qui eux aussi sont passionns par l’accordon et qui puisent leur inspiration, ben& dans le rpertoire de qui ? De Jacques Brel, de Brassens, d’Aznavour, ils sont un peu influencs par la Mano Negra aussi, et puis a donne un duo dtonant, et je crois que c’est vraiment des gens dcouvrir si vous ne les connaissez pas encore parce qu’on dcouvre leur forme de chanson, et on peu danser aussi, ce sont des soires trs festives.
J-F. R. : Gouirand-Pansanel-Suarez...
F. P. : Alors a c’est... a j’y tiens ! Comme je le disais tout l’heure, depuis 19 ans on essaie de soutenir des crations rgulirement, et l il se trouve que Grard et Doudou nous avaient propos il y a dj quelques annes une fort belle cration qui s’appelait Nino Rota/Felini, la cration avait eu lieu dans le cadre du festival, ils ont fait un disque, des tournes extraordinaires sur ce trs trs beau disque, et je savais galement que Grard avait partag les bancs et les rangs de l’ONJ avec Matinier, Grard nous a fait dcouvrir Antonio Mousalis - on peut le remercier pour a, car c’est vraiment un beau cadeau -, et en fait... Bien sr quand j’ai pens ce thme l, j’avais vraiment envie de les retrouver et Grard m’a propos de faire un trio avec Doudou, avec qui il avait partag cette belle aventure autour de Nino Rota, et puis l, il a choisi un jeune accordoniste qui habite Rodez, qui doit avoir 25 ans, qui est dou, extraordinairement dou, et je crois qu’il s vont faire une cration qui sera magnifique, parce que je n’en doute pas, qu’elle sera belle ! C’est autour du cinma mditerranen.
J-F. R. : a s’appelle Cinma Paradiso.
F. P. : On aura des thmes de Moriconne, de Nino Rota bien entendu, mais galement de Brgovic, des musiques des films aussi de Almodovar... Je crois qu’on aura aussi un petit coup de nostalgie aussi, sur ce cinma.
J-F. R. : On retrouvera aussi un groupe que l’on soutient depuis leur dbut, depuis qu’ils ont sorti leur premier disque, c’est le Chauffeur est dans le pr, qui viennent de sortir un nouvel album d’ailleurs.
F. P. : Oui, c’est du musette tzigane. C’est l aussi un groupe de voyageur. Vous parliez du Mali, c’est vrai qu’ils sont alls enregistrer des musiciens touareg dans le Nord du Mali, ils sont revenus avec ce disque qui est magnifique et dont les bnfices sont reverss au Mali, o ils aident des musiciens s’quiper. Ils ont cette dmarche, et je crois que c’est trs important, et ce sont avant tout des grands voyageurs, et donc ils puisent leur rpertoire un petit peu partout, des Balkans au rpertoire tzigane. Ils nous font voyager et puis on retrouve toujours ce petit ct musette, c’est vrai, avec un accordon et une clarinette trs prsents. C’est un excellent moment avec eux aussi, ce sont aussi de jeunes musiciens, ils ont la trentaine et sont trs sympas. Trs impliqus dans la vie, en tant que musiciens, en tant que personnes civiques, aussi. Ils ont une dmarche militante qui est fabuleuse, et je trouve que quand on peut unir les deux : le talent et puis l’investissement, comme a, c’est extraordinaire.
J-F. R. : On doit se quitter, et je rappelle que l’on rendra hommage Patrick Tandin, qui a fait beaucoup pour l’accordon et qui a t animateur bnvole sur Divergence FM, on lui rendra hommage le lundi 21 octobre, 19h pour une mission spciale. Bon festival, et on trouve les renseignements au...
F. P. : Au 0467 66 90 93, pour rserver aussi.
propos recueillis par Jean-Franois Rigaudin.






