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La chronique handicap à destination de tous et toutes

De l'art de bien choisir les mots

lundi 19 décembre 2005, 9h10, 12h40, 17h40


lundi 19 décembre 2005, par Christophe Roux

L’autre soir j’entendais les arguments d’un député UMP, un des rédacteurs de l’amendement d’une loi relative à la mise à jour des programmes d’histoire, concernant le passé colonial de notre pays, afin d’évoquer « le rôle positif » de la colonisation française sur les pays et les peuples...

Il se dfendait d’avoir voulu magnifier notre pass colonial et disait l’intention premire de cet amendement : rendre honneur aux anciens combattants trangers, les harkis entre autres, ceux qui se sont sacrifis pour dfendre la libert de la France, et qui n’ont jamais eu la reconnaissance qu’ils mritent.

Bon, soit, admettons que l tait la vritable intention. Mais alors quelle maladresse, surtout aprs la flambe de violence dans les banlieues, le moment n’tait pas une provocation supplmentaire !

Pour une fois, je reconnais que notre prsident de la Rpublique a eu raison d’intervenir rapidement et de dire fermement qu’il appartenait aux historiens de rdiger les livres d’histoire et non pas aux politiques et autres idologues. Les exemples de manipulation des peuples par les rvisions historiques sont nombreux et pas si anciens que cela, en Union Sovitique sous Staline, en France sous le gouvernement de Vichy... sans parler des suppts du fascisme qui rvent encore de faire apprendre nos lves que les camps de concentrations nazis taient un point de dtail de la seconde guerre mondiale.

Et si la France regardait enfin son pass en face, sans concession ? Elle rpondrait certainement de nombreuses questions sous-tendues par les meutes rcentes, et dsamorcerait indniablement les malentendus rvls par cette malheureuse affaire d’amendement.

La France devrait profiter de cet instant pour assumer son pass colonial une fois pour toute. Tout le monde aurait y gagner car quel est l’enjeu, si ce n’est de vivre ensemble dans un pays en paix ?

Tout un chacun doit faire la paix avec son propre pass, ses parents, ses frres et surs, ces choses qu’on a pas eu le courage de faire ou qu’on a subies trop longtemps, toutes ces casseroles’ qu’on trimballe toute notre vie comme un boulet, ou une bombe retardement qui explosera immanquablement quand on s’y attendra le moins, provoquant dpression, douleur, aigreur et colre. Alors, nous savons tous l’apaisement que procure un pass assum : quand une vieille blessure est identifie, verbalise, quelle soit reconnue ou non par son auteur, le simple fait de son identification aide souvent vivre mieux avec soi-mme d’abord, avec ses proches ensuite. Le pardon et la repentance ne sont pas forcment indispensables.

Dans le cas de notre pays, il serait bon qu’il reconnaisse les blessures infliges aux peuples coloniss, aux populations dportes, exploites pour le bien tre de quelques profiteurs. Oui, ces peuples ont le droit d’avoir un jour de commmoration nationale, mais aussi une reconnaissance plus dtaille dans les livres d’histoire ou avec plaques commmoratives ou dans les discours, comme la reconnaissance du rle des anciens combattants, la reconnaissance des travailleurs migrs dans la reconstruction de notre pays aprs la seconde guerre mondiale, du rle des polonais et des italiens dans la sidrurgie franaise, des harkis dans le mtro parisien. 90 % des joueurs de foot de notre quipe nationale sont originaires des DOM-TOM, pourquoi ? Par ce qu’ils sont les meilleurs, alors disons-le haut et clair, soyons en fiers.

De mme, arrtons l’hypocrisie et reconnaissons les horreurs commises pendant la guerre d’Algrie : admettons qu’il s’agit bel et bien d’une guerre avec toutes les atrocits que cela comporte, et non des vnements comme on disait il n’y a pas si longtemps. Admettons que la France d’autrefois a lch les harkis, les cambodgiens, les laotiens qui ont combattus nos cts contre les ennemis d’hier. Reconnaissons avoir pill les ressources naturelles des pays d’Afrique Occidentale, avoir dport ces populations pour travailler l’exploitation de la canne sucre dans les les des Antilles ou en Guyane. Parce que c’tait l’poque, il fallait trouver des richesses ailleurs ou des marchs pour nos produits, parce que tous les pays europens le faisait alors pourquoi pas nous, parce que tous les hommes politiques franais droite comme gauche poussaient la colonisation : Victor Hugo, Jules Ferry, Pierre Mends-France, parce qu’il fallait amener la chrtient ou nos lumires ces sauvages... l’poque tait ainsi et commenter les erreurs d’autrefois avec des arguments d’aujourd’hui ne sert rien, la reconnaissance oui.

Reconnaissons-le, mais vraiment, dans les livres, les discours officiels, les commmorations, et dans les actes aussi. Et pour cela il faudra une concertation, un dbat national pour dcider comment rendre la dignit perdue, comment indemniser correctement les anciens combattants, comment mettre en uvre des programme d’aide au dveloppement cohrents dans ces rgions franaises ou pays indpendants. Mais aussi lutter fermement, concrtement contre le racisme et toutes les exclusions : l’embauche, au logement, aux loisirs...

C’est urgent et indispensable parce que la France le doit aux populations colonises, parce que les descendants de ces peuples doivent avoir la place qui leur revient dans notre socit, que tout le monde y gagnera : les descendants d’esclaves ne porteront plus ce sentiment d’infriorit et cette colre irrmdiable, et nous, descendants d’une nation esclavagiste, nous n’auront plus payer les fautes de nos aeux et trimballer ce sentiment de culpabilit ressenti vraiment, ou qu’on vous fait ressentir quand vous voyagez.

Pour bien vivre tous ensemble, il est temps d’assumer notre pass, si peu glorieux soit-il. Notre histoire doit nous aider, nous donner les clefs de la srnit, mais une chose est certaine, les mots devront tre mieux choisis que ceux utiliss rcemment.

Christophe Roux.


 
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