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- Booty Regression (Petite Cosmogonie de la Paire de Lunes)
Pour sa rentrée, Goutte de Funk s’offre un retour aux fondamentaux
jeudi 27 sept 2007 - 20h00, rediff. dimanche 31- 13h
jeudi 27 septembre 2007, par
Booty, car si le funk n’agit pas directement sur le booty, c’est pas du funk.
Regression, parce qu’un tel enthousiasme à parler du booty, à décrypter la cosmogonie de la paire de lunes est forcément une régression pratiquée avec un bon gros second degré.
Comme le chantait avec beaucoup de classe un grand parolier de la chanson franaise : y’a pas que le cul dans la vie, il y a la fesse aussi. L’empreinte potique de Francky Vincent marquera donc l’esprit de cette mission. En plus funky tout de mme.
Mais rappelons d’abord, pour les nouveaux auditeurs, l’esprit de Goutte de Funk. Goutte de Funk se veut funk-a-logical, c’est—dire, selon la dfinition qu’en donne George Clinton, quelque chose qui semble lumineux quand on l’entend mais qui ne veut plus rien dire ds qu’on y rflchit : "something that’s perfectly clear before you understand it ; once you understand - it makes no sense". Mme si nous avons beaucoup de choses intrssantes raconter, les lucubrations thoriques du Dr. Funkathus font aussi partie du programme. Enfin, la notion de funk s’entend ici dans l’esprit plus qu’ la lettre. L’esprit, c’est—dire la sincrit de l’inspiration et l’abondante transpiration qui en dcoule. D’o l’ouverture sur le jazz, les musiques africaines, brsiliennes, le rap. Clinton rappelait fort propos "le funk est l’ADN du hip-hop" : ouf, ils pourront demander le regroupement familial !
Un retour aux fondamentaux du funk pour cette rentre de Goutte de Funk. Booty, car si le funk n’agit pas directement sur le booty, c’est pas du funk. Regression, parce qu’un tel enthousiasme parler du booty, dcrypter la cosmogonie de la paire de lunes est forcment une rgression pratique avec un bon gros second degr.
George Clinton & The P-FunkAll-Stars, "Butt-a-butt", "Booty" Pour l’introduction du sujet, honneur au matre, le "Booty Doctor" himself, George Clinton bien sr. Ds 1970, il avait propos le remde "Free Your Mind And Your Ass Will Follow", faon "un esprit sain dans un booty sain", rien moins que la porte du royaume des cieux. Sur son dernier album, on trouve rien moins que 2 titres consacrs la chose. "Long live the booty", dit-il. Pour le reste, je vous laisse dcrypter le vaste programme qu’il rserve au sujet. Ce qui dmontrera aux nophytes que le funk n’est pas juste une machine faire danser mais aussi un espace o l’on ose se poser des grandes questions, avec ici cette interrogation cruciale, et sa rponse imparable : "what is the booty ? All I know I’m shaking it".
Jesse Mae Hemphill, "Shake Your Booty (Shake It, Baby)" Le blues tait l avant, disait John Lee Hooker : "Le blues est l’origine de tout. Le blues tait l la cration du monde. Il tait l quand Adam et Eve sont ns. A la gense du monde, le Seigneur a cr la femme et Il a cr l’homme, et le monde a commenc rocker. Les gens ont le cafard (le blues), et ils chantent sur les femmes et le whisky. Un homme et une femme font le blues". Le blues tait peut-tre l avant mais le booty aussi. La preuve avec ce titre de Jesse Mae Hemphill. Signalons, l’hommage (posthume) que lui rend le magazine Vibrations dans le numro de ce mois. A l’occasion d’un reportage dans le Mississipi, en qute du blues authentique, les reporters firent le "plerinage" jusqu’ sa tombe, une simple croix de bois. Retrouvons-l ici autour de notre thmatique, un boogie du booty...
Tav Falco’s Panther Burns, "Tina, Go Go Queen" Le booty, faut le secouer. Ce titre du djant Tav Falco’s Panther Burns, artiste culte d’un espce de rockabilly trash-arty qui chante faux, en tmoigne. Pas funk mais bien poisseux, dans le genre ambiance sudiste, avec sa section de cuivres de bastringue et, tout de mme, une production du lgendaire Jim Dickinson... Avec un synonyme du booty, le fanny... Le morceau vaut ne serait-ce que pour cette ligne mmorable et image : "Tina Gogo Queen, just as slick as vaseline, Tina Gogo Queen, shakes her fanny like a washing machine". Plus besoin de faire un dessin.
The Jimmy Castor Bunch, "Troglodyte (Cave Man)" A l’Origine, Dieu cra le Booty. La Terre est booty. La pomme, " Bonita Applebum ", bien sr tait booty. Quant la Lune, carrment il en cra une paire. Le booty tait dj l l’ge des cavernes, aux temps des troglodytes, l’poque des ges farouches de la callypige de Nanderthal, Bertha Butt. En tmoigne ce titre de Jimmy Castor, un des plus drles de l’histoire du funk.
Missy Elliott, "Pump It Up" Comme souvent dans Goutte de Funk, on n’vitera pas l’incontournable pisode Missy Elliott. Son franc-parler donne d’entre un : "down south girls got them real big butts, real big butts make ya man wanna look" qui plante le dcor. Sa copine Beyonc a grandement contribu l’enrichissement de la langue anglaise par le nologisme bootylicious, contraction de booty-delicious. Plus exactement, elle a donn sa propre dfinition du terme, visiblement invent par Snoop Dogg pour dcrire quelque chose de terne, mdiocre. Tout le contraire du bootylicious selon Beyonc pour qui cela signifie "beautiful, bountiful and bounce-able", en quelque sorte beau, gnreux, hip. Etre bootylicious, prcise-t-elle, c’est se sentir glamour et bien dans sa peau. En accord avec le sens donn par Beyonc, on trouvera dans l’Oxford English Dictionary la dfinition suivante : "very sexually attractive". L’essentiel est l, tre bien dans sa peau, bien dans son booty, mme s’il est comme le dit Missy "real big". Elle prcise mme la fin du morceau : "you know down south chicks got big asses, and we a little heavy sometimes, but when you from the south, we don’t call that ’fat’, we call that ’big-boneded". On n’appelle pas a gros mais on l’euphmise en "fortement charpent".
Will.I.Am, "The Donque Song (feat. Snoop Dogg)" Nul doute que l’album solo, et autobiographique parat-il, de Will.I.am, leader des Black Eyed Peas, qui sort ces jours-ci, va trner en tte de gondoles pour les semaines venir. En voici comme extrait, un titre avec Snoop Doog. L’occasion d’enrichir encore son vocabulaire : booty se dit ici "donque", c’est—dire "a woman’s fine ass" selon l’Urban Dictionary (www.urbandictionary.com). On a beau savoir qu’un morceau a besoin d’un hook, d’une "accroche" mlodique pour dcrocher un hit, on dira qu’ici il se suffisait lui-mme et aurait pu se passer du refrain...
Spank Rock, "Sweet Talk", "Bump" TTC, "Girlfriend" Pas d’histoires de gangsta, pas de conscious lyrics non plus, le rap revient parfois ses premires amours festives et s’clate de ses obsessions rgressives. En tmoigne, le rjouissant Yoyoyoyo, sorti par Spank Rock chez Big Dada l’an dernier. Mme dmarche chez les hexagonaux TTC. Toujours aussi brillants, les TTC n’ont plus se justifier de leur non street-cred’... Ces passionns, assimils des nerds leurs dbuts, trop blancs pour tre lgitimes peut-tre, semblent avoir laiss de ct leurs complexes et se dvergondent allgrement sur leur 2me album Btards Sensibles (un oxymore ?)... Leur dbauche de bite, chatte, cul est joyeusement rgressive, l’image de ce morceau de pur booty style, comme on le pratique Dtroit ou Miami. On espre juste pour eux qu’ils ne se prennent pas au srieux... Citons la chronique trs dtaille de l’abum sur le site Hip Hop Core : "ce n’est pas un morceau de rap, c’est de la booty, peine plus "“rappe”" qu’un titre de booty straight from Detroit ou Miami, avec quelques sries de scratches bien dans le ton. "Girlfriend" n’a pas d’autre prtention que celle de faire bouger les culs. Et oui, la booty consciente cela n’existe pas...".
Fora do Rap, "Bunda de Pudim" On a eu quelques occasions d’couter ici-mme du baile funk carioca l’an dernier. Un genre incontournable ds qu’il s’agit de booty, les quelques compilations internationales disponibles en tmoignent, sous-titrs par exmple "Favela Booty Beats".
Gata Agressiva & Kuduro Sound System, "Kuduro pra qui e pra la" Costuleta, "Tchiriri" Manya, "Dana so" Le booty est parfois dur, c’est le hard booty. Traduit en portugais, le kuduro. Le kuduro angolais est un de ces nouveaux batuques digitaliss qui participe la ronde ocanique de l’Atlantique Noir, pour reprendre l’expression de l’anthropologue brsilien Hermano Vianna, propos des rythmiques urbaines ayant quelque rapport avec le battement originel africain. Dans ce programmations rythmiques dchanes, les amateurs de musique angolaise reconnatrons quelque chose du semba traditionnel. Mais dsormais le kuduro est rentr dans la ronde atlantique, brut de son urgence. Si le genre a dj une quinzaine d’annes, c’est grce au coup de coeur de Frdric Galliano pour cette musique africaine urbaine et lectronique, alors qu’il tournait Luanda, en tourne avec ses African Divas mandingues , que le genre a bnfici d’une certaine curiosit en France. Particulirement par le biais du Kuduro Sound System qu’il a mont et enregistr sur place, et o sont convis des MCs tous plus dchans les uns que les autres. Dernire info sur le kuduro, pas des moindres : le nom lui-mme a t influenc par Jean-Claude Van Damme. C’est de l’avoir vu, dans un film, danser un peu raide du fessier d’acier, qui a inspir Tony Amado, pionnier du genre, le nom de la nouvelle danse angolaise : "j’ai dcid d’appeler a le kuduro cause d’un film o Jean-Claude Van Damme se dhanchait, un peu comme "“avec un cul dur”", et j’ai commenc blaguer l-dessus".
Lyn Collins, "Rock Me Again & Again & Again & Again" Retour la case dpart, comment reprendre la Goutte de Funk sans un passage par une James-Brownerie. Ici, Lyn Collins qui chante "rock me ’til my back ain’t got no bone", wouah !
Sharon Jones & The Dap-Kings, "Keep On Looking" La rentre, c’est aussi les nouveauts de saison. Le label Daptone nous gte des sorties attendues des albums de Sharon Jones et ses fidles Dap-Kings, toujours aussi en verve, toujours aussi vintage comme petits gars, et du Budos Band, tout aussi vintage que les Dap-Kings, mme si les influences sont diffrentes. Le prcdent album de Sharon Jones, Naturally, a t un succs alternatif, rien que par le bouche —oreille, les mdias spcialiss, et des tournes-marathon sur lesquelles on ne peut pas tricher. Le petit nouveau, 100 Days 100 Nights" sera prsent live dbut octobre l’Apollo de Harlem. La tourne europenne commence dans la foule.
Mais si, dsormais, Sharon Jones et les Dap-Kings ont acquis une notorit auprs du public funk, qui sait reconnatre dans leur performance ce qui se fait de mieux en la matire ces dernires annes, on peut regretter qu’ils ne bnficient pas d’un succs un peu plus grand public. Il faut savoir les Dap-Kings donc, a aussi t l’honneur ces derniers mois : en accompagnant Amy Winehouse sur son album Back To Black, un des gros succs de l’anne. Le journaliste et universitaire Oliver Wang s’interrogeait, sur son site Soul-Sides, quant savoir si le succs d’Amy Winehouse, par rapport celui de Sharon Jones, ne tenait pas au fait qu’elle tait blanche et jeune alors que Sharon Jones tait noire et "vieille" (la petite cinquantaine) : "Would Winehouse seem as intriguing if not for her British + Whiteness ? Coincidentally, I recently interviewed none other than Sharon Jones, who rightfully deserves recognition as the pioneering retro-soul singer for our era, and though she had nothing negative to say about the woman who’s currently touring with the band she normally rocks with, Jones did note that she finds it disappointing that she’s never enjoyed the same level of media attention as a lot of these new soul singers coming out of the UK (most of whom, notably, are young, handsome/pretty and White)". On peut aussi penser que les exploits tablodiens de la junky anorexique aux mauvais tatouages de bad girl y sont pour beaucoup. Ce qui n’enlve rien au fait que son album tient la route.
The Budos Band, "Budos Rising" Si la popularit et les vocations suscites par l’afrobeat nigrian ont le vent en poupe, d’une manire qu’on ne pouvait oser imaginer il y a quelques annes, on retrouve une chelle moindre une attirance pour le golden age de la musique thiopienne, celle du swinging Addis. La srie Ethiopiques de Francis Falceto a eu l’immense mrite de faire dcouvrir au reste du monde ce groove langoureux. Le new-Yorkais Budos Band plonge ces deux sources africaines pour des instrumentaux cuivrs, avec un trs foprt penchant pour l’envotement thiopien.
The Dynamites, Slinky Il y a aussi du live en perspective pour les semaines venir. Les Cosmic Groove Sessions au JAM affichent encore une programmation pointue. Nous y reviendrons le mois prochain. D’ici l, The Dynamics seront dj passs par l. Mme conjonction dynamique d’un chanteur vtran, Charles Walker, accompagn d’un jeune groupe qui sonne d’poque. Et c’est pas sur-vendu, le groupe mrite son nom explosif.
Larry Graham, "Star Walk" Goutte de Funk a gagn une demi-heure. C’est l’occasion de s’offrir quelques bons grooves sans aucune considration thmatique. Et, parce qu’il n’y a pas que la fesse dans le funk, il y a aussi le pouce, voici Larry Graham. L’ancien bassiste de Sly & The Family Stone est l’inventeur du slap. Ce qui fait dire au magazine Bass Player : "probably the single most important factor in establishing funk as an idiom unto itself was the thumb of Larry Graham. Alors let’s go for "Star Walk", une routine du Larry qui pourrait sembler lorgner sur le disco mais avec tout ce qu’il faut de bon break de percus... De quoi mettre en pratique les leon du booty et accorder la cosmogonie de la paire de lunes avec la "Star Walk" !







