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mercredi 9 mai 2001, par ,
Azulejos, c’est une ambiance, une histoire issue du bain asynchrone qu’Agnès Fornel et Jean-François Desserre ont prit dans l’immense Madrid ; elle pour les mots qui en sont remontés, lui pour les lignes des gravures. Le résultat est un petit livre de textes et de dessins... un petit livre qui s’expose explosé, les pages aux quatres coins de l’espace expression libre de divergence FM.
Jean-Franois Rigaudin : Des dessins et des textes que vous avez ml comme vous l’avez fait dans un petit livre que l’on trouve chez les libraires de BD... comme pour ouvrir ce livre une autre faon de voir les choses... c’est pour mieux entrer dans ce livre, ou pour en faire quelque chose de compltement diffrent ?
Agns Fornel : non... dj c’est... pour faire savoir qu’il existe, et puis...
Jean-Franois Desserre : C’tait une sorte de prsentation. L’ide, c’tait aussi de prsenter... au dpart il n’y avait pas l’ide de faire un livre. Il y avait des gravures qui existaient, des dessins... C’est pour montrer ce qu’il y avait... en prambule du livre.
J.-F. R. : Je crois que dans les choses que vous proposez, certains dessins ne sont pas dans le livre.
A. F. : Les textes y sont tous.
J.-F. R. : Et des dessins ont t rajouts ?
J.-F. D. : Oui, des dessins qui taient... Le livre est de petit format, mais au dpart j’avais fait des gravures qui taient plus grandes, et que je ne pouvais donc pas intgrer au livre... avec l’envie de les montrer.
J.-F. R. : Vous avez intitul cette exposition Azulejos, prcisez-nous...
A. F. : Ce sont des carrs de faence qui recouvrent les murs, qui sont color, ou dcors...
J.-F. D. : En bleu. C’est quelque chose que l’on trouve pas mal dans les bars... souvent les lieux comme a sont tapisss d’azulejos...
A. F. : C’est Jeff qui nous avait propos ce titre, et j’ai tout de suite accroch, car a correspondait un format petit et rectangulaire dans lequel pouvaient entrer mes textes qui sont assez brefs.
J.-F. R. : Avant de parler de Madrid, qui vous a inspir ces dessins, ce travail, parlons de l’expo... Une sobrit des textes. Agns, vous avez l’habitude d’crire, ou est-ce que c’tait un essai ?
A. F. : C’est presque la premire exprience d’criture. Y’en avait dj eu une petite avant, mais a n’avait rien voir. C’est vrai que c’est assez condens.
J.-F. R. : Comme pour le dessin, vous essayez de croquer des instants d’motion que vous avez vu, et vcu ?
A. F. : Tout fait. Au dbut, je les appelais des instantans. C’tait un travail de mmoire, puisque j’ai commenc crire au retour de Madrid.
J.-F. R. : Il n’y a pas eu de carnet de voyage ou de...
A. F. : Non non, j’ai essay de retranscrire des choses aprs. J’avais pas mal de matriel, et j’ai gard trs peu de choses. J’ai t trs attentive, l bas... par rapport la langue et aux efforts que je devais faire. Donc, a s’est pas mal imprim.
J.-F. R. : Jean-Franois, je crois que les dessins sont venus aprs les textes...
J.-F. D. : En fait, oui. Je suis parti l-bas, et comme dans toutes les villes o je vais, j’ai toujours un carnet, et je dessine tout le temps. Puis je suis revenu ici, et je savais qu’Agns crivait des textes. Elle ne les montrait pas trop, et j’ai insist lourdement pour les avoir, et voil... Je trouvais que a coulait bien. Je tiens prciser que dans la premire version des textes, c’est beaucoup crit en espagnol... presque moiti moiti.
A. F. : Disons qu’au dbut, je notais tout ce qui tait dialogues en espagnol. L je n’crivais pas vraiment, je notais des choses. Aprs, quand j’ai commenc crire, a a t en franais, c’tait une faon de me rapproprier ces choses racontes.
J.-F. R. : Sur fond gris... les textes et les dessins en noir... l’ensemble dgage une certaine austrit, est-ce que c’est l’atmosphre qui rgne Madrid... l’austrit... le ct sombre ?
A. F. : Non, en ce qui me concerne, non... je ne l’ai pas vue comme une ville austre.
J.-F. R. : Et quand Jean-Franois associ vos textes ce type de dessin, de croquis, a vous a plu ?
A. F. : Oui...
J.-F. R. : Vous avez pas eu envie de lui dire "il manque de la couleur, c’est pas vraiment comme a que je l’ai vu", non ?
A. F. : Non non, a m’a pas drange...
J.-F. R. : Quand on regarde vos dessins, est-ce qu’il faut absolument associer les textes ce que l’on voit ?
J.-F. D. : Pas forcment, l’ide n’tait ni de paraphraser le texte, ni de vraiment l’illustrer. C’tait que a fonctionne par association d’ides. Y’a un texte, y’a une image qui correspond pas forcment au texte... j’aime bien l’ide... je connais des gens qui ont lu le livre deux fois : Une premire fois en le lisant comme a, et une deuxime fois en faisant des associations entre le texte et l’image, et qui m’ont dit que c’est vraiment deux lectures diffrentes. J’aime bien a... c’est quelque chose qui nous chappe et qui fait son parcours dans l’imaginaire des autres.
J.-F. R. : La musique est omniprsente dans ces textes, dans ces dessins. On pourrait penser une diffusion sonore autour de cette exposition... de la musique flamenca. Vos deux sjours Madrid... Celui de Jean-Franois a t plus court, vous Agns, vous y avez pass de longs mois. Dans quel cadre tes-vous partie ?
A. F. : J’avais dj envie d’habiter en Espagne depuis longtemps. J’tais l-bas la fac, pour un cours d’audiovisuel aux beaux-arts et un cours de littrature espagnole du 18me, le roman picaresque... Par la suite j’ai rencontr des gens qui faisaient du flamenco, et j’ai commenc les suivre, au dpart pour faire un travail de photo et de vido.
J.-F. R. : Vous l’avez fait ?
A. F. : J’ai des rushes vido... une srie de photo plutt... documentaires, qu’une revue de flamenco a publi Madrid. Au niveau des rushes, j’en ai rien fait, parce que j’tais pas satisfaite.
J.-F. R. : Envie d’y retourner Madrid ?
A. F. : Oui oui...
J.-F. D. : Pareil.
J.-F. R. : Quelle impression on a en entrant dans cette GRANDE ville, trs tendue.
A. F. : Oui, c’est norme. En plus j’ai pas l’habitude des grandes villes... On ressent vraiment... je sais pas si on peut dire a, "l’effet capitale". Etre totalement perdu, des problmes pour rencontrer les gens, mme si on dit que les espagnols sont des gens trs ouverts...
J.-F. R. : C’est malgr tout une grande ville avec son stress... et "qui peut faire penser New York", parlez moi de a.
A. F. : Il y a surtout une rue, borde d’normes immeubles... C’est ce qu’il a voulu dessiner en premier.
J.-F. R. : Gris et sombre... cause des matriaux ou de la polution ?
J.-F. D. : Les matriaux aussi, puisque c’est du bton... et ce sont les mmes architectes qui ont construit certains gratte-ciels Madrid et New York. Un style des annes 20... quand on se ballade la nuit, a fait trs bizarre. Mme si je suis jamais all New York, la sensation fonctionne... Je trouve que c’est une ville qui ne charme pas du tout l’oeil au dpart. On y arrive comme a... moi je cherchais partout quelque chose de beau, d’attirant voir, et a me renvoyait pas du tout a. Ca m’a fait penser certains quartiers de Marseille... quelque chose de trs dense et gris... mais c’est pas quelque chose de ngatif, au contraire.
J.-F. R. : Pour nous, Barcelone rayonne beaucoup plus que Madrid... Y’a-t-il un complexe entre les deux, comment le percoivent ils ?
A. F. : Non... C’est pas du tout le mme tat d’esprit. Il me semble que Madrid c’est plus l’Espagne, c’est plus proche de l’Andalousie... c’est plus conservateur. Dans l’art contemporain... Madrid y’a rien. Il y a de beaux muses, mais c’est le Prado... c’est trs beau, mais il n’y a pas d’art contemporain comme Barcelone, qui est plus... europenne.
J.-F. D. : C’est le patrimoine. Madrid... on a l’impression qu’ils n’ont pas trop envie de frimer... je sais pas... c’est l, quoi.
J.-F. R. : Est-ce que c’est une ville qui donne l’impression d’aller de l’avant ou qui est plutt en retrait ?
A. F. : Disons que c’est une ville qui se livre moins, il faut faire des efforts pour s’approprier la ville contrairement Barcelone qui est attirante au premier coup d’oeil, avec la mer, l’architecture... Madrid, il faut beaucoup plus s’investir et chercher... et aller vers les gens.
J.-F. R. : La chaleur... il parait que c’est...
A. F. : C’est insuportable ds le mois de juin (je suis pas reste), ils l’apellent "la pole" en t. Et il fait froid en hiver.
J.-F. D. : Y’a un truc dcouvrir Madrid, chercher, c’est un parc qui s’appelle le parc du Retiro, avec une sorte de grand lac et un amphithtre noclassique. Il y a des petites barques, et l, en pleine ville, on a l’impression de tomber dans un tableau de Renoir. Les gens investissent l’espace. On a le droit de marcher sur l’herbe.
propos recueillis par Jean-Franois Rigaudin.







