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POISSON-CHAT ET MOTS AMERS N°175

A la folie Deligny - rencontre avec Sandra Alvarez de Toledo

jeu 13 dec 2007 - 19h, rediff. dim 16 - 18h


mercredi 12 décembre 2007, par Gilles Gouget

Fernand Deligny (né en 1913 dans le Nord, mort en 1996 à Monoblet dans le Sud) fut un être finalement étonnamment discret qui s’est retrouvé à de nombreuses confluences : l’éducation, la pensée libertaire, l’écriture, l’autisme, le cinéma, les arts… Sa carrière d’éducateur débute pendant la guerre, avec de jeunes délinquants.

A la folie Deligny

Propose une rencontre avec Sandra Alvarez de Toledo, responsable des éditions L’Arachnéen qui publie comme premier ouvrage, les œuvres presque complètes de Fernand Deligny.

http://www.editions-arachneen.fr/

« Novembre 1965. Le moindre geste a une histoire. A vingt kilomètres de l’endroit où j’écris, il y a un château du XIIIième siècle plein d’enfants arriérés. C’est une habitude toute récente de mettre les enfants arriérés dans les châteaux. Ils n’y sont pour rien. Ils n’ont pas du tout fait la révolution. Quelqu’un de sensé pourrait même se demander ce que ces résidus font là et pourquoi on les garde encore vivants alors que dans le même moment de l’histoire, de l’autre côté de la terre qui est ronde, des soldats américains jettent des bombes sur des enfants bien vifs, bien intelligents, qui brûlent vivants par dizaines.

Il est vrai que ces enfants arriérés dans ce château de Sologne vivent tout à fait en dehors du temps et de l’espace, éperdument apolitiques et voyez la récompense du sort : ils vivent tranquilles dans un château du XIII ième siècle. Libres, ils sont libres. Ils peuvent s’exprimer librement par toutes sortes d’onomatopées. Ils ne sont même pas obligés de se servir de mots tels qu’ils sont. Ils ont de la gouache et des crayons pour s’exprimer encore, librement. Ils n’ont pas besoin de faire le moindre geste utile. Retraités de naissance. »

Ce texte introduit le « Journal d’un éducateur » de Fernand Deligny. Fernand Deligny (né en 1913 dans le Nord, mort en 1996 à Monoblet dans le Sud) fut un être finalement étonnamment discret qui s’est retrouvé à de nombreuses confluences : l’éducation, la pensée libertaire, l’écriture, l’autisme, le cinéma, les arts…

Sa carrière d’éducateur débute pendant la guerre, avec de jeunes délinquants. Sous les bombardements, à l’asile d’Armentières, il supprime les sanctions. Entouré d’ouvriers au chômage, d’artisans, d’anciens détenus, promus éducateurs -, il multiplie sorties, jeux, pratiques sportives. Petit à petit, il délaisse l’Institution, pour créer des lieux de vie plus ou moins autonomes, ce qui l’amène à travailler avec des autistes en « besoin impérieux d’immuable ». Toute sa vie il consigne ses expériences, ses rencontres dans des livres. Dans le plus connu Graine de crapule, il affirme « Je n’ai pas l’intention d’éduquer qui que ce soit, j’ai l’intention de créer des circonstances favorables pour qu’ils s’en tirent et pour qu’ils vivent »). Précurseur de l’antipsychiatrie, des communautés thérapeutiques, et de nombreuses tentatives pour supprimer l’enfermement, Fernand Deligny fut un grand lecteur de Michaux, Wallon, Heidegger, Wittgenstein, Jean-Henri Fabre. Si à la fin de sa vie, il cultiva une conception plus ethologique de l’humain , il trempa toujours sa plume vive, critique, réaliste dans un encrier de tendresse et de poésie.

En témoignent ses vingt ouvrages ponctués de photos, dessins, réédités en un seul volume par une toute nouvelle maison d’édition qui lui rend ainsi un brillant hommage.

FERNAND DELIGNY ŒUVRES, L’Arachnéen, 1848 pages, 58 €.


 
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